Un horizon qui s’embrouille d’ici deux ans

Le long cycle de croissance des États-Unis, principal acheteur des exportations québécoises, fait planer l’incertitude sur la marge de manœuvre dont dispose le gouvernement Couillard.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Le long cycle de croissance des États-Unis, principal acheteur des exportations québécoises, fait planer l’incertitude sur la marge de manœuvre dont dispose le gouvernement Couillard.

La marge de manoeuvre dont dispose actuellement le gouvernement Couillard pour financer ses dépenses repose en partie sur la vigueur de l’économie et du marché de l’emploi, mais l’incertitude qui plane, notamment aux États-Unis, embrouille le portrait au-delà des deux prochaines années.

Au nombre des points d’interrogation, certains économistes évoquent le long cycle de croissance que les États-Unis, principal acheteur des exportations québécoises à l’étranger, vivent depuis la fin de la crise financière. La Réserve fédérale américaine, qui a resserré son taux directeur trois fois depuis 2015, s’attend à ce que l’économie américaine ralentisse en 2019.

Le budget mentionne entre autres que selon une analyse historique, une variation de 1 % du PIB américain entraîne un effet de 0,5 % sur celui du Québec dont l’impact maximal a lieu en six mois.

900 millions
Baisse des revenus autonomes. Québec inscrit cette provision pour l’exercice 2021-2022 en prévision d’une variation du PIB américain.

Québec en tient d’ailleurs compte dans ses perspectives de revenus autonomes, qui suivent une courbe ascendante jusqu’en 2018-2019 avant d’entamer une descente. Le gouvernement a même pris le soin d’inscrire en 2020-1921 une provision pour éventualités de 400 millions, quatre fois plus qu’à l’habitude. En 2021-1922, la provision passe à 900 millions.

« Quand on arrive à l’année 4 et 5 d’un plan financier, il y un risque qui survient. À court terme, le budget est structurant, même à long terme. Mais il y a beaucoup de risques », a dit l’économiste en chef du Mouvement Desjardins, François Dupuis. « Le plus gros, c’est que l’économie américaine, après dix ans, commence à vivre un ralentissement ou une fin de cycle. » Cette possibilité se trouve à l’horizon 2019 ou 2020, estime-t-il. « En plus, on sera au coeur du choc démographique au Québec. Ce sont deux facteurs importants. »

La croissance est au rendez-vous. Après 1,2 % en 2015, l’économie québécoise a crû de 1,7 % l’année suivante. Cette performance supérieure à celle du Canada a été marquée par une embellie sur le marché de l’emploi et un taux de chômage en baisse. Le gouvernement Couillard prévoit pour 2017 une croissance de 1,7 %, suivie de 1,6 % en 2018.

Le recul du bassin de travailleurs

La vigueur du marché de l’emploi a nettement contribué à la marge de manoeuvre dont dispose le gouvernement, a lui aussi affirmé l’économiste en chef de la Financière Banque Nationale, Stéfane Marion. « Il aurait été étonnant qu’on n’ait pas de marge sans le plein emploi », a-t-il dit. « Sur un horizon de 12 à 24 mois, le plan tient la route. Mais à moyen terme, on devra composer avec le fait que depuis deux ans, une des raisons pour lesquelles on est au plein emploi, c’est que le bassin de travailleurs rétrécit. C’est le bassin de payeurs de taxes, ça. »

Un des points d’interrogation liés aux États-Unis porte évidemment sur la présidence protectionniste de Donald Trump, que Québec évoque en surface dans son budget en insistant sur le fait que la cible de M. Trump ne semble pas être le Canada. Cependant, le dossier du bois d’oeuvre pourrait causer problème.