Vers des lendemains difficiles pour les sinistrés des crues

Des résidents «récalcitrants» de Rigaud ont été obligés d’évacuer les résidences qu’ils refusaient de quitter, sous l’ordre des policiers assistés des militaires des Forces armées canadiennes.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Des résidents «récalcitrants» de Rigaud ont été obligés d’évacuer les résidences qu’ils refusaient de quitter, sous l’ordre des policiers assistés des militaires des Forces armées canadiennes.

Alors que la crue semblait avoir atteint son maximum lundi, les autorités préparent des lendemains qui risquent d’être difficiles pour de nombreux citoyens dont la demeure est toujours inondée. Pour venir en aide aux sinistrés, la Croix-Rouge a lancé une collecte de fonds pour laquelle Québec et Montréal ont versé 750 000 $. Pour l’heure toutefois, près de 2000 résidents ont dû être évacués en attendant que les eaux se retirent.

Plusieurs indices laissent croire qu’une baisse du niveau des cours d’eau est envisagée au cours des prochains jours. « On devrait arriver au sommet du niveau des eaux au milieu de la semaine, soit mercredi », a indiqué le premier ministre Philippe Couillard lundi. « Déjà, dans certains secteurs, ça a commencé à diminuer lentement et ça devrait continuer par la suite. La seule chose qui pourrait changer ça, ce sont des pluies énormes, qui ne sont pas prévues dans les prochains jours ».

Il reste que des sinistrés sont à fleur de peau, épuisés par la lutte qu’ils mènent depuis des jours, voire des semaines, pour protéger leur maison. Lundi soir, la Sécurité civile a recensé 171 municipalités sinistrées, 2733 maisons inondées et 1940 personnes évacuées.

La ville de Deux-Montagnes a à son tour déclaré l'état d'urgence lundi soir, alors que le service de train de banlieue reste gratuit, mardi, pour les usagers de la ligne du même nom.

Après plus de deux semaines à combattre les crues printanières, des résidents de Rigaud forcés de quitter leur maison lundi avaient les larmes aux yeux.

Lorsqu’il a dû embarquer dans le Zodiac des pompiers, escorté par les militaires des Forces armées canadiennes, André Savaria était en colère en réalisant que tous les efforts pour sauver sa maison des 25 dernières années avaient été vains. « On a travaillé fort en maudit. Ce n’était pas facile. Ç’a été dur physiquement, mentalement et psychologiquement, et là, on se voit obligés d’abandonner. Je trouve ça difficile », a confié l’homme, la gorge nouée par l’émotion.

Le même scénario s’est répété une cinquantaine de fois dans le secteur de La Baie lundi. Au bord des rues submergées, des voisins assistaient à l’évacuation des récalcitrants. « Je les comprends, c’est tellement difficile de tout laisser derrière soi. J’ai moi-même dû convaincre mon conjoint, et je sais qu’il a de la peine et qu’il souffre, mais je pense qu’il faut avant tout penser à sa sécurité », confiait Darlene Laurent.

Un fonds d’aide

La Croix-Rouge a annoncé la création d’un fonds pour aider les sinistrés. La collecte servira à combler des « besoins essentiels », comme des réparations de base et le nettoyage des résidences inondées, l’achat de meubles et l’hébergement.

« Compte tenu de l’ampleur de ces inondations, c’est évident que les besoins vont être très grands », a reconnu le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, invitant les Québécois à faire preuve de générosité. Les dons du public seront une « aide directe nette » puisque, en plus d’un montant de 500 000 $ qu’il versera, le gouvernement prendra à sa charge les frais administratifs, a-t-il précisé. De son côté, la Ville de Montréal a annoncé sa contribution de 250 000 $ à ce fonds.

Outaouais

La crue de la rivière des Outaouais a pris une tournure dramatique dans le village de Pointe-Fortune, situé à la frontière du Québec et de l’Ontario. Des vagues de plusieurs dizaines de centimètres, au pied du barrage de la centrale de Carillon, menacent toutes les maisons riveraines dans cette petite ville de 500 résidents.

