Québec ne répond pas aux demandes des femmes

Deux jours après le meurtre de Daphné Huard-Boudreault, Martin Coiteux a évité les questions des journalistes à l'Assemblée nationale. 
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Deux jours après le meurtre de Daphné Huard-Boudreault, Martin Coiteux a évité les questions des journalistes à l'Assemblée nationale. 

Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a évité vendredi de répondre aux appels du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, qui souhaite une révision des enquêtes policières sur les drames conjugaux des cinq dernières années et un état des faits en matière de lutte contre la violence conjugale.

Deux jours après le meurtre de Daphné Huard-Boudreault à Mont-Saint-Hilaire, le ministre s’est contenté de déclarer que le comité d’examen des homicides intrafamiliaux se réunira le 27 mars. Il s’est dit « sensible aux situations vécues par les victimes de violence » et désireux de trouver « des pistes de solution pour les prévenir ».

Or ces solutions existent, et elles sont consignées dans un plan d’action annoncé en 2012, a répété le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale, dans une lettre adressée au ministre. La présidente du Regroupement, Sylvie Langlais, a sollicité une rencontre avec M. Coiteux pour discuter de « l’état de réalisation des différents engagements » pris par le ministère de la Sécurité publique. La veille, elle a demandé au ministre de réviser tous les cas d’homicides conjugaux survenus depuis 2012.

À l’Assemblée nationale, Martin Coiteux a évité les questions des journalistes. En fin d’après-midi, son attachée de presse a dit avoir l’intention de « prendre connaissance de la demande », avant de diriger Le Devoir vers le Secrétariat à la Condition féminine. L’attachée de presse de la ministre Thériault a ensuite assuré que la majorité des mesures prévues dans le plan d’action en violence conjugale avaient été mises en oeuvre ou étaient sur le point de l’être.

Drapeau rouge

Anthony Pratte-Lops, 22 ans, a été accusé jeudi du meurtre prémédité de Daphné Huard-Boudreault. L’homme, qui aurait été l’ex-conjoint de la jeune femme de 18 ans, l’aurait attaquée à l’arme blanche alors qu’elle venait récupérer ses effets personnels chez lui. Le matin du drame, Daphné Huard-Boudreault aurait fait appel aux policiers en raison d’une chicane qui a dégénéré. À ce moment-là, un drapeau rouge aurait dû être levé, estiment les groupes qui viennent en aide aux femmes victimes de violence, mais aussi aux hommes qui ont des comportements violents.

« Cet homme-là, c’est un client que j’aurais pu avoir dans mes groupes, a déclaré Rémi Bilodeau, qui dirige À coeur d’homme, un réseau de 29 organismes venant en aide aux hommes aux prises avec des comportements violents en contexte conjugal et familial. Il y avait plein de signes, plein de choses qui nous disaient qu’il était à risque. Il serait venu me rencontrer, et probablement qu’avec ma grille j’aurais pu évaluer le risque d’homicide… Mais personne ne l’a évalué, il ne s’est retrouvé dans aucun service. » En 2015, À coeur d’homme a produit une série de recommandations qu’il a remise aux ministères de la Justice, de la Sécurité publique et de la Santé. L’organisation a réclamé une intervention psychosociale immédiate auprès des hommes arrêtés pour violence conjugale. Elle attend toujours une réponse.

Comme le Regroupement des maisons pour femmes, À coeur d’homme verrait d’un bon oeil la réouverture des enquêtes d’homicides conjugaux menées depuis 2012, notamment « pour voir comment on pourrait intervenir plus adéquatement, plus précocement », a déclaré Rémi Bilodeau.

3 commentaires
  • René Bezeau - Abonné 25 mars 2017 07 h 55

    Un chum c't'un chum, un truc de gars

    Tant que ce mal qui pourri notre société n'aura pas une valeur économique, la génétique Libérale ne pourra s'en émouvoir.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 25 mars 2017 09 h 32

    Manque de ressources pour les hommes

    Le financement est davantage orienté pour les ressources disponibles pour les femmes, mais les hommes ont beaucoup moins de reseaux vers qui se tourner. Et c'est assez généralisé, je ne veux pas faire tourner le débat dans une dérive de plainte mais seulement faire le constat que c'est un point contribuant à perpétuer la violence conjugale.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 25 mars 2017 13 h 51

    Je fais le constat que le PLQ n'agit que lorsqu'une

    situation a dégénérée au coton.Martin Coiteux le champion toute catégorie des
    coupes austeres est démuni en autant qu'il ne s'agit de couper les plus démunis,dans l'éducation,la santé physique et mentale,la prévention de la violence sous plusieurs formes.
    Quand tu laisses la police habillée en clown,pas surprenant que la neige dérange ces memes clowns et deux ministeres.
    S'il était nommé au ministere des Forets ou simplement accrocher ses patins.