Québec solidaire débat d’alliances politiques à son congrès

Andrés Fontecilla, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors d'un rassemblement de Québec solidaire en mars dernier
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Andrés Fontecilla, Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé lors d'un rassemblement de Québec solidaire en mars dernier

Faits saillants du congrès de Québec solidaire

Convergence refusée

Les délégués de Québec solidaire ont rejeté dimanche toute négociation d'alliances stratégiques avec le Parti québécois.

Réactions

Le premier ministre Philippe Couillard a salué lundi cette décision de la formation de gauche, qualifiant ces scénarios d'alliances de « fumée ».

« Surpris ? », a demandé le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, sur Twitter lundi avant-midi. Quelques heures plus tard, il écrivait sur ce même réseau social que le Parti québécois est « la seule force politique qui peut empêcher l'élection d'un gouvernement fédéraliste de droite en 2018 ».

Nouveaux co-porte-parole

Les délégués de Québec solidaire se sont aussi choisi deux nouveaux porte-parole. Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé ont été élus pour représenter la formation politique.

Le sondage Léger Le Devoir-Le Journal de Montréal nourrit — ou pollue — le débat déjà « tendu » sur d’éventuelles alliances politiques entre le Parti québécois et Québec solidaire, que sont appelés à clore quelques centaines de délégués de QS ce week-end à Montréal.

Selon le coup de sonde Léger, 39 % de la population québécoise appuierait une alliance électorale PQ-QS (49 % des francophones). Le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec ne feraient pas le poids face à celle-ci. Ils bénéficieraient de respectivement 29 % et 24 % des intentions de vote si des élections générales étaient organisées aujourd’hui.

« Ça va alimenter les réflexions en fin de semaine, c’est certain. C’est un gros débat pour Québec solidaire. Un sondage comme celui-là [et tous ceux réalisés au fil] des derniers mois, ça alimente les débats, les discussions. En même temps, il y a aussi un débat de principe », a affirmé Gabriel Nadeau-Dubois lors d’une mêlée de presse dans le pavillon Judith-Jasmin de l’UQAM.

À la fois les défenseurs et les détracteurs d’alliances PQ-QS peuvent y trouver des « arguments », estime-t-il. Certains y verront la preuve que le PQ et QS peuvent chasser du pouvoir le PLQ. D’autres y verront la preuve que QS doit s’abstenir de « se mettre à la remorque » du PQ, dont les appuis ne cessent de s’effriter. Le parti de Jean-François Lisée recueille 23 % des intentions de vote, comparativement à 25 % il y a deux mois. « Il y a en a un peu pour tout le monde dans ce sondage-là ! »

M. Nadeau-Dubois invite les participants du congrès à décider s’ils amorcent ou non des discussions avec le PQ en vue d’éventuels pactes de non-agression « en gardant en tête deux choses : premièrement le bien commun, deuxièmement le bien de Québec solidaire ». « Il y a le défi de l’unité. Il faut relever ce défi-là », a-t-il affirmé.

L’aspirant-député n’hésitera pas pour sa part à relayer ce que les électeurs de Gouin pensent des projets d’« alliances » ou de « pactes » entre les partis indépendantistes et progressistes, au premier chef le PQ et QS. « C’est ce que les gens nous demandent : de l’ouverture, du dialogue. C’est ce que je vais dire », a-t-il dit.

QS, un parti de pouvoir dorénavant

Il n’est pas question de fusion entre le PQ et QS, mais seulement d’alliances prévoyant que le PQ n’oppose pas de candidat à QS dans un certain nombre de circonscriptions — et vice-versa.

Alliances ou non, les solidaires pourront déloger les libéraux en 2018, a fait valoir la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé. « Ce que nous ne savons pas en politique, c’est comment le bateau vire de bord un moment donné. Regardez les derniers mois de Québec solidaire ! », a-t-elle lancé, avant de rappeler la fulgurante ascension du Nouveau Parti démocratique (NPD) en Alberta.

« Québec solidaire est un parti de pouvoir dorénavant. Il faut agir et parler comme tel », a poursuivi M. Nadeau-Dubois,

« Ça implique de dire aux gens : Oui, nous sommes prêts », a-t-il ajouté, dans un clin d’oeil — sans doute bien involontaire — au slogan adopté par le PLQ de Jean Charest en 2003.

À l’instar de « GND », le président sortant de QS, Andrés Fontecilla, se dit favorable à la négociation de « pactes électoraux limités avec le Parti québécois » d’ici aux prochaines élections générales. Cela dit, « il y a des principes sur lesquels nous ne ferons aucun compromis », a-t-il fait valoir lors d’un point de presse. QS « n’acceptera jamais » de « jouer sur la peur de l’immigration » ou encore « d’appuyer des politiques socio-économiques qui renforcent le pouvoir des élites, des plus puissants, au détriment de la qualité des conditions de vie du plus grand nombre », a-t-il illustré.

M. Fontecilla retient du sondage Léger que les Québécois ont soif de « changement » au sommet de l’État. « Le contexte politique québécois est bloqué. Il faut faire donc preuve d’imagination pour sortir des cercles partisans qui, jusqu’à présent, nous empêchent collectivement d’avancer », a-t-il fait valoir tout en pointant le Chantier Renouveau politique 2018. Il s’agit d’une « démarche ambitieuse [lancée par QS l’hiver dernier] visant à rassembler les forces progressistes et indépendantistes québécoises à l’orée des élections générales de 2018 ». Parmi celles-ci, il y a le PQ, mais également Option nationale, a souligné M. Fontecilla. D’ailleurs, près d’un électeur sur cinq (18 %) appuierait une formation politique née de la fusion de Québec solidaire et d’Option nationale, selon Léger. « Le tout que ça donnerait est plus grand que l’addition de nos appuis [respectifs] actuels [QS : 13 %, ON : 0 %] », a-t-il fait remarquer.

