Lisée exclut Lelièvre

Gaétan Lelièvre
Photo: Clément Allard Archives Le Devoir Gaétan Lelièvre

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a éjecté le député Gaétan Lelièvre du caucus de l’opposition officielle après avoir appris que l’ex-ministre délégué aux Régions avait commis, il y a près de 10 ans, des gestes contraires à l’éthique et à la déontologie en acceptant des faveurs de la firme de génie-conseil Roche.

« J’ai demandé à Gaétan [Lelièvre] de quitter aujourd’hui le caucus du Parti québécois jusqu’à nouvel ordre, le temps de donner aux autorités compétentes le loisir d’effectuer toute éventuelle vérification si elles le jugent opportun et le temps de voir si d’autres informations s’ajoutent au dossier », a déclaré M. Lisée lors d’une brève allocution devant la Tribune de la presse parlementaire mardi matin.

Le chef de l’opposition officielle, qui dénonce jour après jour « des manquements à l’éthique constants » de la part du gouvernement libéral, peinait à cacher son embarras. Ni lui ni M. Lelièvre n’ont accepté de répondre aux questions des journalistes sur le sujet.
 

Voyez le point de presse du chef péquiste Jean-François Lisée et du député Gaétan Lelièvre.


 

 

 

Le chef péquiste n’a pas aimé apprendre dans l’édition de mardi du Journal de Québec que M. Lelièvre a reçu des cadeaux de la firme Roche alors qu’il était directeur général de la Ville de Gaspé (2001-2010).

Selon Québecor média, M. Lelièvre a notamment sollicité et obtenu en 2008 et 2009 de la part de du responsable du développement des affaires de Roche, Martin Lapointe, des billets de hockey au Centre Bell et un coup de pouce pour vendre son bateau. Il a aussi pu séjourner dans son condo à Québec.

M. Lisée disait ignorer ces informations avant la livraison du Journal de Québec.

Cela dit, « [M. Lapointe], c’était un ami très proche de la famille », a souligné à gros traits un proche de M. Lelièvre.

Cependant, M. Lisée n’était pas sans savoir qu’un dirigeant de Roche — le « témoin A » — avait affirmé à la commission Charbonneau que M. Lelièvre l’avait informé « que son fils aurait besoin de travail » à l’été 2009. « Supposons [que le jeune gagne] 15 000 $ dans son été, c’est comme donner 15 000 $ directement au père », a-t-il déclaré sous serment au procureur Simon Tremblay.

Durant la même période, Roche s’était vu confier la tâche de concevoir des travaux de remise en état des infrastructures dans le secteur de Rivière-au-Renard, qui avait été dévasté par la crue à l’été 2007. « Quand est venu le temps d’accorder un ou des contrats de génie civil, la firme Roche s’est faite insistante pour obtenir le mandat de concevoir et de surveiller les travaux d’infrastructures », avait déclaré l’ex-fonctionnaire municipal Gaétan Lelièvre dans un affidavit daté du 8 mai 2015. « À titre de directeur général de la Ville de Gaspé et encore moins à titre personnel, je n’ai jamais exigé de qui que ce soit une quelconque “ristourne” […] en échange de l’obtention de contrat », avait-il poursuivi.

M. Lelièvre est devenu du jour au lendemain toxique dans les quartiers de l’opposition officielle qui sont sis dans l’Hôtel du Parlement. Le Devoir a invité le député Alexandre Cloutier à réagir à l’exclusion du caucus péquiste de M. Lelièvre. Celui-ci l’avait appuyé dans les deux dernières courses à la direction du Parti québécois. Le député de Lac-Saint-Jean a pris la poudre d’escampette.

Appel à la démission

M. Lisée a pris « la seule décision qui s’imposait », a affirmé l’élu solidaire Amir Khadir, soulignant du même souffle la célérité avec laquelle le chef de l’opposition officielle a traité cette affaire. « On n’avait pas vu ça dans le passé. Trop longtemps, les dirigeants des partis, que ce soit au PQ ou au [PLQ, ont] commencé par nier, nier, nier jusqu’aux extrêmes », a-t-il rappelé lors d’un point de presse. « Maintenant, moi, si j’étais à la place de M. Lelièvre, je donnerais ma démission, point », a-t-il ajouté.

