Bombardier continue d’alimenter les débats

Le premier ministre, Philippe Couillard, a martelé en Chambre qu’il n’avait pas l’intention de s’ingérer dans les politiques de rémunération de l’entreprise.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre, Philippe Couillard, a martelé en Chambre qu’il n’avait pas l’intention de s’ingérer dans les politiques de rémunération de l’entreprise.

Le gouvernement Couillard a bloqué mercredi une nouvelle tentative de l’opposition visant à inciter la direction de Bombardier à abandonner ses augmentations pour 2016.

La motion de l’opposition officielle en ce sens a été battue à 61 voix contre 43 lors d’un vote en fin de journée. Les députés libéraux ont dû se lever tour à tour pour voter contre la motion, approuvant donc du même coup les hausses évaluées à 44 pour cent pour le président-directeur général, Alain Bellemare.

Depuis près d’une semaine, l’opinion publique est scandalisée par les majorations de salaire des hauts dirigeants de Bombardier, une entreprise qui a été sauvée de la faillite par une injection massive de plus de 3 milliards de dollars de fonds publics.

Selon le député péquiste de Sanguinet, Alain Therrien, qui a présenté la motion, le gouvernement aurait dû exiger des grands patrons de Bombardier qu’ils renoncent à leur hausse de rémunération pour 2016, « mais pour ça, il faut s’acheter une colonne vertébrale » que n’a pas le gouvernement Couillard.

Il a accusé le premier ministre de ne pas dire la vérité aux Québécois, parce que les hauts dirigeants toucheront de généreux bonis en 2016-2017, bien avant que l’entreprise soit profitable. M. Bellemare, qui touchait près de 1,4 million $US en bonis en 2015, allait empocher 2,36 millions $US pour 2016, montant à payer l’année suivante, soit 2017.

Rappelons qu’à la suite du tollé, Bombardier a reporté de 2019 à 2020 le versement de la deuxième moitié des 32 millions $US de hausses prévues au total pour ses hauts dirigeants, tandis que la première moitié, soit 16 millions, allait cependant être versée comme prévu.

Pour sa part, la ministre de l’Économie, Dominique Anglade, a justifié la position du gouvernement en affirmant que Bombardier avait posé un « geste clair » en reportant la hausse de la rémunération globale de 2019 à 2020.

« La colère est encore là, mais il ne faut jamais perdre de vue l’objectif : […] on veut créer des emplois, que l’industrie de l’aérospatiale prospère », a-t-elle affirmé en Chambre pendant le débat.

Mardi, le gouvernement avait refusé de débattre de chacune des motions présentées par les trois partis d’opposition, autant celle du Parti québécois (PQ) que celle de la Coalition avenir Québec (CAQ) et celle de Québec solidaire (QS).

Mercredi, pendant la période de questions, l’opposition a concentré ses tirs sur le président du conseil d’administration de Bombardier, Pierre Beaudoin, à qui on reproche de gagner bien plus que ses homologues malgré les déboires de l’entreprise.

Le chef caquiste, François Legault, a notamment souligné que le président du C.A. d’Airbus en Europe gagnait 240 000 euros par an, celui de Boeing, 326 000 $US, tandis que M. Beaudoin empoche 5 millions $CAN même après avoir renoncé à sa toute dernière hausse de salaire.

Le premier ministre, Philippe Couillard, a néanmoins martelé en Chambre qu’il n’avait pas l’intention de s’ingérer dans les politiques de rémunération de l’entreprise.

« Je ne crois pas qu’il appartient au gouvernement de se mêler des affaires internes des entreprises, à moins d’en être copropriétaire, à moins [d’avoir une place à son] conseil d’administration, ce [qui] n’est pas le cas », a-t-il dit.

« Le premier ministre du Québec a été déculotté lorsque je lui ai appris que les présidents des C.A. d’Airbus et Boeing gagnaient 15 fois moins que celui de Bombardier. Il n’a vraiment eu aucune réponse, il n’a aucune réponse à donner, il ne savait pas, il était tout rouge. Cela n’a pas de bon sens », a déclaré M. Legault.

Il lui demande de convoquer M. Beaudoin pour le forcer à réduire son salaire.

Toute cette controverse est née de l’annonce d’une hausse de près de 50 pour cent de la rémunération globale de six hauts dirigeants de la société la semaine dernière. Le p.-d.g., Alain Bellemare, voyait sa rémunération passer de 6,4 millions $US à 9,5 millions $US, tandis que le président du conseil d’administration, Pierre Beaudoin, voyait la sienne gonfler de 3,8 millions $US à 5,2 millions $US.

De surcroît, la multinationale prévoit mettre à pied 14 500 employés d’ici à la fin de 2018. En 2016, elle a encaissé une perte de près de 1 milliard.

L’entreprise a été renflouée notamment par 1,3 milliard d’Investissement Québec et 2 milliards de la Caisse de dépôt, en plus du prêt de 370 millions accordé par Ottawa.

