Le PQ invité à s’ouvrir à la diversité

Paul St-Pierre Plamondon lors du lancement de la tournée «Osez repenser le PQ», en novembre 2016. Le militant invite aujourd’hui le parti à «revoir la notion de nationalisme de manière à valoriser un nationalisme civique et inclusif».
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Paul St-Pierre Plamondon lors du lancement de la tournée «Osez repenser le PQ», en novembre 2016. Le militant invite aujourd’hui le parti à «revoir la notion de nationalisme de manière à valoriser un nationalisme civique et inclusif».

Le Parti québécois (PQ) a encore une « pente à remonter » auprès des communautés culturelles. Le chef du parti, Jean-François Lisée, lance un blitz de recrutement de candidats issus des minorités et affirme que la lutte contre la discrimination et le racisme sera un des thèmes importants de la campagne électorale de 2018.

Le chef péquiste a demandé à ses 125 associations de circonscription de tout mettre en oeuvre pour qu’au moins 12 % des délégués au congrès du parti, en septembre prochain, soient issus des minorités. Déjà, plus de 12 % des employés du parti à l’Assemblée nationale proviennent des communautés culturelles.

« On a encore du travail à faire au niveau de la diversité du sein du parti et on est en marche. On prend toutes sortes d’initiatives, on voit des résultats », a dit Paul St-Pierre Plamondon au cours d’un point de presse dimanche. La diversité reste un « réel défi » pour le parti, et « rien n’est encore joué », écrit-il.

L’ex-candidat à la chefferie du PQ, nommé conseiller de Jean-François Lisée, a dévoilé le rapport final de la vaste consultation qu’il a menée depuis l’automne dernier dans le but de renouveler le parti. Le rapport Osez repenser le PQ formule 156 recommandations destinées à renforcer les liens entre le PQ et les communautés culturelles, les jeunes et les entrepreneurs.

Brasser la cage

« Il ne faut pas craindre la critique et la voir plutôt comme une occasion de bâtir des ponts », écrit Paul St-Pierre Plamondon. Son rapport d’étape, publié en février dernier, avait créé un « léger tourbillon médiatique », admet l’avocat de 40 ans : il décrivait le PQ comme « un parti figé, conservateur et vieillissant » aux allures de « club social ».

Depuis, le parti semble avoir amorcé un rajeunissement. Le nombre de membres de 40 ans et moins a grimpé de 31 % en six mois ; 16 683 des 90 000 membres du PQ appartiennent désormais à cette catégorie d’âge. Près du tiers des 125 présidents d’association — et 37,4 % des membres des exécutifs de circonscription — sont âgés de 40 ans et moins.

Paul St-Pierre Plamondon a mené 162 consultations auprès de 3600 personnes, surtout des gens qui ne sont pas membres du PQ, pour arriver à son diagnostic. Pas moins de 43 des recommandations visent à tisser des liens entre le PQ et les communautés culturelles. Le diagnostic est presque aussi vieux que le parti : les nouveaux arrivants et les anglophones se méfient du mouvement indépendantiste.

L’auteur du rapport Osez repenser le PQ invite le parti à « revoir la notion de nationalisme de manière à valoriser un nationalisme civique et inclusif ». Il insiste pour que la lutte contre la discrimination à l’emploi, contre le racisme et contre le profilage racial par la police soit une priorité pour le PQ aux élections de l’automne 2018.

« Le PQ doit en quelque sorte briser l’association malsaine que certains font entre PQ et racisme (une allégation qui est non fondée lorsqu’on interroge les militants de la diversité culturelle qui militent au sein du PQ), en étant le champion de la lutte contre le racisme, au moment où un vent de populisme et d’extrême droite souffle à plusieurs endroits en Occident. »

Paul St-Pierre Plamondon recommande que le parti délègue 100 « ambassadeurs » pour nouer des liens avec les communautés culturelles « sans chercher quoi que ce soit ni attendre quelque chose en retour ».

Pour rapprocher le PQ des jeunes et des minorités, Paul St-Pierre Plamondon recommande au parti de « s’approprier les thèmes de l’international, de la mondialisation et de l’ouverture sur le monde ». Il estime aussi que les souverainistes doivent tourner la page sur l’épisode de la charte des valeurs.

« La laïcité et l’identité québécoise sont deux choses dissociables pour les moins de 40 ans. Le Parti québécois doit désormais parler de l’identité québécoise en faisant référence à la langue française, à la spécificité québécoise et à la culture du Québec. La laïcité doit être présentée comme un enjeu politique qui contribue au vivre-ensemble. Elle n’est cependant pas une composante de l’identité des citoyens et des citoyennes. »

« Identité nationale »

Le rapport propose aussi de relancer une série d’éléments identitaires et de symboles « nationaux ». Il recommande notamment de :

Redonner une place au mouvement indépendantiste dans les cours d’histoire.« Les élèves ont le droit de connaître l’histoire des patriotes, tout comme les épisodes des référendums de 1980 et de 1995. »

Retirer du vocabulaire du PQ le mot « référendum »,jugé péjoratif, pour le remplacer par « consultation populaire ».

Ranger toutes les pancartes de 1995 et tout le « matériel nostalgique » pour créer du matériel de 2017 en source ouverte.

Créer une politique nationale d’affichage du drapeau.

Décanadianiser l’immigration, notamment en rendant obligatoire une cérémonie d’accueil au Québec pour les nouveaux arrivants.

Créer une carte d’électeur obligatoire pour voter.

