Moins d’argent pour les médecins, plus pour les soins

Le gouvernement doit 1,9 milliard de dollars aux médecins, mais prévoit pour l’instant leur en verser 456 millions. Une « offre » contenue dans le budget qui porte la promesse de négociations ardues. Les médecins spécialistes, mécontents sur d’autres fronts également, prévoient d’ailleurs un « grand rassemblement » au Stade olympique en mai.

Les ententes conclues en 2007 avec les fédérations médicales, puis renégociées en 2014, prévoyaient que le gouvernement octroie 215 millions de plus aux médecins cette année et 359 millions l’an prochain. En tout, c’est 1,9 milliard de plus que Québec devait débourser d’ici 2021-2022. Le budget déposé mardi ne prévoit le versement que de 456 millions sur les trois prochaines années. C’est le silence au sujet des années subséquentes. Au Conseil du trésor, on précise que c’est une « base de négociation » : l’offre a été déposée aux fédérations de médecins, qui n’ont pas dit leur dernier mot, soufflent-elles.

Le gouvernement souhaite renégocier l’entente d’étalement signée par le ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, à l’automne 2014 parce que la parité avec les médecins du reste du Canada serait atteinte.

« Si le rattrapage a été fait, on ne peut pas continuer avec les modalités qui avaient été convenues », a expliqué M. Barrette en mêlée de presse mardi. Les médecins, dit-il, se sont « battus pour un rattrapage, pas pour un chiffre ».

Les autres provinces ont « ralenti », voire réduit la croissance des salaires, dit-il.

Les spécialistes se réuniront au Stade olympique

M. Barrette se défend de déclarer la guerre aux médecins. « J’ai toujours cru à la négociation de bonne foi. La bonne foi, c’est regarder les faits. »

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Louis Godin s’est dit « déçu » de devoir négocier « le même contrat pour une troisième fois ». « Les finances du gouvernement se sont nettement améliorées, et nous devons renégocier, sous la prémisse que le rattrapage est complété par rapport au reste du Canada. C’est faux pour les médecins de famille ! » s’insurge-t-il.

Du côté de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), on n’a pas souhaité réagir au dépôt du budget. Toutefois, la FMSQ compte se défendre : plus tôt ce mois-ci, elle a convié les médecins spécialistes à un « grand rassemblement » au Stade olympique, le 13 mai prochain. « La politique consume le système de santé. Les médecins spécialistes en ont ras le bol », précise sa présidente, la Dre Diane Francoeur, dans l’invitation. L’argent ne sera pas le principal enjeu de cette grande rencontre, a tenu à préciser la FMSQ au Devoir, mardi.

Hausse des dépenses

Les dépenses en santé du gouvernement s’élèvent à 36 milliards pour l’année à venir, une hausse notable des dépenses de 4,2 %. C’est 772 millions de plus qui seront distribués dans le réseau, le double de ce qui avait été prévu l’an dernier.

L’argent ira principalement au financement des établissements (328 millions), à la réduction des délais d’attente (100 millions), à l’augmentation des services (100 millions) et au soutien aux personnes âgées (69 millions).

Plusieurs organismes soutiennent que cela permettra à peine de « freiner l’hémorragie » des dernières années, comme la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) ou encore l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS).

En calculant l’écart des dernières années entre les coûts du système de santé et les dépenses, c’est 1,19 milliard de plus qu’il aurait fallu ajouter cette année dans le réseau pour rattraper le retard dans les investissements.

Mais le ministre martèle qu’il s’agit de « nouveaux services » et qu’il n’y a pas de retard à rattraper.

Aide aux groupes communautaires

Du côté des comités d’usagers, le budget est perçu comme une bouffée d’oxygène. « C’est le budget de la réalité. Nous pouvons dire que le gouvernement a reconnu l’ampleur et la diversité des besoins en santé et services sociaux au Québec. »

Entre autres ajouts, le gouvernement réinvestit dans les 2986 organismes communautaires actifs en santé et services sociaux du Québec en injectant 10 millions de plus cette année au budget de 577 millions qui leur était consenti. Une somme famélique aux yeux du PQ. « Ces organismes sont ceux qui ont tenu à bout de bras les services à la population pendant qu’on coupait », a fait valoir le porte-parole aux Finances, Nicolas Marceau.