M. Bellemare devra donc se contenter de 4,2 millions $US. Il a attribué cette tempête politique à une erreur de communication. Quant à M. Beaudoin, il a renoncé à la majoration de sa rémunération.

5 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Inscrit 6 avril 2017 07 h 59

    Une ponction financière qui aide qui ?

    La ponction financière faite par six dirigeants de Bombardier aide qui ?
    Les libéraux ont votés contre la motion du PQ dénonçant la hausse exagérée des bonus salariaux attribués à 6 dirigeants de Bombardier...Couillard argue que leur vote prend position en faveur des travailleurs de Bombardier...Est-ce que Philippe Couillard peut expliquer comment cette hausse exagérée contribue à aider les travailleurs en aéronautique...Je crois plutôt le contraire...Je crois que cette ponction financière est surtout une entrave au sain développement des affaires de la compagnie Bombardier...Je crois que la meilleure façon de remettre sur pied une compagnie encore dans le rouge, après avoir risqué la faillite, est d'avoir une certaine décence au niveau piges financières opérées dans le compte bancaire...Cette façon de penser est d'une nullité financière sans borne de la part de gens que l'on dit des génies en affaires...On ne peut démontrer plus grande incompétence...Et c'est encore les Québécois qui paient pour ces magnats aux doigts croches et aux égos exhorbités...Pathétique...Si le PLQ continue à défendre l'indéfendable, c'est le Québec tout entier qui devra déclarer faillite, à force de se faire piger dans ses coffres allègrement par ces mafieux sans conscience sociale... Avec le PLQ au pouvoir depuis trop de lustres, le «free for all» et les largesses accordées aux «vraies affaires» sont devenues systémiques...Ce n'est pas le racisme ni l'islamophobie qui est devenu systémique au Québec mais la corruption et la collusion à cause d'une certaine mentalité libérale de prédation qui a des effets d'entraînements excessivement néfastes...Vivement un changement de gouvernance...Ça presse...

  • Philippe Hébert - Inscrit 6 avril 2017 09 h 15

    C'est fou comment cette entreprise est mal gérée.

    La moyenne salariale en Europe pour un ingénieur en aéronautique est de 55 000 euros. (80 000$ canadiens)

    Avec les délais rencontrés liés à toute sorte de problèmes liés au avions de la C-Series, plutôt que de verser des hausses salariales complètement folles à des pousseux de crayons, voir, des voleurs à cravates sans scrupules, j'aurai engagé des ingénieur pour régler les problèmes de conception...

    Mais bon, Bombardier et Libéral, c'est comme les deux doigts de la main. Ils ont les mêmes valeurs, c'est à dire, l'absence de moralité.

  • Jacqueline Rioux - Abonnée 6 avril 2017 10 h 47

    Une logique moyenageuse

    Mme Anglade est culottée de nous dire « La colère est encore là, mais il ne faut jamais perdre de vue l’objectif : […] on veut créer des emplois, que l’industrie de l’aérospatiale prospère », alors que Bombardier prévoit couper 14000 postes, sans doute pour récupérer la perte de 1 milliard de perte en 2016.

    Je n'adhère pas à la logique capitaliste des hauts dirigeants qui disent augmenter la rentabilité de leur entreprise en coupant des postes. Ce ne sont quand même pas eux qui les construisent les avions, sans compter que toutes ces coupures créent certainement un climat de travail difficile qui doit affecter la rentabilité à long terme. C'est une logique moyenageuse qui nous fait croire que certaines personnes font un travail tellement vital que ça vaut une rémunération de 200 à 300 fois supérieure à la moyenne des salaires des travailleurs. Les rois de notre époque en somme.

    Sans compter que ces hauts salariés contribuent sans doute moins à faire rouler l'économie que les travailleurs moyennement salariés de Bombardier.

  • Colette Pagé - Inscrite 6 avril 2017 11 h 04

    Moutons de Panurge et Pilleurs d'État !

    Se pourrait-il que tous les députés libéraux qui se sont opposés à la motion de l'opposition officielle soient favorables à l'augmentation déraisonnable de traitement des dirigeants de Bombardier ?

    Dans l'affirmative ces députés ne reflètent pas le ras-le-bol et l'indignation des contribuables québécois qui ne décolèrent pas face ce détournement de subvention assimilable à l'enrichissement sans cause.

    D'aucuns pourraient qualifier ces dirigeants de pilleurs d'État puisque sans la subvention de 1,3 Milliards ils auraient perdu leur eimploi pour cause de faillite.

    Quant au sophisme du PM visant à faire taire la critique pour ne pas nuire à l'image du Québec faut-il rappeler que cette image est déjà amochée par la corruption, le laxisme du Ministère des transports, la libération d'accusés sans procès, le scandale à la SIQ, l'état des routes, des écoles et des hôpitaux.

  • Patrick Boulanger - Abonné 6 avril 2017 11 h 44

    Manifestation dimanche

    Il y a une manifestation dimanche pour réclamer « l'annulation complète des hausses de rémunération prévues pour les principaux dirigeants de la multinationale » : http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politi