Les aéroports régionaux crient famine

Thierry Haroun Collaboration spéciale
Vue sur une partie de l’aéroport de Gaspé
Photo: Thierry Haroun Vue sur une partie de l’aéroport de Gaspé

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Des millions de dollars sont nécessaires pour remettre à niveau les aéroports régionaux du Québec. Le problème, c’est que le programme d’aide de Québec pour ce secteur est mort et enterré depuis 2015, a appris Le Devoir. Radiographie des enjeux qui touchent des aéroports considérés comme névralgiques pour les régions éloignées.

La situation est à ce point grave que l’Union des municipalités du Québec (UMQ) a cru bon de mettre sur pied un comité, présidé par le maire de Gaspé, Daniel Côté, qui se consacre entièrement à cette question. D’ailleurs, une réunion extraordinaire s’est tenue en décembre dernier à Lévis où le Comité des aéroports régionaux a ciblé les enjeux prioritaires qu’il entend marteler lors de ses démarches auprès des différents gouvernements — particulièrement Québec, qui n’a aucun programme présentement —, soit le financement des infrastructures aéroportuaires, la desserte aérienne et le prix des billets d’avion.

« On ne se sent plus seuls sur toutes ces questions importantes depuis que l’UMQ a décidé de s’y attarder en mettant sur pied ce comité », lance la présidente du Conseil des aéroports du Québec, Louise Beaulieu, qui représente 38 aéroports répartis sur l’ensemble du territoire de la province. « Nous, au Conseil, ça fait plusieurs années que nous demandons au gouvernement du Québec d’investir de l’argent dans ces aéroports. Dans plusieurs de ces aéroports, détenus par des municipalités, Québec n’a jamais investi ou mis sur pied un programme adapté à leurs besoins sur le plan des infrastructures. On fait beaucoup de démarches auprès de Québec pour qu’il remette sur pied le Programme d’aide au transport aérien [PATA] qui a été mis à l’arrêt en 2015. Il faudrait le remettre sur pied avec une enveloppe globale de 50 millions de dollars », dit-elle rappelant deux fois plutôt qu’une que ces aéroports sont des vecteurs économiques de première importance pour les régions.

Québec est absent

Le PATA s’est immédiatement immiscé dans notre conversation avec le maire Daniel Côté, que nous avons joint à ses bureaux de Gaspé. « Ce programme semble être épuisé depuis 2015, dit-il. Honnêtement, on ne sait pas où on en est avec ce programme, s’il existe encore… À notre humble connaissance, ses enveloppes sont vides. » Son aéroport s’en tire, car il a accès au programme fédéral, soit le Programme d’aide aux immobilisations aéroportuaires (PAIA), du fait qu’il bénéficie d’une desserte aérienne régulière par l’entremise d’Air Canada. Mais sinon, il n’aurait actuellement accès à aucune aide. D’ailleurs, le programme PAIA a récemment financé à 100 % l’achat d’un souffleur et d’un balai à neige d’une valeur de près de 700 000 $ pour son aéroport. « Heureusement que nous avons accès à ce programme. Mais ce n’est pas le cas de bien des aéroports régionaux, je pense à celui du Rocher-Percé [situé entre Percé et Chandler] ou encore celui de Sainte-Anne-des-Monts qui ont des besoins en matière d’investissement sur le plan des infrastructures et qui sont si importants pour leur collectivité respective, ne serait-ce que pour des évacuations médicales ! » Devant l’absence d’aide de Québec, M. Côté demande à Ottawa d’élargir les critères du programme PAIA afin de donner un peu d’oxygène aux aéroports qui n’ont droit à rien. Par ailleurs, il tient à rappeler que l’UMQ a récemment commandé une étude qui a pour mandat de recenser l’ensemble des besoins des aéroports régionaux. « Cette étude nous permettra de chiffrer les investissements nécessaires et que nous présenterons à Québec et Ottawa en temps opportuns », dit-il.

1100 $ entre Rouyn et Montréal

Le prix exorbitant des billets est un autre enjeu qui donne des maux de tête aux acteurs intéressés. « On a déjà fait le calcul qu’il en coûte moins cher d’acheter un billet Gaspé-Cuba avec une correspondance à Montréal que d’acheter un billet Gaspé-Montréal. Aussi bien acheter un billet pour la première option, oublier Cuba et rester à Montréal pour qui veut juste se rendre à Montréal », ironise M. Côté, qui indique que cette situation pour le moins curieuse n’est pas étrangère au fait que « le prix du billet d’avion avec une vocation régionale est surtaxé. Ça n’a aucun sens. Il faut faire quelque chose. Sur le marché américain, 14 % du billet en transport régional est lié aux taxes, alors qu’au Canada on parle de 43 %, selon les cas ». Une brève recherche nous a permis de constater que le prix d’un billet Gaspé-Cayo Coco à Cuba était de 335 $, alors que quatre billets étaient encore disponibles pour Gaspé-Montréal au prix de 637 $.

« Nous, à Rouyn-Noranda, fait valoir son maire, Mario Provencher, le prix du billet de Rouyn à Montréal est d’environ 850 $ si vous vous y prenez tôt. Mais quand vous vous rapprochez de la date de départ, ça peut atteindre 1100 $ ou 1200 $. Il y a des entreprises qui réalisent qu’il leur revient moins cher de payer les dépenses pour l’utilisation de l’automobile pour ce même voyage, soit environ 450 $. »

Réponse du ministre et du MTQ

Nous avons soumis ces enjeux par courriel au ministre québécois des Transports, Laurent Lessard. Son cabinet nous a répondu ainsi par courriel: « Il est primordial pour nous de trouver des solutions aux enjeux récurrents de manque de financement des infrastructures et du désenclavement des populations éloignées. Depuis la nomination de M. Lessard comme ministre des Transports, il a été interpellé à maintes reprises sur les différents enjeux touchant le transport aérien régional. » D’ailleurs, le ministre Lessard et son collègue aux Ressources naturelles, Pierre Arcand, ont annoncé plus tôt cette semaine la tenue d’un sommet sur le transport aérien régional qui se tiendra à Lévis, en février 2018. Un sommet qui sera précédé d’une vaste consultation.


« Nous sommes convaincus que la tenue de ce sommet nous permettra de mettre l’emphase [sic] sur l’importance du transport aérien pour le développement économique de nos régions, et nous aidera également à trouver des solutions aux problèmes qui touchent particulièrement l’industrie aérienne régionale. Nous attendrons la conclusion de cette démarche avant de prendre une décision sur la forme que prendra l’action gouvernementale », ajoute M. Lessard. De plus, la direction des communications du ministère des Transports nous a confirmé par courriel que le programme PATA « n’est plus en vigueur depuis décembre 2015 ».

1 commentaire
  • Bernard Terreault - Abonné 29 avril 2017 09 h 13

    Il faut plus d'argent de Québec

    - pour les aéroports régionaux
    - pour des ponts entre Montréal et Québec et leurs banlieues
    - pour de nouvelles autoroutes dans ces banlieues
    - pour améliorer l'école publique en embauchant plus de spécialistes
    - pour franciser les immigrants
    - pour régler les délais inacceptables en santé
    - pour la culture québécoise
    - pour mieux payer les ingénieurs sous-payés du gouvernement du
    - pour le transport en commun
    - pour la santé dentaire
    - pour faire faire du sport aux jeunes au lieu de niaiser avec leurs jeux électroniques
    - pour apprendre aux gens à manger santé
    - repeindre les murs des écoles
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