Le silence d’Ottawa sur les projets en transport en commun déçoit Québec

La construction du REM, qui est évaluée à 6 milliards de dollars, doit s’amorcer à l’automne prochain.
Photo: CDPQ La construction du REM, qui est évaluée à 6 milliards de dollars, doit s’amorcer à l’automne prochain.

Le gouvernement du Québec hausse le ton vis-à-vis d’Ottawa dans le dossier du transport en commun. Affichant une mine basse, les ministres Carlos Leitão et Pierre Moreau se sont dits mercredi soir « extrêmement déçus » de l’absence dans le second budget Morneau de « signal clair » au sujet du financement fédéral des « grands projets d’infrastructure » : le Réseau électrique métropolitain (REM), le prolongement de la ligne bleue du métro et le Service rapide par bus (SRB) de Québec.

Le temps presse, disent-ils. La construction du REM, qui est évaluée à 6 milliards de dollars, doit s’amorcer à l’automne prochain. « [D’ici là] il va falloir intensifier encore les discussions, parce que l’échéancier sur le financement est relativement court », a averti M. Moreau, écorchant au passage les députés libéraux fédéraux. « J’aimerais bien entendre le caucus du Québec s’exprimer sur les projets d’infrastructure qui touchent le Québec », a-t-il poursuivi.

Le gouvernement québécois reviendra aussi à la charge pour obtenir une part de financement d’Ottawa. Le projet du SRB est évalué à 1,1 milliard, tandis que celui de la ligne bleue n’est pas encore connu. Le gouvernement Trudeau s’est dit prêt à payer 40 % de la note des projets de transport collectif, comparativement à « jusqu’à 50 % » l’année dernière.

À la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on parle carrément d’une « occasion manquée ». Son président, Michel Leblanc, reproche à Ottawa de ne pas avoir clairement signifié qu’il allait financer le REM. Cela aurait, selon lui, facilité le travail de la Caisse de dépôt et placement (CDP) pour convaincre des joueurs à l’international d’investir dans le projet.

En fait, le budget fédéral évoque le projet du REM, mais de façon plus vague. « On prévoit que d’ambitieux projets de transport en commun transformeront les villes du Canada au cours des dix prochaines années », écrit M. Morneau, avant d’énumérer cinq projets, dont le REM.

Au total, le gouvernement fédéral s’était engagé l’an dernier à investir 20 milliards sur 11 ans en transport en commun, mais il n’en a inscrit au budget qu’une petite partie pour l’instant dans le cadre de la phase 1 du programme (1,7 milliard, comme prévu dans le budget 2016).

Asymétrie

Le ministre des Finances, Carlos Leitão, s’est toutefois réjoui d’une nouvelle reconnaissance du fédéralisme asymétrique dans le second budget Morneau, qui prévoit de 1,2 à 1,5 milliard sur 10 ans au Québec pour les infrastructures sociales. « L’asymétrie a été reconnue. Ce n’est quand même pas rien, 1,5 milliard de dollars que nous allons pouvoir utiliser de la façon que nous jugeons la plus appropriée pour améliorer le niveau de vie des familles », a-t-il déclaré, moins de deux semaines après la conclusion d’une entente sur les transferts canadiens en matière de santé. « Il y a aussi des aspects intéressants du côté de la recherche et de l’innovation », a-t-il poursuivi.

Le Parti québécois a qualifié les décisions d’Ottawa d’insultantes, déplorant le manque de mesures concernant la lutte contre l’évasion fiscale, l’absence d’annonce de financement des transports en commun ou d’aide aux producteurs forestiers et laitiers. « C’est comme si ça ne comptait pas, le Québec », a laissé tomber le porte-parole de l’opposition officielle en matière de finances, Nicolas Marceau. « Moi, je trouve ça insultant », a-t-il lancé.

La Coalition avenir Québec a fait la même analyse. « Ce budget est l’illustration parfaite du manque de leadership du premier ministre Philippe Couillard pour défendre les intérêts des Québécois. En effet, il n’y a absolument rien pour le Québec dans ce budget, parce que M. Couillard n’a pas été en mesure de porter ses demandes avec aplomb », a réagi le porte-parole en matière de finances publiques, François Bonnardel.

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2 commentaires
  • Pierre Gauthier - Abonné 23 mars 2017 08 h 52

    Trop tard?

    Triste ironie que cette réaction du gouvernement du Québec au sujet du transport collectif. De tels fonds fédéraux ont été disponibles pendant plusieurs années. L'Ontario s'en est largement prévalu. Pendant ce temps, le gouvernement du Québec n'en avait que pour l'automobile et la construction d'autoroutes. Le réveil tardif semble brutal. Sans investissement massif dans les transports collectifs, le Québec ratera ses cibles de réduction de GES. Ces faits sont connus depuis de nombreuses années. On aura eu beau pérorer sur les tribunes internationales au sujet des politiques environnementales du Québec, les gouvernements libéraux successifs n'ont fait preuve que d'incurie. Nos bons libéraux n'ont qu'eux-mêmes à blâmer.

  • Jean Richard - Abonné 23 mars 2017 09 h 50

    Le mythe des grands projets

    Il pourrait y avoir une certaine hypocrisie de la part du gouvernement du Québec face à la tiédeur d'Ottawa vis-à-vis les grands projets – en fait, LE grand projet, le REM. Ce que veut Québec, ce n'est pas l'amélioration des transports collectifs mais bien le méga-chantier qu'est le REM, système qui a comme objectif un rendement de 9 à 10 % (grâce à la spéculation le long des axes desservis – en banlieue).

    Parti à 5,5 G$, le REM a maintenant atteint les 6 G$ et l'ascension n'est pas terminée. Alors que les coûts projetés augmentent, la CDPQ n'a jamais annoncé qu'elle y injecterait plus que les 3 G$ prévus à l'origine.

    Après tant d'années d'immobilisme et de régression dans certains cas, les transports collectifs urbains ont besoin d'un bon coup de barre, et ça, non pas à coups de méga-chantiers de banlieue mais bien d'investissement au centre-ville et en périphérie immédiate.

    Avant de lancer l'argent sur la table, Ottawa serait sage d'attendre que Québec un plan d'ensemble de restauration et d'amélioration des transports collectifs urbains et non pas uniquement un méga-projet qui monopolisera les ressources avec un objectif de rendement et non de mobilité urbaine. Et de plan véritable de transport urbain, Québec n'en a pas (sinon le mirage de la ligne bleue dans 10 ou 20 ans).