L’UPAC cherche la source de la fuite sur Charest

L’ancien premier ministre Jean Charest affirme qu’on veut «porter atteinte à sa réputation».
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’ancien premier ministre Jean Charest affirme qu’on veut «porter atteinte à sa réputation».

Le gouvernement Couillard a insisté mardi sur l’importance de découvrir la source qui a permis la mise au jour de détails d’une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) sur l’ex-premier ministre Jean Charest, disant s’inquiéter davantage de l’intégrité du processus judiciaire que des soupçons pesant sur l’ancien chef du Parti libéral du Québec (PLQ).

En fin de journée, l’UPAC a fait part d’inquiétudes semblables à celles formulées par les troupes de Philippe Couillard : elle a commandé une enquête interne « afin d’identifier l’origine de la transmission de documents confidentiels qui a permis la diffusion publique de certains éléments d’une enquête criminelle active ».

L’annonce de l’organisation de la lutte contre la corruption est venue clore une journée agitée à l’Assemblée nationale. Le gouvernement Couillard a essuyé des attaques de tous les partis au lendemain de révélations de TVA voulant que Jean Charest et l’ancien collecteur de fonds libéral Marc Bibeau eussent été ciblés par des enquêtes de l’UPAC jusqu’à l’an dernier.

« Maintenant, à moins que mon collègue ne me signale un seul cas, un seul cas qui touche le gouvernement que je dirige depuis 2014 et le parti que je dirige depuis mars 2013, je ne vois pas l’utilité de pousser cette discussion plus loin. Les autorités en prendront acte », a finalement déclaré Philippe Couillard, pressé de questions au Salon bleu. Il avait auparavant esquivé une demande du Parti québécois, qui exigeait d’entendre MM. Charest et Bibeau, sous serment, dans une commission parlementaire.

« Aujourd’hui, il y a des milliers de travailleurs forestiers et leur famille qui se demandent de quoi leur avenir va avoir l’air. Aujourd’hui, nous, on est aux côtés des travailleurs forestiers », avait ainsi répondu le premier ministre.

Jean Charest réaffirme son innocence

Selon les informations de TVA, l’enquête qui aurait entraîné la surveillance de Jean Charest et de Marc Bibeau concernerait notamment le financement politique et l’octroi de contrats publics. Elle est encore en cours et n’a toujours pas été transmise au Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) : elle n’a donc mené à aucune accusation jusqu’ici.

« Je prends acte de la déclaration du Directeur des poursuites criminelles et pénales à l’effet qu’“aucun dossier ne lui a été transmis”. Je ne ferai aucun autre commentaire, si ce n’est pour réaffirmer mon innocence face aux allégations qui circulent », a d’ailleurs affirmé l’ex-premier ministre et chef du PLQ, Jean Charest, par l’entremise de son avocat.

« Notre client est outré par le fait que de l’information apparemment obtenue en cours d’enquête, pourtant confidentielle, y compris des renseignements personnels, soit délibérément coulée dans les médias dans le seul but de porter atteinte à sa réputation, sur la foi de conjectures », a aussi fait savoir l’avocat de Marc Bibeau, Léon Moubayed.

En coulisses, on s’est inquiété que les fuites dans les médias ne fassent dérailler l’enquête de l’UPAC en plaçant MM. Charest et Bibeau sur leurs gardes. Officiellement, les rares élus libéraux qui ont commenté la nouvelle, comme le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux, se sont inquiétés de la préservation de « l’intégrité du système d’enquête et du système de justice ». « Mon inquiétude, ce n’est pas pour un parti politique. Mon inquiétude, c’est pour l’ensemble de ce système. S’il y a des gens qui ont commis des gestes graves, on veut qu’ils en répondent à la justice. [Pour cela], il faut que les enquêtes soient menées dans toute l’intégrité possible », a-t-il déclaré.

Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, s’est inquiété de l’origine de la fuite dans les médias, précisant qu’il ne critiquait pas le travail de ces derniers. « Je ne vois rien dans les faits rapportés ce matin [mardi] qui constitue un geste répréhensible au plan pénal ou criminel, sauf le geste qui aurait été posé par une personne qui a prêté le serment de sauvegarder la confidentialité des informations dans le cadre d’une enquête et qui viole ce serment-là. Ça, ce serait un acte criminel », a-t-il avancé.

