Les policiers forcés de remettre leurs pantalons d’uniforme

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a déclaré que la situation avait «trop perduré»
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a déclaré que la situation avait «trop perduré»

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a déposé jeudi un projet de loi qui forcera les policiers à porter leur uniforme.

Mais les policiers pourront vraisemblablement continuer d’orner leur uniforme de macarons ou de brassards, par exemple, pourvu qu’ils ne l’altèrent pas de façon « importante ».

M. Coiteux n’a pas voulu préciser quels ajouts seraient tolérés ou prohibés, prétextant ne pas vouloir donner d’idées aux policiers. « Ce ne sera pas à moi de prendre les décisions à leur place en matière de manière précise d’exprimer un désaccord », a-t-il dit.

Depuis environ trois ans, les policiers exercent des moyens de pression en portant des pantalons de camouflage pour protester contre la loi qui a imposé des changements à leur régime de retraite.

Le premier ministre, Philippe Couillard, s’était indigné en 2015 que des policiers du Service de police de la Ville de Montréal aient porté des pantalons de camouflage lors des funérailles d’État de Jacques Parizeau.

M. Coiteux avait récemment haussé le ton, se disant impatient de voir les policiers retourner à l’uniforme intégral, jugeant que le camouflage pouvait porter à confusion dans les moments de crise.

Une question de « crédibilité »

Jeudi, il a déclaré que la situation avait « trop perduré ». « Les policiers et les constables spéciaux jouent un rôle essentiel en matière de sécurité publique et doivent respecter les plus hauts standards en matière de prévention et de sécurité. […] Le gouvernement se voit dans l’obligation d’agir afin de rétablir la crédibilité et le respect envers la fonction d’agent de la paix », a-t-il dit.

Le projet de loi 133 prévoit des amendes salées pouvant atteindre 3000 $ par jour en cas d’infraction. Le montant doublerait en cas de récidive.

En vertu de la pièce législative, un directeur d’un corps de police ou l’autorité de laquelle relèvent les constables spéciaux aura l’obligation de transmettre un rapport d’infraction au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Un syndicat ou une autre association qui pousse un policier ou un constable spécial à porter un uniforme non réglementaire serait aussi passible du double de l’amende prévue par le projet de loi.

Les policiers réfractaires

Celui-ci a été très mal accueilli par la Fraternité des policiers de Montréal. Son président, Yves Francoeur, a promis de contester le projet de loi en cour s’il est adopté par les parlementaires.

« C’est certain qu’on va se battre devant les tribunaux. […] Je le répète : c’est un droit, on nous vole nos régimes de retraite, on a accepté moins de salaires pendant des années pour avoir un meilleur régime de retraite. Ce n’est pas facile d’être policier à Montréal », a-t-il dit à l’animateur Paul Arcand, sur les ondes du 98,5 FM jeudi.

Les policiers municipaux n’ont pas le droit de grève, mais la Charte canadienne reconnaît leurs libertés d’association et d’expression.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ), elle, a réagi tout autrement. Le projet de loi est positif, a fait savoir l’UMQ.

« Le phénomène du port de pantalons de camouflage comme moyen de pression chez certains policiers et constables spéciaux n’a que trop perduré au cours des dernières années, minant la confiance et le respect des citoyennes et des citoyens envers les forces policières. Les municipalités auront désormais les outils nécessaires pour faire respecter l’intégrité de l’uniforme policier lors de négociations. C’est l’institution policière dans son ensemble qui en sortira gagnante », a déclaré Bernard Sévigny, président de l’UMQ et maire de Sherbrooke.


 
5 commentaires
  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 28 avril 2017 06 h 21

    La nécessité de laisser une vitrine pour exercer le droit constitutionnel de négocier collectivement ses conditions de travail

    Au Québec, la négociation des conditions de travail des policiers et pompiers se fait collectivement et les associations syndicales ne disposent pas du droit de grève: insatisfaites, elles doivent s'en remettre à l'arbitrage obligatoire et à des moyens de pressions beaucoup plus légers, l'habillement en étant un. Il faut leur laisser ce droit si l'on veut que la population voit leur insatisfaction et les appuie éventuellement. En règle générale et sauf erreur, porter des pantalons dits de bouffon ne ralentit le travail d'un policier ou d'un pompier, ne compromet pas ses fonctions et ne nuit pas à sa santé et à sa sécurité.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 avril 2017 10 h 32

      «Il faut leur laisser ce droit si l'on veut que la population voit leur insatisfaction et les appuie éventuellement.»

      Je ne comprends pas trop comment le port de pantalon de type ''bouffon'' depuis trois ans peut conduire a un éventuel appuie de la population.

      Et pour qu'un appuie de la population soit significatif il faut que cette population connaisse les enjeux, autant pour les plaignants que pour elle-même. Connaître les enjeux cela implique d'expliquer en détails les paramètres des régimes de retraite des policiers, et expliquer ce qui a été changer. Et là je donne peu de chance aux policiers d'obtenir un appuie de la part de la population...

      Les modifications aux régime de retraite découlent de l'explosion des coûts des dernières années.

      Jusqu'a quel point une négociation entre un employeur étatique et ses employés peut mener comme niveau d'asservissement de la population à garantir, a ses dépends, un avenir financier idéalisé a ces employés ?

      L'évolution des coûts des régimes de retraite (tous types d'emploi) pour la ville de Mtl tel que présenté dans le rapport annuel 2016, www.goo.gl/1u10NV

  • Raymond Chalifoux - Abonné 28 avril 2017 08 h 04

    Comme tout le reste avec Couillard...

    ... ça a pris un temps fou. Fini, les clowneries.

  • Serge Morin - Inscrit 28 avril 2017 09 h 15

    Bizarre,je commençais à vraiment les apprécier ces pantalons.

    • Pierre Robineault - Abonné 28 avril 2017 11 h 40

      Ce sont les gens de Renaissance qui vont être contents!