Autochtones et marijuana: le ministre Kelley veut «consulter»

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley

Le ministre responsable des Affaires autochtones, Geoffrey Kelley, a insisté lundi sur l’importance de « consulter » les Premières Nations à propos de la légalisation de la marijuana — un processus qui n’a cependant ni été entrepris ni été planifié à court terme par Ottawa ou Québec.

Le Devoir révélait lundi que l’entreprise ontarienne DelShen, dont l’ex-ministre libéral Martin Cauchon est actionnaire, sollicite depuis plusieurs mois les leaders autochtones du pays dans l’espoir d’en faire des partenaires d’affaires.

La pratique dérange autant l’Assemblée des Premières Nations du Canada que l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), qui y voient respectivement une stratégie d’affaires démontrant de l’opportunisme et un manque de considération éthique.

Le ministre Kelley ne va pas aussi loin. « Il n’y a aucune façon d’empêcher une entreprise de faire des propositions, a-t-il déclaré. La première chose qui importe, pour le gouvernement du Québec, est de s’asseoir avec les représentants des Premières Nations et les Inuits pour discuter des conséquences [de la légalisation de la marijuana]. »

Geoffrey Kelley a assuré qu’il ne savait pas, avant la publication de l’article du Devoir, que des entreprises sollicitaient les Premières Nations afin qu’elles investissent dans des projets de production de marijuana.

« La prochaine étape va être de s’asseoir ensemble et de regarder toutes les conséquences de la décision du gouvernement fédéral concernant la marijuana », a-t-il ajouté, après avoir affirmé qu’il avait « parlé » à l’APNQL, aux représentants du Grand Conseil des Cris et à la société Makivik.

Rien à court terme

« Je n’ai jamais eu de discussion avec M. Kelley, sauf deux ou trois mots la semaine dernière à Montréal, a cependant déclaré le chef de l’APNQL, Ghislain Picard. Mon seul entretien avec M. Kelley, ç’a été de dire : OK, on va en parler, c’est important. Il n’y a aucune rencontre prévue à court terme. »

Il n’a pas été possible de parler aux représentants du Grand Conseil des Cris et de la société Makivik mardi.

Au cabinet du ministère des Affaires autochtones, à Ottawa, une porte-parole de la ministre Carolyn Bennett a dit qu’on y était « conscients que les peuples autochtones s’intéressent, comme les autres Canadiens, à ce nouveau potentiel de marché ».


« Nous ne sommes pas au courant des occasions d’affaires qui se présentent, car il s’agit de questions internes entre la communauté et les entreprises privées », a-t-on ajouté.

Questions éthiques

Ghislain Picard a quant à lui dit trouver « ironique » que le gouvernement Trudeau ait mis sur pied, en février 2017, le groupe de travail de ministres chargé d’examiner les lois et les politiques liés aux autochtones, mais omis de les consulter avant de présenter son projet de loi sur la légalisation de la marijuana.

L’implication de l’ex-ministre libéral Martin Cauchon dans l’entreprise DelShen a aussi fait réagir. Celui qui a piloté un projet de décriminalisation de la marijuana en 2003 se rend lui-même dans les réserves pour présenter la compagnie. « S’il y a quelqu’un qui devrait être plus sensible aux questions éthiques, c’est certainement un ancien ministre fédéral, libéral en plus », a déclaré Ghislain Picard.

« Je pense qu’on voit là encore une autre illustration de la médiocrité de la compréhension des gestionnaires publics des questions d’intérêt public, des questions de conflits d’intérêts », a aussi affirmé l’élu solidaire Amir Khadir.

« Tous ces gens-là sont des adultes consentants et peuvent prendre des décisions d’affaires selon ce qu’ils considèrent être leurs intérêts », a réagi le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée.

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