La municipalité a décrété un ordre d’évacuation pour une cinquantaine de maisons. Au moment du passage du Devoir, en milieu d’après-midi, la dernière résidence du chemin des Outaouais, au coeur du village, était évacuée. « Nous avons peur que l’eau emporte la maison. Les fondations semblent fragiles », a dit Eva Lamprecht, une amie de la famille.

Les vagues menaçaient les fenêtres de la salle à manger. Les meubles et les objets de valeur avaient été rangés en lieu sûr. Il restait à évacuer les deux chats, qui ne pouvaient plus flâner sur le grand terrain qui longe la rivière. Un peu plus tôt dans la journée, des policiers de la Sûreté du Québec ont évacué deux familles qui refusaient de quitter leur maison.


« Ça fait 30 ans que je viens régulièrement ici et je n’ai jamais vu une inondation comme celle-là », dit Mario Sabourin, un résident de Rigaud rencontré à Pointe-Fortune. La même désolation règne dans toutes les municipalités situées le long de la rivière des Outaouais.

À Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, une automobile a été emportée par le courant de la rivière Sainte-Anne. Un homme et une femme ainsi qu’une fillette de 2 ans se seraient aventurés sur une route impraticable. La femme a réussi à rejoindre la rive, mais pas les deux autres personnes. La Sûreté du Québec a confirmé en soirée avoir retrouvé le corps de l’homme de 37 ans.

La facture de l’armée

Québec pourrait-il devoir payer pour les renforts demandés à l’armée canadienne ? À Ottawa comme à Québec, on a remis à plus tard les pourparlers à ce sujet. « Je n’ai aucune pensée budgétaire », a tranché Philippe Couillard. « Je pense juste à la façon de faire réintégrer aux gens leur maison le plus vite possible. »

Même discours du côté fédéral. « Nous n’avons eu aucune discussion sur le sujet à ce moment-ci », a argué le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale. « L’important, à court terme, c’est la sécurité publique. »

C’est que, en vertu d’un changement de politique datant de 2012, l’armée canadienne peut facturer son aide, aux provinces ou aux municipalités, lorsqu’elle leur prête main-forte pour répondre à des catastrophes naturelles.

« Les paliers de gouvernement s’entendent de façon très amicale », a relaté le ministre Goodale. La facture a parfois été partagée, ou encore entièrement absorbée par l’armée. « Dans la grande majorité des cas, même si elles auraient pu le faire, les Forces armées canadiennes n’ont jamais envoyé la facture », a-t-il avancé.

À Québec, l’Assemblée nationale fera exceptionnellement relâche mardi afin de permettre aux députés de demeurer dans leur circonscription. Mais Philippe Couillard semblait peu enclin à allonger cette suspension toute la semaine, comme l’a proposé le Parti québécois : « Dans des situations comme ça, il faut aussi que l’État continue de fonctionner. »
 

2 commentaires
  • Martin Richard Mouvement Action Chômage Montréal - Abonné 9 mai 2017 06 h 46

    "C’est que, en vertu d’un changement de politique datant de 2012, l’armée canadienne peut facturer son aide, aux provinces ou aux municipalités, lorsqu’elle leur prête main-forte pour répondre à des catastrophes naturelles."

    Nonobstant le côté suréaliste d'une telle politique, on paye des impôts, non ? Quand on sait que l'on finance l'industrie pétrolière...

  • Marc Bouchard-Marquis - Inscrit 9 mai 2017 07 h 41

    Aide.

    Je sympathise avec vous et vous souhaite beaucoup d'aide de la part des gouvernements provincial et fédéral.

    J'espère que vous serez indemnisé le plus rapidement possible...car le fédéral n'a pas encore versé un cent pour la crise du verglas.

    Pourtant, Fort McMurry a déjà reçu de fortes sommes...

    Bonne chance!