La future légalisation de la marijuana laisse Québec dans le brouillard

Chaque année, le 20 avril, des consommateurs de marijuana se réunissent sur la colline du Parlement à Ottawa pour réclamer la légalisation de cette drogue douce. Le gouvernement Trudeau exaucera leur voeu jeudi avec le dépôt d’un projet de loi.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Chaque année, le 20 avril, des consommateurs de marijuana se réunissent sur la colline du Parlement à Ottawa pour réclamer la légalisation de cette drogue douce. Le gouvernement Trudeau exaucera leur voeu jeudi avec le dépôt d’un projet de loi.

Québec craint de subir les contrecoups de la légalisation de la marijuana récréative par Ottawa, qui doit présenter jeudi un projet de loi venant préciser l’une des promesses les plus remarquées de sa campagne électorale.

Le gouvernement Trudeau, qui vise la légalisation de la marijuana d’ici juillet 2018, a promis de travailler de pair avec les provinces. Mais, à Québec, la collaboration semble encore se faire attendre.

Jusqu’ici, « au niveau politique », le fédéral n’a « pas vraiment » consulté Québec, a reconnu mardi la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois. Seul son ministère a été consulté sur des questions d’« appareillage », a-t-elle déclaré. Du reste, à deux jours du dépôt du projet de loi fédéral qui doit jeter les bases de la légalisation de la marijuana, Québec en est encore à se poser des questions.

« Nous, on voit des côtés positifs à la légalisation, a déclaré le premier ministre, Philippe Couillard. Cependant, il faut également rappeler que ça risque — si ce n’est pas bien fait et surtout bien coordonné avec les provinces — de transférer des fardeaux importants sur les épaules des provinces pour toute la réglementation et l’encadrement de cette question. »

Le nerf de la guerre se trouve donc dans la gestion de ces « fardeaux », ont laissé entendre les élus. « Le fédéral impose la légalisation de la marijuana. Est-ce que la légalisation de la marijuana ou la consommation accrue, sur la base de la société, va amener son lot de problématiques de santé publique, de sécurité et ainsi de suite ? Ben oui », a lancé le ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

Gérer les conséquences

Ottawa a déjà annoncé qu’il s’occupera de l’approbation et de l’encadrement des producteurs autorisés de marijuana. Les provinces auront quant à elles la responsabilité de fixer les prix, d’établir le mode de distribution… mais aussi de gérer les conséquences de la consommation, a souligné le leader du gouvernement, Jean-Marc Fournier. « Tout le monde sait qu’il y aura des conséquences sur les compétences du Québec, notamment sur les questions de santé et de sécurité publique », a-t-il dit.

Le gouvernement Couillard s’est néanmoins gardé d’imiter l’Alberta, le Manitoba et la Saskatchewan, qui pressent Ottawa d’assumer les coûts engendrés par la légalisation de la marijuana. Équipement, formation des policiers, application de la loi, règlements entourant le stockage de cette drogue sont autant d’enjeux qui ont été soulevés par les provinces de l’Ouest.

À Québec, Jean-Marc Fournier s’est contenté d’affirmer qu’il n’était « pas impossible » que le gouvernement en vienne à exiger des compensations du fédéral. « Il est trop tôt maintenant pour le dire, parce que je ne sais pas ce qu’ils vont déposer », a-t-il dit.

Même réserve au sujet de la SAQ, à laquelle des rumeurs attribuent la gestion de la distribution de la marijuana : la ministre Charlebois a refusé de se prononcer à ce sujet, plaidant qu’il valait mieux attendre le dépôt du projet de loi.

Dans les partis d’opposition aussi, la prudence a prévalu. « On attend d’avoir davantage de détails, de voir le projet de loi », a fait savoir le Parti québécois. « Ça semble court », a déclaré le chef péquiste, Jean-François Lisée, au sujet de l’échéancier d’Ottawa. « Je ne dis pas non. Mais je dis : jetons-y un oeil. »

De son côté, la Coalition avenir Québec a formulé des réserves quant aux questions de santé, de sécurité publique et de justice entourant la légalisation de la marijuana. Le parti Québec solidaire discutera quant à lui de cette question pendant son congrès du mois de mai. La proposition débattue prônera une approche basée sur la santé publique, et non sur la répression et la criminalisation, a fait savoir un porte-parole.


Quels ministres ont déjà fumé?

