Un gouvernement dans la tempête

Le service du 911 a recensé 317 appels pour le territoire sous la responsabilité de la SQ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le service du 911 a recensé 317 appels pour le territoire sous la responsabilité de la SQ.

Le sort de centaines d’automobilistes prisonniers pendant plus de 13 heures dans la tempête sur l’autoroute 13 Sud à Montréal a plongé le gouvernement Couillard dans l’embarras. Les autorités publiques ont failli à leur responsabilité première d’informer les automobilistes coincés sur le réseau routier, a concédé le premier ministre, Philippe Couillard, qui promet un examen approfondi des interventions des services d’urgence afin d’éviter une telle confusion à l’avenir.

« Je comprends que la tempête est exceptionnelle. Je comprends que les mesures sont en cours. J’ai entendu tout ça. […] La réaction doit être proportionnelle au problème », a insisté le chef du gouvernement.

M. Couillard n’arrivait pas à croire que les individus au volant des quelque 300 véhicules immobilisés sur un tronçon enneigé de l’autoroute 13 Sud, entre les autoroutes 40 et 20, aient dans certains cas attendu de longues heures avant d’obtenir de l’information sur l’aide à venir des services d’urgence. Il a brandi son téléphone intelligent. « Il existe des instruments comme ça grâce auxquels on peut, à partir du gouvernement, de la Sécurité civile, des ministères, informer le monde : “Dans tant de temps, on va être rendu à vous. On s’en vient. Attendez.” Au moins, ça diminue l’anxiété et l’angoisse des gens », a-t-il soutenu. « Disons qu’il y a quelqu’un qui est malade, qu’est-ce qu’on va faire pour aller le chercher ? Comme citoyen et premier ministre, c’est quelque chose qui me préoccupe. »

En après-midi, Martin Coiteux et Laurent Lessard, respectivement ministres de la Sécurité publique et des Transports, se disaient incapables d’expliquer le déroulement précis des événements et des interventions.M. Coiteux a indiqué ne pas disposer de « toutes les informations nécessaires pour avoir le portrait complet » des événements survenus à Montréal. « On va avoir besoin de quelques heures pour avoir l’ensemble des informations requises pour faire au moins un bilan provisoire […] d’ici vendredi », a-t-il signifié.

À Montréal, le maire Denis Coderre, avec en main la chronologie des opérations, a assuré que la Sécurité civile de Montréal avait fait son travail. Il a reproché au ministère des Transports du Québec (MTQ) d’avoir omis d’aviser la Ville de Montréal que des automobilistes étaient coincés sur l’autoroute. « Il y a quelqu’un qui dormait au gaz. C’est sûr que c’était exceptionnel, mais ça n’a pas d’allure de rester 13 heures coincé », a-t-il lancé.

Le maire a détaillé la séquence des événements telle que rapportée par le Service de la sécurité civile. À 23 h 50, lors d’une conférence téléphonique, le MTQ aurait mentionné la fermeture de l’autoroute 13 direction sud en raison d’un accident impliquant un camion lourd, mais il n’aurait pas indiqué que des centaines d’automobilistes étaient immobilisés sur place, a insisté le maire. Rappelons que les voies autoroutières relèvent de la compétence du MTQ et que c’est la Sûreté du Québec (SQ) qui en assure la sécurité.

À 1 h 40, le Service de sécurité civile de Montréal a jugé que la situation sur son territoire était maîtrisée. À 3 h 27, le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) a toutefois été avisé par la SQ que des automobilistes étaient encore sur l’autoroute. À 4 h 29, des équipes du SIM se sont rendues sur les lieux avec de l’eau, de la nourriture et un camion doté d’une toilette. Un centre d’hébergement a aussi été ouvert à Lachine.

Le service du 911 a recensé 317 appels pour le territoire sous la responsabilité de la SQ, a ajouté le maire.

Denis Coderre juge « inacceptable » que les automobilistes aient eu à attendre si longtemps avant d’être évacués : « Quand ça n’a pas d’allure, ça n’a pas d’allure. Il faut s’assurer que ça ne puisse pas se reproduire à l’avenir. S’il y a un problème de juridiction, vous me les enverrez et je vais m’en occuper. »

Le ministre Laurent Lessard a promis que les vérifications seraient faites. À cran, il a répété tout au long de la journée que le MTQ avait déployé les ressources nécessaires afin de déblayer la neige du réseau routier de la métropole. « On n’a pas un problème d’effectifs sur l’intervention, mais un problème de coordination », a-t-il martelé. « Honnêtement, sur le résultat sur la 13, on ne peut pas être satisfaits. »

Quant aux automobilistes qui ont dû payer 218 $ pour récupérer leur véhicule laissé sur l’autoroute 13, ils seront remboursés, a promis Martin Coiteux.

Conditions difficiles

Pour sa part, la SQ a fait valoir que les opérations d’intervention avaient été laborieuses en raison de l’abondance de neige. Le lieutenant Jason Allard a indiqué qu’un appel avait été reçu à 18 h 08 pour une collision impliquant un camion lourd sur l’autoroute 13 sud dans le secteur de Lachine. Les policiers ont eu de la difficulté à se rendre sur les lieux. Et il a fallu attendre des heures avant que les véhicules du MTQ soient en mesure de dégager un passage et qu’une remorqueuse puisse faire son chemin jusqu’au lieu de l’accident. « Il y aurait eu trois remorqueuses qui auraient tenté de se rendre sur les lieux », a souligné le policier.

« À 2 h 30, personne n’était mourant, mais ça commençait à être inconfortable pour les gens. Les policiers ont demandé si le Service de sécurité incendie de Montréal pouvait porter assistance. Il fallait voir comment on pouvait sortir les gens de façon sécuritaire », a-t-il expliqué. « On était en contact constant avec le MTQ. »

Le lieutenant Allard a signalé que les policiers ne pouvaient évacuer les automobilistes de force « à moins d’un danger imminent pour leur sécurité ». Plusieurs d’entre eux ont toutefois choisi de quitter les lieux à pied, abandonnant leur voiture derrière eux.

L’opération s’est terminée à 11 h 54 mercredi et toutes les voies de l’autoroute 13 Sud ont pu être rouvertes à la circulation. Le lieutenant Allard reconnaît qu’un bilan devra être fait : « C’est long, être pris dans la circulation 14, 15 heures. Et ça inclut nos policiers. Qui a dormi au gaz ? Il va falloir faire une analyse chronologique et voir à qui revient la responsabilité de s’assurer de la fluidité et du déplacement sur le réseau routier. Mais c’est vraiment un événement hors du commun. »


Chronologie d’un cafouillage

18 h 08 : La SQ reçoit un appel pour une collision impliquant un camion lourd sur l’autoroute 13 sud, dans le secteur de Lachine.

23 h 50 : Conférence téléphonique de la Sécurité civile de Montréal à laquelle participe le MTQ. Selon la Ville de Montréal, aucune mention par le MTQ des automobilistes immobilisés sur l’autoroute 13.

1 h 40 : La situation est sous contrôle, estime la Sécurité civile de Montréal.

3 h 27 : Le Service de sécurité incendie de Montréal (SIM) apprend de la SQ qu’environ 300 véhicules sont immobilisés sur l’autoroute.

4 h 29 : Le SIM intervient avec l’autorisation de la SQ.

11 h 54 : Tous les véhicules ont été remorqués et la circulation est rétablie.


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