Le gouvernement débloque en outre 20 millions en santé publique.

Le budget rappelle enfin que le gouvernement aurait pu être beaucoup plus généreux si les transferts en santé n’avaient pas autant diminué ces dernières années. La dernière baisse des transferts prive le gouvernement de 180 millions cette année et une somme estimée à 1 milliard sur dix ans.

-1,09 milliard
C’est ce qu’il manque dans les coffres du budget des établissements de santé depuis l’arrivée du gouvernement Couillard, si l’on calcule que les coûts augmentent de 4,3 % par an en moyenne, en excluant les hausses salariales accordées aux médecins. Le ministère des Finances estimait lui-même en 2014 que le vieillissement de la population est responsable d'une croissance annuelle des dépenses de 1,3 %, contre 0,8 % pour la croissance démographique et 2,2 % pour l'inflation. Le réinvestissement du présent budget couvre donc la croissance des dépenses pour cette année, mais fait fi des restrictions des dernières années. La protectrice du citoyen a constaté dans ses rapports l’impact des restrictions sur les services aux citoyens.

Source des dépenses des établissements: Comptes de la santé, MSSS

3 commentaires
  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 29 mars 2017 06 h 48

    La clause remorque elle ?

    Pour les médecins il y a la clause remorque. Toute augmentation accordée aux employés de l'état est automatiquement accordée aux médecins de la RAMQ.

    De plus, les médecins reçoivent l'ajustement au coût de la vie de 4.5% (pour 2016) et si on accorde un ajustement au coût de la vie aux employés de l'état les médecins la reçoivent aussi en plus de leur 4.5%.
    Quelle mafia! Les médecins de Barette et Couillard sont toujours en augmentations.
    Voir la RAMQ, critères de rémunération, ça commence à sortir.

  • Jean-François Trottier - Abonné 29 mars 2017 09 h 17

    Les tartes

    La question au sujet des médecins, outre le fait qu'ils sont clairement surpayés selon une échelle des valeurs un peu sensée, tient sur une comparaison avec leurs confrères ailleurs au Canada.

    Méchant piège! On ne peut comparer deux revenus sans tenir compte du coût de la vie dans chaque province, et depuis longtemps la société québécoise est plus égalitaire, redistribuant les coûts et revenus sur toute la population.

    Donc, le dollar vaut plus ici qu'ailleurs au Canada ? D'accord! Donc on peut payer moins les médecins. ioupi.

    Mais voilà, le gouvernement actuel fait tout son possible pour laisser libre cours aux marchés "naturels" (je vais vomir) au Québec. Comment se faire ? En rabotant tout à la hauteur du reste.
    C'est connu : le vent va bien plus vite dans les plaines, s'pas. Pas d'impôt, pas de "charité", pas de secteur privilégié, au diable les besoins essentiels et vive la liberté de marché.

    Alors la société égalitaire se meurt et le dollar québécois en prend pour son rhume. Il faut donc payer les médecins à la hauteur des autres, toujours dans une belle logique de marché.

    Tous les économistes connaissent l'image de la tarte : la richesse commune et la façon de la séparer. Pas un cours qui n'utilise cette image! Ce qui manque au modèle, c'est la bonne maman-industrie qui est en train de préparer d'autres tartes, et aussi le papa-État qui en prend la plus grosse part pour la redistribuer, mais ça c'est au Québec, hein ?

    Bin papa a démissionné de son rôle. Et maman garde ses tartes pour elle.

    Nous mangeons donc la même maudite tarte depuis 2003. Logique de banquier qui ne comprend rien à l'industrie et rien à l'économie... mais qui a de bons amis.

    Alors en fin de compte j'approuve les médecins: ils ne font que démontrer l'absurdité de la gestion gouvernementale.

  • Gilles Teasdale - Abonné 29 mars 2017 09 h 40

    Quand je voit ces beaux sourires je me demande qui sont les dindons de la farce.