Ottawa — Le premier ministre Justin Trudeau n’est pas le seul membre du Conseil des ministres à avoir déjà fumé de la marijuana. Sept des vingt-deux ministres interrogés au parlement mardi ont reconnu, comme leur patron, avoir fumé du pot dans le passé. Cinq autres — sur les trente membres du Conseil des ministres — ont refusé de répondre à la question. « Oui, j’ai déjà fumé du pot. J’étais un étudiant faisant mon doctorat », a avoué le ministre des Transports, Marc Garneau. « Moi, je suis allée au cégep dans les années 1970. J’étudiais en sciences humaines, en travail social. Donc… », a candidement commenté Diane Lebouthillier, ministre du Revenu. Sa collègue Mélanie Joly, au Patrimoine, en a déjà consommé elle aussi, tout comme Catherine McKenna à l’Environnement. Mais depuis que cette dernière est élue ? « J’ai beaucoup de travail à abattre sur d’autres enjeux verts ! » a-t-elle répondu. Le whip du gouvernement, Pablo Rodriguez, a fumé « à l’occasion, quand [il] était jeune ». Mineur ? « Oui. C’était une autre époque. » Onze de leurs collègues affirment n’avoir jamais touché à la drogue douce. « Je suis plate, hein ? » a lancé Marie-Claude Bibeau, au Développement international. « Je n’ai jamais pris de drogue de ma vie », a indiqué son collègue au Commerce, François-Philippe Champagne. « Il y a plein de choses qui m’ont attiré dans la vie, mais pas le cannabis », a rapporté Jean-Yves Duclos, à la Famille. Les ministres Bill Morneau, Dominic Leblanc, Ahmed Hussen, Bardish Chagger et Patty Hajdu n’ont pas voulu répondre à la question. Marie Vastel

 
4 commentaires
  • Pierre Robineault - Abonné 12 avril 2017 09 h 53

    Boucane

    S'il faut donc en croire l'ajout de madame Vastel, il faudrait admettre que nous sommes dirigés par un gouvernement de boucane. Mais oui mais oui, ils étaient "jeunes" mais c'était tout de même et encore aujourd'hui interdit, n'est-ce pas?
    Alors fumons donc tous en choeur dorénavant! Non non pas la cigarette, trop dangereux pour la santé! J'ai hâte de voir, lorsque cette nouvelle loi sera un jour bel et bien adoptée, si notre premier ministre aura en bout de bras son téléphone cellulaire pour célébrer l'évènement.

  • Colette Pagé - Inscrite 12 avril 2017 10 h 04

    Fédéralisme coopératif !

    Bel exemple de ce qu'il ne faut pas faire dans une Fédération qui se vante d'être un modèle de fonctionnement pour le reste du monde.

    Et qui serait pris avec les dommages collatéraux découlant de cette mesure discutable ? Les provinces. Et qui devra défrayer les coûts de cette iniative précipitée ? Les provinces.

    Partant delà, comment expliquer que l'Assemblée nationale ne fasse pas front commun pour exiger le report de l'entrée en vigueur de cette promesse électorale ?

  • Andrée Le Blanc - Abonnée 12 avril 2017 21 h 00

    Les joies du fédéralisme

    Je trouve amusant de voir nos ministres libéraux, si fiers du Canada se dépatouiller avec les décisions unilatérales du gouvernement Trudeau: transferts en santé maintenus au niveau annoncé par Harper, appui maigrelet à Bombardier (belle intuition, quand même) sourde oreille sur la nomination de juges, puis, ce changement si pressant de législation sur la marijuana, dont toutes les retombées difficiles incomberont aux provinces. Voilà le fédéralisme dont ils s'évertuent à vanter les mérites dès qu'une élection québécoise se pointe: c'est une collaboration fédérale tellement extraordinaire dont ils bénéficient !

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 avril 2017 22 h 13

    … œil expérimenté et … ?!?

    « Ottawa a déjà annoncé qu’il s’occupera de l’approbation et de l’encadrement des producteurs autorisés de marijuana. Les provinces auront quant à elles la responsabilité de fixer les prix, d’établir le mode de distribution… mais aussi de gérer » (Marie-Michèle Sioui, Le Devoir)

    De cette citation, boucane douce :

    De ces responsabilités anticipées (de compétences fédérales-provinciales), on-dirait que les autorités gouvernementales cherchent à imiter celles développées par le milieu naturel (voire criminel ?) des « drogues », un milieu qui, de temps en temps, fait l’objet d’Intervention de la Sécurité publique ou d’indiscipline organisationnelle et structurelle !

    De plus, de l’éventuelle adoption dudit projet de loi sur la légalisation de la marijuana, il est à espérer que les gouvernances provinciales, notamment celle du Québec, se dotent de Sociétés d’État qui auront le mandat d’opérationnaliser ce nouveau produit et, surtout, d’empocher et de ventiler beaucoup de $$$ !

    De cette douce boucane à venir, et selon ce mot du chef de l’Opposition officielle (« Je ne dis pas non. Mais je dis : jetons-y un oeil. »), il est à parier que, finalement et des besoins-intérêts économiques du Québec exprimés-escomptés, les autorités sauront en mesure de jeter, mutuellement ou consensuellement, un …

    … œil expérimenté et … ?!? - 12 avril 2017 -