Des ex-élues réclament une loi sur la parité hommes-femmes

L’initiative a germé dans la tête de l’ex-ministre de l’Éducation péquiste Marie Malavoy, que l’on voit ici en 2014.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’initiative a germé dans la tête de l’ex-ministre de l’Éducation péquiste Marie Malavoy, que l’on voit ici en 2014.

Lasses d’attendre le grand soir, d’anciennes parlementaires ont décidé de se regrouper pour réclamer l’adoption d’une loi contraignante visant à donner enfin aux femmes la place qui leur revient à l’Assemblée nationale.

En effet, seule une loi peut renverser la tendance et faire en sorte que les partis politiques ne puissent plus se défiler, affirme ce nouveau regroupement non partisan, formé de plusieurs anciennes députées et ministres.

Une telle loi stipulerait que tous les partis politiques doivent présenter un minimum de 40 % de candidates aux élections générales.

Question fort controversée depuis des décennies, tant dans les milieux politiques que féministes, l’idée d’imposer des quotas de candidatures féminines aux élections vient donc de franchir un pas important, avec la caution morale d’un grand nombre d’anciennes ministres et députées de tous les partis représentés à l’Assemblée nationale.

Marie Malavoy

L’initiative a germé dans la tête de l’ex-ministre de l’Éducation péquiste Marie Malavoy, préoccupée du fait que la proportion d’élues à l’Assemblée nationale avait tendance à régresser au lieu d’augmenter. « L’idée, c’est de reconnaître d’abord qu’on n’y arrivera pas si on ne prend pas des moyens », a soutenu Mme Malavoy à La Presse canadienne, lors d’un entretien récent.

Dans son esprit, 40 % constitue un seuil minimal. Même s’il faut à plus long terme viser plutôt l’égalité, donc 50 % des 125 sièges, fait-elle valoir, un tel objectif ne serait pas réaliste dans les années qui viennent, étant donné qu’une grande majorité de sièges est actuellement occupée par des hommes, dont un bon nombre tiennent à poursuivre leur carrière politique. « Pour que ça fonctionne, il faut qu’on soit réalistes », dit-elle.

Elle a donc décidé de contacter d’autres anciennes parlementaires et de créer un comité dont le but serait double : faire pression sur les partis pour qu’ils adoptent une loi imposant la parité hommes-femmes et, en parallèle, repérer et recruter des femmes qui pourraient être intéressées par l’aventure politique. L’idée a fait boule de neige.

Comité officiel

Avec une autre ex-ministre péquiste, Rita Dionne-Marsolais, Mme Malavoy a créé officiellement son comité en mai dernier.

Rapidement, plusieurs autres « ex » sont montées dans le train de la parité : l’ex-ministre libérale Carole Théberge, l’ex-députée libérale Christiane Pelchat, l’ex-ministre péquiste Louise Harel et l’ex-députée caquiste Hélène Daneault.

Elles ont d’abord constitué un répertoire des 84 anciennes parlementaires de l’Assemblée nationale, en vue de les contacter pour connaître leur intérêt envers le projet. Une trentaine a déjà adhéré au groupe. Le comité aimerait devenir une sorte de mentor pour d’éventuelles candidates, les accompagnant dans leur démarche et leur offrant de la formation, au besoin.

Au cours des derniers mois, des liens ont été tissés avec d’autres groupes partageant les mêmes objectifs, dont le Groupe Femmes, politique et démocratie, le Conseil du statut de la femme et le Cercle des femmes parlementaires.

Le prochain rendez-vous électoral aura lieu dans un an et demi, autant dire que le temps presse pour les formations politiques de mettre en branle la machine, indique la présidente du comité, Mme Malavoy, qui a quitté la politique en 2014.

« Il ne faut pas juste dire, la veille de l’élection : “J’ai essayé, j’en ai pas trouvé” », plaide l’ex-parlementaire. « Si on souhaite vraiment avoir des femmes, il faut travailler en amont. Il faut d’abord repérer des femmes, il faut les accompagner, dit-elle, sinon les places seront prises par les hommes ».

Pour y arriver, « il doit y avoir une impulsion des chefs de parti. C’est sûr qu’il faut qu’ils soient dans le coup » et il faut aussi que les différentes instances au sein des partis, de la base au sommet, « soient dans le coup ».

Proportion en baisse

Lors de la dernière élection générale, en avril 2014, 34 femmes ont été élues à l’Assemblée nationale. La proportion d’élues est passée de 32,8 % en 2012 à 27,2 % en 2014. Le nombre de candidates doit être plus important, dit Mme Malavoy, mais il lui apparaît aussi « capital » de convaincre les partis de présenter des femmes dans des circonscriptions gagnantes.

Les années passent et on aimerait croire que tout est acquis pour les femmes en politique, mais c’est loin d’être le cas, selon elle. Le « moule politique est masculin », très traditionnel dans ses valeurs, sa culture, ses règles du jeu. Souvent, encore aujourd’hui, les femmes s’identifient mal au jeu politique, elles « commencent par penser que ce n’est pas pour elles », déplore Mme Malavoy.

Au lieu de pénaliser les partis qui ne se conformeraient pas à une éventuelle loi sur la parité, Mme Malavoy propose plutôt de récompenser les meilleurs élèves, en leur accordant une sorte de « bonus » financier s’ils présentent un nombre suffisant de candidates.

Aux yeux des anciennes parlementaires, la création de ce groupe est « une façon de passer le flambeau » aux suivantes.