M. Fontecilla cédera les postes de président et de porte-parole masculin de QS ce week-end. Il consentira par la suite toutes ses énergies afin de se faire élire sous la bannière de QS dans la circonscription de Laurier-Dorion lors du scrutin de 2018. Celle-ci est actuellement représentée à l’Assemblée nationale par le député indépendant Gerry Sklavounos.

Un programme et deux nouveaux porte-parole

Après plus de 10 ans de discussions, les délégués des associations locales et régionales « finaliseront » le programme politique de QS ce week-end. « Enfin ! » s’est exclamé M. Fontecilla. Les chapitres « Justice et sécurité publique », « Territoire et municipalités », « Agroalimentaire et ruralité » ainsi qu’« Altermondialisation et solidarité internationale » doivent être adoptés.

D’autre part, ils éliront dimanche deux nouveaux co-porte-parole. Gabriel Nadeau-Dubois et Sylvain Lafrenière se disputent le poste de porte-parole masculin, tandis que la députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé, est la seule candidate en lice pour le poste de porte-parole féminin.

Les deux personnes élues auront pour tâche principale d’assurer l’unité du parti au lendemain d’une bataille rangée entre les pro- et anti-alliances électorales entre le PQ et QS.

En faveur d'une décriminalisation

Les délégués de QS ont voté samedi en faveur de la décriminalisation de la possession simple de l’« ensemble des drogues » : ecstasy, amphétamines, hallucinogènes, cocaïne, héroïne, etc. « Une approche fondée uniquement sur la répression, ça ne marche pas. […] Il faut mettre beaucoup plus d’énergie sur la prévention des méfaits », a fait valoir le député de Mercier, Amir Khadir, lors d’un impromptu de presse. À ses yeux, seuls les « vrais criminels », ceux qui se sont lancés dans « une production et une distribution dangereuses » des drogues, doivent être dans la mire des forces de police. « Non pas celui ou celle qui sont tombés [dedans] par malheur : l’"addict", le dépendant, le toxicomane », a poursuivi Dr Khadir. Rassemblés en congrès, les délégués des associations locales et régionales de QS ont aussi appuyé la légalisation du cannabis.

5 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 21 mai 2017 05 h 04

    La peur de l'immigration..


    QS « n’acceptera jamais » de « jouer sur la peur de l’immigration».. a déclaré Andrés Fontecilla lors de son discours au Congrès.

    Malheureusement, toute association entre QS et lePQ fera perdre cette image inclusive et antiraciste que Québec Solidaire s'est construit au fils des ans, de même que les appuis et les votes qui viennent avec.

    Car quoi que dise le PQ d'aujourd'hui pour tenter de se cacher le visage, il demeure le parti de la Charte des valeurs qui a tant malmenée les femmes voilées dans ce triste épisode d'un Québec invité à se replier sur lui-même.

    QS n'a pas à tremper dans ce politicaillage péquiste pour avancer. D'autant plus quand on sait que les promesses du PQ ne valent pas le papier sur lequel elles sont écrites.

    Le PQ est désormais devenu un parti lepeniste à forte base identitaire et qui le restera, tout simplement, parce que sa base elle-même le larguerait pour la CAQ pour peu qu'il répondrait aux exigences de QS.

    Ici comme ailleurs..

    Tel on fait son lit on se couche.

    Et QS devrait bien se garder coucher avec le PQ.

    Sa base à lui aussi, pourrait lui faire payer cher.


    Christian Montmarquette

    • Sylvain Auclair - Abonné 21 mai 2017 12 h 57

      Au contraire, le PQ veut travailler pour intégrer les immigrants.

  • Serge Picard - Abonné 21 mai 2017 07 h 48

    Se redonner un projet de société qui fera de nouveau la fierté des Québécois.

    En 1968 les souverainistes de gauche (RIN) et les souverainistes de droite ont fait des concessions et se sont réunis pour créer le Parti Québécois avec comme objectif commun la souveraineté du Québec et redonner aux Québécois un nouveau projet de société pour changer les vieilles structures.
    Lorsque je regarde les résolutions de Québec Solidaire cela me rappelle les débats des années 60 au Parti Québécois. S’il y a une convergence des forces souverainistes le PQ devrait prendre sérieusement en considération certaines résolutions de QS pour former une alliance durable dans le temps et se redonner un projet de société qui fera de nouveau la fierté des Québécois.

    • Gilles Théberge - Abonné 21 mai 2017 10 h 32

      Je ne comprends pas comment il se fait que certains à QS au nom de principes fumeux refusent de s'associer au PQ.

      Le pouvoir est à portée de main, certains objectifs aussi.

      Non je ne comprends pas.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 mai 2017 13 h 44

      "Non je ne comprends pas." - Gilles Théberge

      Pour autant que je sache, jamais le PQ n'a travaillé à mettre QS au pouvoir, bien au contraire!

      Pourquoi QS travaillerait à mettre le PQ au pouvoir, d'autant plus que leurs valeurs sont diamétralement opposées?