Pour sa part, M. Lelièvre a dit « regretter » n’avoir dit mot à l’état-major du PQ des cadeaux qu’il a reçus de Roche. Il soutient toutefois que les procureurs de la commission Charbonneau en avaient été avisés.

L’élu a offert mardi ses excuses à la fois à la population de Gaspé et à sa famille, y compris politique. « Je me rends compte que je n’aurais jamais dû accepter certains avantages offerts, je dis bien “offerts”. À de nombreuses reprises, j’ai décliné [les offres], mais à quelques reprises certains avantages ont été acceptés. Je me suis donc mis dans une situation d’apparence de conflit d’intérêts », a reconnu l’ex-ministre délégué aux Régions.

M. Lelièvre a réitéré qu’il n’a jamais octroyé de contrat à Roche en échange de quelque « gratification, récompense, avantage ». « Jamais Gaétan Lelièvre n’a posé un geste illégal, Gaétan Lelièvre a toujours géré, administré les biens publics dans l’ensemble des fonctions [qu’il a] occupées depuis l’âge de 20 ans avec la plus grande rigueur », a-t-il poursuivi.

Celui-ci siégera désormais comme député indépendant aux côtés de Gerry Sklavounos, Martine Ouellet, Claude Surprenant et Pierre Paradis. « Comme député, j’entends continuer à défendre jour après jour les intérêts de mon comté, de ma circonscription, comme député indépendant », a-t-il fait valoir.

Par souci d’équité pour les libéraux qui ont été écorchés dans des reportages précédents du Bureau d’enquête de Québecor média au fil des dernières semaines, le ministre Pierre Moreau a dit s’attendre à la diffusion d’une émission spéciale de deux heures sur les ondes de LCN. À la question « Est-ce que vous trouvez que le Journal fait un bon travail ? », sa réponse a été : « Non, j’attends l’émission spéciale. J’attends un spécial de deux heures. »

13 commentaires
  • Raymond Chalifoux - Inscrit 16 mai 2017 12 h 23

    Pas fort!

    Vraiment pas cher, l'honneur et la réputation du monsieur: Gaétan Lelièvre, le "Dollarama de la gogosse politique". Pitoyable.

  • Georges Tremblay - Abonné 16 mai 2017 12 h 38

    Bravo au journal Le Devoir

    Bravo au journal Le Devoir de ne pas avoir repris la nouvelle sensationnaliste accusant le (futur) député Gaétan Lelièvre de s'être enrichi en recevant des cadeaux en échange d'un contrat de 50 millions.

    Voici ces fameux dons reçus:
    - 2 billets de hockey pour son fils;
    - Aide à vendre son bateau. Loin d'acheter son bateau, Roche le réfère aux Pac.
    - Prêt d'un condo: non pas pour 1 an, mais pour 2 jours.
    - Location d'un grand condo à un prix qui me parait normal.

    Si ce type de cadeau suffit pour échapper aux règles d'attribution d'un contrat de 50 millions, j'avoue ne pas comprendre.

    Bien sûr, Le Devoir n'approuve pas ces dons, si minimes soient-ils, mais j'approuve Le Devoir d'offrir aux événements une couverture médiatique proportionnelle à leur importance.

    Compte tenu du contexte politique actuel, je comprends M. Lisée d'avoir invité M. Gaétan Lelièvre à se retirer temporairement. (Bien sûr, çà c'est une nouvelle à publier)

  • Danielle Dufresne - Abonnée 16 mai 2017 15 h 12

    Quelle tristesse

    Encore et toujours! Combien de fois faudra t-il le répéter? Demander ou recevoir des avantages grâce à sa position politique ou adminstative est totalement à rejeter. Que l'avantage soit grand ou petit, il faut dire non. Si on dit oui, il y a des mécanismes qui existent pour le faire en bonne et due forme. Il n'y a aucun avantage qui soit assez gros pour détruire une carrière, une réputation, une confiance acquise. Ils sont naifs, ignorants ou niais?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 16 mai 2017 17 h 06

    Tempête

    Tempête dans une assiette de pinottes.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 mai 2017 23 h 44

      C'est sûr qu'une corruption libérale, c'est donc terrible!