L’élu libéral s’est défendu de tenter de faire dévier le débat ou de proposer une chasse aux sources. « Le problème, a-t-il dit, c’est : d’où vient le document ? Qui l’a rendu public et est-ce que, ce faisant, il n’a pas commis un geste criminel ? »

Chercher les « patrons »

L’opposition n’a pas pointé le même « problème ». Selon le chef du PQ, Jean-François Lisée, l’enquête dévoilée dans les médias démontre la nécessité de faire témoigner MM. Charest et Bibeau publiquement. « C’est clair que ce n’est pas Nathalie Normandeau qui a organisé ce système-là, a-t-il déclaré au sujet de l’ex-vice-première ministre du gouvernement Charest, actuellement accusée de complot, de corruption, de fraude et d’abus de confiance. Si la vice-première ministre est accusée d’avoir participé à un système de corruption criminelle pour dévoyer des fonds publics, elle n’a pas inventé ce système-là, elle ne l’a pas dirigé seule, et le fait que l’UPAC essaie d’avoir des preuves sur M. Bibeau et M. Charest montre bien qu’elle cherche [à savoir] qui étaient les patrons de Mme Normandeau. »

La Coalition avenir Québec a plutôt tenté de contraindre le gouvernement à identifier les trois ministres ou députés dont les noms ont été voilés sur un diagramme policier qui illustrerait le financement politique illégal qui aurait eu cours au PLQ. « Ce tableau de l’UPAC nous apprend qu’il y a un lien entre Marc Bibeau et la nomination d’au moins trois ministres, a souligné la députée Nathalie Roy. Vous nous avez promis de la transparence ? Qui sont ces trois ministres ? » a-t-elle demandé à Martin Coiteux.

« On est au Québec, on est dans une société démocratique, on est dans une société de droit, nous ne sommes pas dans une république de bananes. Alors, on n’est pas dans une société où le gouvernement se met les deux pieds dans les enquêtes », a répliqué le ministre libéral.

Le député de Québec solidaire Amir Khadir a d’abord reconnu qu’à son avis, les méthodes de financement du PLQ ont changé. Il a cependant dénoncé la lenteur du processus judiciaire. « Quand la justice n’est pas rendue en temps utile, quand ce genre d’enquêtes là fait en sorte que la justice est défaillante, ça fait en sorte qu’on a encore un gouvernement libéral qui n’a pas rendu des comptes sur la corruption des moeurs politiques dont le suspect no 1 est M. Charest », a-t-il déclaré.

Jean-François Lisée en a rajouté. « Depuis un certain temps se pose la question de l’immunité libérale dans notre système de justice. L’immunité libérale, est-ce que ça existe ? […] Est-ce qu’il y a un système qui fait en sorte que la plus grande enquête de corruption de l’histoire politique du Québec n’arrive jamais à aboutir à la tête du réseau ? » a-t-il demandé.

Philippe Couillard a qualifié l’exercice du chef péquiste de « triste ». « Je rappelle d’ailleurs qu’il n’y a pas de jugements de tribunaux qui ont été prononcés encore. […] les institutions judiciaires de notre État jouent leur rôle de façon indépendante et il n’appartient ni à l’opposition officielle, ni à la deuxième opposition, ni à nous de nous immiscer dans leur travail », a-t-il insisté. Il a ensuite ajouté que, ce que les Québécois « veulent », c’est un « Québec plus prospère, un Québec où l’emploi se crée ».

31 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 26 avril 2017 00 h 57

    mer parents pour votre courage

    peut etre qu'il y a des gens pour qui la vérité est importante, J'ai tendance a etre d'accord,je n'aime pas les tricheurs, meme si nous sommes dans une époque comme ca, je n'aime pas les gens cyniques, je n'aime pas les Donald Trump, je suis de la race des gens travaillants et courageux, mes parents l'étaient tellement,j'ai toujours beaucoup d'estime pour ce qu'ils ont accomplis

  • Michel Lebel - Abonné 26 avril 2017 04 h 23

    Il faut y voir!