27,2%
La proportion de femmes élues à l’Assemblée nationale lors de l’élection générale d’avril 2014, sur 125 sièges. Elle était de 32,8 % en 2012.
7 commentaires
  • Gilles Bonin - Inscrit 6 mars 2017 08 h 08

    Vous voulez vraiment la parité?

    Rien de plus simple: divisez les circonscriptions par deux et attribuer 2 députés par corconscriptions élus sur deux listes, une liste de femmes, une liste d'hommes - les listes étant composés par les candidatures féminines et masculines des indépendants ou des choix des partis. Mais ça c'est trop simple probablement et vaut mieux s'illusionner en imposant un % de candidates proposé aux partis...

    • Johanne St-Amour - Inscrite 6 mars 2017 11 h 16

      On constate une belle résistance à la parité ici.

      Par ailleurs, M. Bonin, le fait est que, de plus en plus, les partis politiques sont subventionnés, il est alors juste qu'ils respectent la parité et même qu'ils soient pénalisés s'ils ne la respectent pas, comme en France d'ailleurs!

    • Yvon Bureau - Abonné 7 mars 2017 20 h 44

      Élaborons.
      Un comté.
      Un siège à l'ANQ.
      Un vote à l'ANQ
      À l'élection, chaque parti propose un et une candidate.
      Élus, ils partagent le même bureau.
      Surtout ils se partagent le travail dans le comté et lors des travaux parlementaires et «lors de l'état de siège». Du travail en abondance.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 6 mars 2017 09 h 15

    Favoriser l'égalité

    Il serait aussi judicieux d'utiliser des mesures identiques pour favoriser la présence d'homme où ceux-ci sont sous représentés : présence universitaire dans tous les départements, dans l'enseignement primaire, dans la vente de vêtement, dans les aides ménagères... Également favorisé la présence des femmes chez des métiers traditionnellement masculins : travailleur de la construction, camionneur,....

    Le principe d'égalité n'exclu pas la différence. Les hommes ont le droit de sur-représenter certaines sphères et même chose pour les femmes. Ce qui compte vraiment, ce n'est pas le pourcentage de représentation mais la possibilité d'accéder au même milieu avec des efforts comparables. Moins de femmes feront les mêmes sacrifices que les hommes pour se positionner en politique. Ne forçons pas les femmes, c'est du populisme.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 6 mars 2017 14 h 10

    J'aurais forte tendance a avoir beaucoup de femmes

    en politique de nos jours quand on voit la magouille,le manque de sensibilité,d'ame de coeur et de vision actuellement.Les discussions de cour d'école ou absence et refus de discussions ou de réponses aux questions posées ou pire encore parler pour rien dire et tacher de noyer le poisson est indigne de ces dirigeants supposement choisis pour aller vers le bien-commun .
    Je crois les femmes capables davantatage de consensus,moins de patinage,plus de vérité et sincérité,de decisions,de gros bonsens,de protection envers ceux qui en ont le plus besoin,etc.
    Vous direz,malgré son age :lui.il s'ennuie de sa mere et c'est vrai.

  • Michèle Lévesque - Abonnée 7 mars 2017 10 h 17

    Oubli des genres ?

    La parité hommes-femmes dans la représentation publique est un pas nécessaire avec lequel je suis totalement en accord. Tant que nous serons en démocratie, l’objection ou réserve courante de la 'compétence égale' ne tient pas du fait que c'est l’électorat qui en décide.

    Cela dit, le débat ouvre aussi sur la scène du nouveau féminisme, intersectoriel, là où les catégorisations naturelles hommes/femmes sont écartées au profit de celles de genres. Il est dommage qu’aucun propos n'en tienne compte - et d’autant plus que cette nouvelle réalité fait depuis mai 2016 l’objet d’un projet de loi, le C-16, lequel est depuis novembre à l'étude au Sénat. Ce PdL veut faire obstacle à "« la discrimination et à la violence envers la communauté LGBT2S »", acronyme utilisé par Mme Wilson-Raybould "« pour désigner les lesbiennes, les gais, les bisexuels, les transgenres et les bispirituels. »" (1) En termes administratifs, les LGB ne posent pas problème pour la parité, mais les transgenres et plus encore les 2S seraient par contre plus difficiles à situer.

    De quelle catégorie H/F relèvera une née-femme qui devient physiquement homme ou un né-homme qui devient physiquement femme pour que leur sexe corresponde à leur genre, eu égard à "loi contraignante" et "imposée" souhaitée ? En toute logique à son sexe-genre choisi dans le cas des transgenres, mais plusieurs féministes d’allégeance plus classiques y verraient toutefois un problème. C’est là un questionnement qu'il faut prendre en considération.

    Cette variable devrait à mon avis être considérée dès maintenant plutôt que de miser comme trop souvent sur des 'gestions de pompier' qui ‘attendent de voir quand cela arrivera', notamment en postulant que ce ne sera de toutes façons pas nécessaire étant donné que ça ne touchera toujours qu’une petite minorité de personnes.

    __________

    (1) "Une loi fédérale pour protéger les droits des transgenres", Radio-Canada, 17 mai 2016).

  • Loyola Leroux - Abonné 7 mars 2017 19 h 21

    Ex-députés ‘’has been’’, qui suggerent !!!

    Je suis un peu tanné d’entendre tous ces anciens députés, surnommés ‘’has been’’ par l’ex-ministre Louise Harel, nous faire des suggestions. Mais, pourquoi diable, n’ont-ils pas mis en œuvre leurs fameuses bonnes suggestions losrqu’ils-elles siégeaient comme élus ? Dans le cas présent, pourquoi madame Malavoy n’a-t-elle pas fait voter une loi pour la parité a l’Assemblée nationale, lorsqu’elle était au pouvoir ?