      Alors qu'un corruption péquiste, c'est une pinotte..

      Un mot qui ne va pas compter beaucoup au PQ:

      À QS..

      Y'en pas pas pantoute, ni de corruptions, ni de fraudes, ni d'arrestions par l'UPAC..

      Mais là encore, les PQ trouveront à redire..

      J'en suis sûr!!

    • Benoit Toupin - Abonné 17 mai 2017 11 h 07

      Aucun parti n'est à l'abri de ce genre de situation; croire le contraire est d'une grande candeur... L'important se situe au niveau de la réaction des dirigeants du parti visé.

    • Jean-Guy Mailhot - Inscrit 17 mai 2017 12 h 47

      À QS..
      Y'en pas pas pantoute, ni de corruptions, ni de fraudes, ni d'arrestions par l'UPAC..
      ( Christian Montmarquette ).

      Comment voulez-vous que l'Upac s'intéresse à Q.S., vous ne gérez rien, vous n'êtes au pouvoir de rien. Alors c'est certain que vous ne pouvez pas être approché par un quelconque entrepreneur.

      Je ne pense pas qu'une entreprise va approcher Manon ou Amir pour avoir un avantage à une Soupe populaire de leur circonscription.

  • Claude Gélinas - Abonné 16 mai 2017 19 h 45

    De la nécessité de mettre les faits en perspective !

    Gaétan Lelièvre est un honnête homme et un bon député.

    Avant de porter un jugement sévère sur les faits qui lui sont reprochés, il faut mettre les choses en perspective en rappelant qu'il y a dix ans, en l'absence de code d'éthique, cette valeur n'avait pas la même importance qu'aujourd'hui.

    Les billets de hockey de même que les bouteilles de vin et l'invitation à partager les repas faisaient partie des relations d'affaires. Et personne il y a 10 ans ne trouverait à redire.

    Il faut également mettre en évidence que le DG Lelièvre en sollicitant ses faveurs ne s'est pas enrichi ni que Roche a pu profiter de ses relations avec le DG pour obtenir des contrats.

    Il est également à noter que sauf erreur, Gaétan Lelièvre a été rencontré à huis clos à la commission Charbonneau et que par la suite, aucun reproche ne lui a été adressé.

    • Christian Montmarquette - Abonné 16 mai 2017 23 h 49

      "Gaétan Lelièvre est un honnête homme et un bon député."- Claude Gélinas

      C'est sûr ! Que de la corruption péquiste, c'est toujours de la plus belle corruption que de la corruption libérale..!

      Il n'en demeure pas moins de la corruption chez des gens qui administrent les deniers publics et font nos lois est complètement innacptable.

      Pas.. des "pas pires" pas trop corrompus.

    • Claude Gélinas - Abonné 17 mai 2017 10 h 02

      La corruption est la perversion ou le détournement d'un processus ou d'une interaction avec une ou plusieurs personnes dans le dessein, pour le corrupteur, d'obtenir des avantages ou des prérogatives particulières ou, pour le corrompu, d'obtenir une rétribution en échange de sa complaisance.

      Étant donné que dans ce cas il n'y a pas eu de la part de Monsieur Lelièvre d'enrichissement sans cause ni d'avantages pour Roche et que de surcroît la commission Charbonneau n'a pas jugé opportun de dénoncer son comportement doit-on comme vous le faites avec sévérité l'accuser de corruption ?

      Bien évidemment QS qui lave plus blanc que blanc ne fait pas dans la dentelle tout en profitant de l'occasion pour poursuivre sa détestation du PQ.

      Par ailleurs, avant de porter un jugement il faut tenir compte de l'époque de même que des circonstances atténuantes et aggravantes.