    Il est grand temps que l'UPAC mette de l'ordre dans sa maison. Trop de fuites ont eu lieu chez elle. Ce n'est pas ainsi qu'un État de droit doit fonctionner. Toute personne a droit au respect de sa réputation.

    M.L.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 26 avril 2017 08 h 21

      Et personne n'a le droit de rechercher la vérité

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 avril 2017 09 h 54

      Les fuites se produisent quand les subalternes trouvent que les dossiers bloquent en haut de la pyramide hiérarchique.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 avril 2017 10 h 48

      Il faut surtout que les maîtres d'oeuvre du système de financement sous enquête soient identifiés... après tout ce temps.

      Sinon, on se met à croire qu'il y a des intouchables et que la justice n'est pas la même pour tous.

  • Serge Picard - Abonné 26 avril 2017 07 h 18

    L’UPAC cherche la source de la fuite

    Probablement un libéral qui veut faire dérailler l'enquête.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 26 avril 2017 09 h 48

      j'allais dire de même...

    • Marc Therrien - Abonné 26 avril 2017 20 h 33

      Ou un libéral fatigué d'être au pouvoir qui espère faire fâcher une fois pour toutes Monsieur et Madame Tout le Monde de même que leur beau-frère afin qu'ils élisent un autre parti en 2018, ce qui permettrait de changer un peu le contenu des lignes ouvertes et des "comme qu'on dit".

      Marc Therrien

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 26 avril 2017 07 h 36

    Agissez plutôt que de chercher les fuites

    Le tribunal de l’opinion publique se substitue au système juridique officiel lorsque ce dernier prend trop de temps à punir les personnalités publiques.

    Jean Charest a quitté le pouvoir en septembre 2012. Depuis cela, deux commissions publiques d’enquête ont révélé les turpitudes de son administration et son absence totale de moralité publique.

    La commission Charbonneau a révélé que l’assujettissement des ministres à rapporter 100,000$ par année à la caisse du PLQ a résulté en un vaste pillage du Trésor public. Ce système permettait à des entrepreneurs de gonfler de 30% le cout des contrats d’infrastructures moyennant le paiement d’une modeste contribution à la caisse du PLQ.

    La commission Bastarache a révélé le mécanisme des nominations politiques du gouvernement libéral. Si un collant jaune était apposé par le bureau de Jean Charest au dossier d’un candidat, ce dernier été nommé par le Conseil des ministres, peu importe son niveau de compétence pour le poste.

    Le système organisé de corruption de l’État mis en place par Jean Charest a été documenté par ces deux commissions d’enquête mais n’a donné suite à aucun procès.

    La seule action est une accusation-surprise contre Nathalie Normandeau à la veille du renouvèlement de mandat du directeur de l'Unité permanente anticorruption, assurant ainsi le prolongement de son mandat.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 26 avril 2017 07 h 49

    Va-t-il rembourser les 75 000.00$ Charest

    Il a reçu un supplément de salaire pendant presque dix ans au montant de $75 000.00 venant dit-on de son parti et il n'avait pas droit. Va- t-til rembourser cette prime dont il n'avait pas droit? Couillard faisait partie du gouvernement Charest et il doit répondre des actes posés mais il préfère parler de l'intégrité de son gouvernement actuel pour faire oublier le précédent.

    • Christian Montmarquette - Abonné 26 avril 2017 10 h 14

      "$75 000.00 venant dit-on de son parti et il n'avait pas droit." - Chantale Desjardins

      Vaudrait mieux taper sur un autre clou..

      Parce que les $75 000 que Charest recevait de son parti n'étaient illégaux, même si d'une éthique plus que douteuse.

    • Chantale Desjardins - Abonnée 27 avril 2017 07 h 33

      Je ne crois pas que les $75 000 étaient permis. La preuve, quand la vérité est sortie publiquement, il a cessé de recevoir ce cadeau. C'est interdit de recevoir un complément de salaire pour un député, un ministre et un premier ministre. Si la réminération n'est pas adéquate, on doit la modifier et non recevoir un complément d'un tiers.