Mettre sur pied un musée d’histoire nationale du Québec, qui serait établi à Montréal.

Réimprimer des passeports québécois symboliques, comme l’avait fait René Lévesque.

10 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 mai 2017 05 h 27

    … rend libre !

    « Pour rapprocher le PQ des jeunes et des minorités, Paul St-Pierre Plamondon recommande au parti de « s’approprier les thèmes de l’international, de la mondialisation et de l’ouverture sur le monde ». » (Marco Fortier, Le Devoir)

    Bien sûr que certes, mais cette douceur :

    Si on veut vraiment attirer minorités et jeunes, le PQ a intérêt à développer une politique visant moins des intérêts de l’international que l’amour-fierté du Québec, sa langue, sa culture, son économie et, par ailleurs, se démarquer des autres formations (QS, CAQ, voire le PLQ) qui, prônant quelques indices certes, font semblant d’être souverainistes !

    S’ouvrir à la diversité enrichit, mais ouvrir son cœur au Québec …

    … rend libre ! - 1 mai 2017 -

  • Jean-Henry Noël - Inscrit 1 mai 2017 07 h 16

    Vous avez dit «communautés culturelles» ?

    Une expression que je déteste, car elle ne traduit pas la réalité.Que veut dire «communauté» ?Il vaut mieux parler de «minorités ethniques» qui, comme le disait Parizeau lors du dernier référendum, avaient fait perdre le camp du OUI. Assertion fausse. Les Québécois sont en majorité au Québec et peuvent seuls faire gagner le OUI. De toute façon, comment peut-on demander aux ethniques de participer à la reconnaissance du nationalisme identitaire, étriqué et passéiste du PQ ? Les Québécois semblent ruminer constamment un passé qui ne se décompose pas.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 2 mai 2017 11 h 17

      Il faudrait cesser d’utiliser l’expression boiteuse de « Communautés culturelles » pour qualifier les néo-Québécois. Les Québécois de souche (et ça existe des gens qui vivent ici sur les mêmes terres depuis plus de 300 ans, on peut difficilement être plus de souche que cela, que cela plaise ou non à certains), ont aussi une culture propre, sont aussi une communauté culturelle, sont ici en majorité, mais ils sont exclus des « Communautés culturelles »! Quel non-sens! Alors, parlons-donc clairement, sans langue de bois, et appelons les immigrants des néo-Québécois, tout simplement. Il n’y a rien de repréhensible dans le terme néo-Québécois, au contraire, il montre la volonté d’accueil du peuple québécois vis-à-vis des nouveaux arrivants.

      Le terme de « Communautés culturelles » va dans le sens de la ghettoisation des nouveaux venus et même de leurs descendants nés ici. Pourquoi les immigrants venant du pays XYZ devraient-ils se référer ou être référés comme faisant partie de la communauté culturelle XYZaine? Dans un de ses ouvrages, l’écrivain Neil Bissoondath, lui-même immigrant au Québec, s’est insurgé contre le multiculturalisme à la canadienne qui fait ressortir les différences plutôt que les ressemblances entre les divers groupes ethniques du pays. Il a bien montré que les politiques canadiennes en matière de multiculturalisme, bien que conçues dans un but bien intentionné, n'ont fait qu'accentuer l'isolement des groupes culturels et propager les clichés à leur sujet.

      Tous les résidants du Québec, y compris les néo-Québécois qui viennent s’y installer, sont des Québécois.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 1 mai 2017 08 h 32

    S'occuper de ses affaires ou se caler?

    «Le diagnostic est presque aussi vieux que le parti : les nouveaux arrivants et les anglophones se méfient du mouvement indépendantiste.»

    J'ajouterais que, depuis au moins une cinquantaine d'années, les médias anglophones se sont chargés «d'informer et d'éduquer» les allophones avec une approche propagandiste afin de les mettre de leur côté dans cette lutte à finir visant à minoriser les québécois francophones dans la région de Montréal. Ils sont sur le point d'avoir réussi, si ce n'est déjà fait.

    Il faut aussi rappeler que le clergé catholique n'a pas aidé la cause en refusant d'intégrer toute immigration non-catholique dans le réseau scolaire d'avant le système laïque actuel.

  • Gilbert Turp - Abonné 1 mai 2017 09 h 56

    Patience, ça s'en vient

    Je crois que ça s'en vient bien, côté intégration, car j'enseigne 6 heures par semaine à des jeunes qui s'intègrent bien et de mieux en mieux. Sur le terrain, je constate les progrès.
    Rappelons-nous qu'avant 1977 (loi 101) presque tous les allophones s'anglicisaient systématiquement, si bien qu'on peut dire que le Québec a commencé à penser à l'intégration depuis seulement une quarantaine d'années, contrairement à l'Empire anglo-américain qui compose avec l'intégration à l'Amérique anglophone à coups de grandes vagues d'immigration depuis les années 1890. 90 ans de pratique de plus.
    En 40 ans, nous avons fait d'immenses pas, et il faut reconnaitre tout le chemin parcouru pour retrouver la sérénité et surtout la patience de poursuivre le chemin.

  • Yvon Bureau - Abonné 1 mai 2017 14 h 34

    Claire est la réponse de la Laïcité

    La question sur la laïcité n'a qu'une seule et unique réponse : la Laïcité.
    Pas de laïcité ouverte.
    La Laïcité.
    Seulement la Laïcité.
    Encadrante et unifiante et rassurante.
    Laïcité. Point.