La part belle au transport collectif

Le gouvernement a annoncé 22 millions pour l’année investis dans le transport collectif partout au Québec.
Photo: Caisse de dépôt et de placement du Québec Le gouvernement a annoncé 22 millions pour l’année investis dans le transport collectif partout au Québec.

Le gouvernement Couillard a confirmé mardi sa participation, à la hauteur de 1,3 milliard, au projet de Réseau électrique métropolitain (REM), dans un budget qui fait par ailleurs la part belle au transport collectif, dans les grandes villes comme en région.

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, prévoit que l’investissement fédéral atteindra le même niveau que celui annoncé par Québec. Le gouvernement Trudeau s’est jusqu’ici dit disposé à financer le REM, sans avancer de chiffres.

Aux 2,6 milliards que fourniraient les gouvernements provincial et fédéral si les propositions du Québec s’avèrent s’ajouteraient les 2,67 milliards qu’attend le gouvernement de CDPQ Infra, la filiale de la Caisse de dépôt responsable de la réalisation du projet. La Caisse doit bénéficier d’un rendement prioritaire de 8 % sur son investissement.

Des chiffres viendront

Les fonds qui seront consacrés au prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal et à la mise sur pied du Service rapide par bus de Québec ont été retenus dans le Plan québécois des infrastructures (PQI), mais pas encore chiffrés publiquement. À Ottawa, Québec envisage de demander des fonds pour ses trois grands projets de transport.

1,3 milliard
Réseau électrique métropolitain. Somme prévue au budget Leitão, basée sur un investissement équivalent provenant d’Ottawa.

« On va négocier et on va arriver à des ententes qui seront satisfaisantes, parce que les trois projets sont importants », a déclaré Carlos Leitão. Le troisième lien entre Québec et Lévis — que réclame notamment la Coalition avenir Québec — est relégué au statut d’« étude », à l’instar de sept autres projets routiers.

« Les inquiétudes que nous avions pour le projet du Réseau électrique métropolitain se confirment, a réagi le critique de l’opposition en matière de finances, Nicolas Marceau. Non seulement la rentabilité n’est pas au rendez-vous et demandera des subventions d’opération, mais, en plus, un rendement de 8 % est garanti à la Caisse, aux dépens des contribuables. »

Quelle part pour le transport régional ?

Le gouvernement a aussi annoncé 22 millions pour l’année investis dans le transport collectif partout au Québec. De cette enveloppe, 3 millions par an seront consacrés au transport adapté et 2 millions le seront pour le transport en milieu rural, notamment interurbain.

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) espère que le reste de l’enveloppe (17 millions) bénéficiera aux régions, qui traversent une période très difficile, selon elle.

Ces dernières années, les compagnies d’autocars comme Orléans Express, Intercar ou Autobus Maheux, qui desservent les régions du Québec, ont presque toutes réduit le nombre de parcours, ce qui a forcé les MRC à prendre le relais.

Le président de la FQM, Richard Lehoux, s’est aussi inquiété des « critères de performance » décrits dans les documents budgétaires. Étant donné la faible densité de population en milieu rural, il craint que ces objectifs soient plus difficiles à atteindre, s’ils sont basés sur l’achalandage, notamment.

L’Union des municipalités du Québec (UMQ) a dit accueillir « favorablement » les mesures concernant le transport collectif en région. « Aux yeux du milieu municipal, il s’agit d’une condition nécessaire pour que le Québec atteigne les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre et contribue à la lutte contre les changements climatiques », a-t-elle souligné.

Une politique de mobilité durable

Le gouvernement doit aussi dévoiler sa politique de mobilité durable au cours de la prochaine année, politique qui doit couvrir tous les modes de transports, qu’ils soient collectifs, actifs, maritimes, ferroviaires ou aériens.

« On le demandait depuis des années, s’est réjoui Steven Guilbeault, d’Équiterre. La dernière fois qu’on a eu une politique des transports en commun, en 2006-2012, on a réussi à augmenter l’achalandage de 11 %, alors que l’objectif était de 8 %. Alors, on est capables au Québec de faire ça, si on a un plan, si on a une vision. Quand on se donne les moyens, ça marche, le transport collectif. »

Même si Québec n’a pas chiffré le montant qui sera accordé au prolongement de la ligne bleue du métro, le maire Denis Coderre y voit un « engagement ferme » du gouvernement et s’en réjouit. « L’argent est dans le PQI », a-t-il signalé. « On avait besoin d’un gouvernement qui dise que c’est une priorité et on va passer à l’étape ultime qui va nous permettre, dès 2021, de commencer les travaux pour une mise en service en 2025. »

La chef de Projet Montréal, Valérie Plante, n’est pas rassurée. « Le maire de Montréal se satisfait de bien peu. La ligne bleue, ça fait 25 ans qu’on l’attend. On se serait attendu à voir un engagement clair. C’est ce que les Montréalais veulent », a-t-elle commenté.

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2 commentaires
  • Louise Morand - Abonnée 29 mars 2017 09 h 35

    Le REM trompeur

    Investir des milliards dans le REM ne signifie pas qu'on améliore le transport collectif. Ce projet refusé, par le BAPE, ne serait-il pas un détournement de fonds publics prenant prétexte de la transition énergétique? Des études montrent que le REM n'aurait pas d'impact sur la diminution des GES et qu'il ne favoriserait pas de hausse significative d'achalandage du transport en commun dans la région métropolitaine, ni de diminution de la dépendance à l'automobile. Il serait même nuisible pour un autre projet de train électrique vers Trois-Rivière et Québec et pour la transition énergétique en générale car il monopoliserait les ressources financières pour la décennie à venir.
    La Caisse de dépot et placement du Québec (CDPQ), une institution financière privée, serait la principale bénéficière de ce projet, ainsi que la compagnie Bombardier et la cimenterie, probalement Ciment McInnis qui carbure au coke de pétrole des sables bitumineux, qui fournira le béton. Sans surprise, la CDPQ possède des investissements dans Bombardier et dans les sables bitumineux.
    Des chercheurs de l'École de technologie supérieure (ETS) ont étudié d'autres scénarios de transport électrique à Montréal, beaucoup plus performants, beaucoup moin émetteurs de GES, et immensément moin chers. Pourquoi le gouvernement s'entête-t-il à refuser de les examiner?

  • Jean Richard - Abonné 29 mars 2017 10 h 24

    La part belle, vraiment ?

    La part belle aux transports collectifs ? Pas du tout. Du déjà entendu à propos de la ligne bleue, et on sait maintenant que ce ne sera pas une priorité, rien pour le centre-ville, rien pour les sociétés de transport, sinon des miettes.

    Tout ira au très contesté REM, un projet qui va engloutir des G$ de fonds publics pour de bien maigres résultats. Et l'objectif du REM, ce n'est pas le transport collectif mais le rendement (grâce à l'immobilier en... banlieue, et vive l'étalement urbain).

    Et faisons de petits calculs. Le REM a déjà dépassé les 6 G$ et cette ascension n'est pas terminée, tout le monde en convient. Si la CDPQ y va de 3 G$ et que Québec et Ottawa y vont de 1,3 G$, il y manque déjà un demi milliard. Qui l'ajoutera ? La CDPQ ? Dans ce cas, la valeur des rendements devra être augmentée. Comme on prévoit que les rendements seront assurés par des subventions publiques, on vous laisse deviner la suite.

    On doit enfin s'étonner de voir le maire Coderre applaudir à la priorité absolue accordée au REM. Montréal ne sera pas gagnant avec le REM, bien au contraire.