Plus de 200 personnes pourraient être expropriées pour faire place au REM

Le p.-d.g. de la CDPQ, Michael Sabia, lors de la présentation du projet REM
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Le p.-d.g. de la CDPQ, Michael Sabia, lors de la présentation du projet REM

Des propriétaires de maisons, d’entreprises ou de terrains se feront exproprier bon gré mal gré, pour faire place aux wagons du futur Réseau électrique métropolitain (REM), qui changera radicalement le portrait du transport collectif à Montréal.

Et les propriétaires visés, éventuellement plus de 200 au total, n’auront pas un mot à dire, étant empêchés de contester cette décision devant les tribunaux, en vertu du projet de loi 137 déposé jeudi par le ministre des Transports, Laurent Lessard.

L’opposition péquiste a aussitôt dénoncé cette attaque directe aux droits des citoyens, à travers un projet de loi qualifié de « bulldozer légal ». Le gouvernement « sort la grosse artillerie », sans égard aux droits des futurs expropriés qui « n’auront aucun recours », a déploré lors d’une mêlée de presse le critique en matière de finances, Nicolas Marceau.

Les expropriations pourraient être imposées à très court terme, dès l’adoption du projet de loi.

Québec veut en fait procéder très rapidement dans ce dossier jugé prioritaire, un projet majeur de transport collectif, réalisé au coût prévu de 6 milliards de dollars, avec un tracé long de 67 kilomètres ponctués de 27 stations, pour faciliter la circulation dans la grande région de Montréal, sept jours par semaine, 20 heures par jour.

Un très gros bateau pour impressionner la galerie, une obsession pour faire vite et un mépris des considérations les plus élémentaires, c’est ça le REM.

 

Les échéances sont très serrées pour un projet de cette envergure : on souhaite entreprendre les travaux, chapeautés par la Caisse de dépôt et placement du Québec, via sa filiale CDPQ Infra, à compter de cet automne, et transporter les premiers passagers dès la fin de 2020.

Le REM reliera la Rive-Sud de Montréal, le centre-ville, l’ouest de l’île, la Rive-Nord et l’aéroport Montréal-Trudeau.

En conférence de presse, le ministre Lessard a qualifié le REM de « projet de société ». Son collègue responsable de Montréal, Martin Coiteux, l’a qualifié de « notre baie James du 21e siècle ».

Pas de chiffre exact

Le ministre Lessard n’a cependant pas pu dire précisément combien de propriétaires seraient expropriés, le tracé n’étant pas encore définitif. Sur le parcours du REM, on trouve actuellement de nombreux terrains vagues, des industries, des commerces et des résidences.

M. Lessard a parlé d’une possibilité de plus de 200, en se fiant aux chiffres fournis par le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). La Caisse a cependant tenu à réviser à la baisse ce nombre, en affirmant qu’on prévoyait exproprier seulement une douzaine de résidences et 16 commerces ou industries. Il y aurait en plus 85 lots vacants.

Les expropriés, qui auront droit à des indemnités fixées par Québec, seront relocalisés. Un budget de 200 millions de dollars est prévu à ce chapitre. Les propriétaires visés ont déjà un reçu une lettre les avisant que leur terrain, entreprise ou résidence se trouve sur le tracé du projet.

Grâce à ce projet de loi, Québec s’arroge « des pouvoirs exorbitants », selon le député péquiste Nicolas Marceau, qui note que la loi 137 aura préséance notamment sur la loi de protection du territoire agricole et la loi sur les expropriations. « Le gouvernement est prêt à tout pour réaliser sa promesse électorale », a-t-il fait valoir en point de presse.

La Caisse prévoit investir près de 3 milliards dans le projet, soit la moitié du total requis. Québec a mis de côté 1,2 milliard pour le REM et Ottawa est sollicité pour compléter le financement avec une somme semblable, mais le gouvernement Trudeau n’a toujours pas précisé l’importance de sa contribution à venir.

Les échéances étant serrées, Québec accroît la pression sur Ottawa. « D’ici l’été, nous avons besoin d’un engagement clair » sur le plan financier de la part du gouvernement fédéral dans ce projet, a commenté le ministre des Finances, Carlos Leitao.

Cette absence d’engagement clair du fédéral fait dire à la Coalition avenir Québec que le projet de loi 137 est « prématuré ». La structure de financement du REM devrait être complétée avant de définir le contenu d’un projet de loi, a commenté en point de presse le député caquiste Benoît Charette.

Québec solidaire a pour sa part réaffirmé son rejet catégorique du projet, comparé au Titanic. « Un très gros bateau pour impressionner la galerie, une obsession pour faire vite et un mépris des considérations les plus élémentaires, c’est ça le REM », selon la députée Manon Massé.

4 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 11 mai 2017 15 h 14

    Le naturel revient vite au galop!

    Après les gestes de présence sur le terrain pour signifier aux sinistrés leur empathie, voilà que, par derrière on s'apprête à enlever le droit à des citoyens de dire leur mot dans une expropriation à la va-vite et sans consultation quelconque. On fera d'autres sinistrés avec le bâton de la loi! Quelle belle hypocrisie!

    Ce gouvernement a tout faux. Il ne compatit avec personne et il s'en fout! Il est au service des grandes entreprises, des promoteurs, des gens fortunés. Peu importe les simples citoyens! Ils n'ont qu'à suivre les ordonnances et à se taire! Viendra un jour où le peuple fera comme ceux de d'autres pays et enverront promener tous ces faux politiciens qui se rient d'eux.

    Les libéraux sont peut-être sur un siège éjectable qui les enverra vers d'autres cieux?

  • Robert Beauchamp - Abonné 11 mai 2017 15 h 30

    copié collé

    Démarche bulldozer suivant ainsi la trace d'Hydro-Québec et des minières et compagnies. Le citoyen actionnaire majoritaire d'Hydro attaque le citoyen dans son environnement, et la Caisse emprunte le même type de démarche, mais c'est pour son futur bien-être nous dira-t-on. Il faut voir qui siègent sur ces c/a. Le citoyen se fai déjouer par des détournements de missions effectué par des gens qui ont plus de poids que son droit de vote.

  • Gilles Théberge - Abonné 11 mai 2017 15 h 43

    On sent une précipitation dans ce projet.

    Ce n'est plus l'Assemblée nationale qui débat des besoins du Québec en matière de transport, c'est Sabia !

    Voyez-vous ça, vous autres...

    • Brigitte Garneau - Abonnée 12 mai 2017 22 h 40

      Oui, malheureusement...