Les juristes réclament la démission de Vallée

Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, reçoit les félicitations de ses collègues après l’adoption de la loi spéciale forçant le retour au travail des juristes de l’État.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le président du Conseil du trésor, Pierre Moreau, reçoit les félicitations de ses collègues après l’adoption de la loi spéciale forçant le retour au travail des juristes de l’État.

Les juristes de l’État (LANEQ), qui rentrent au travail ce mercredi, demandent la démission de la ministre de la Justice Stéphanie Vallée parce qu’elle ne les a pas suffisamment « appuyés » pendant le conflit de travail.

« Quand est-ce qu’on va voir un remaniement ministériel qui va faire en sorte de ne plus avoir cette personne-là comme ministre de la Justice ? » a demandé Me Jean Denis, le président du syndicat représentant le millier d’avocats et de notaires travaillant dans différents ministères et organismes gouvernementaux.

« Celle qui n’a même pas été capable, à titre de procureure générale du Québec, de notaire générale du Québec et de jurisconsulte, d’appuyer les avocats du Québec. Même à la demande de la bâtonnière, elle n’a rien fait. À la Chambre des notaires, elle n’a rien fait. À la demande des cadres juridiques, elle n’a rien fait », a lancé Me Denis, qui n’a pas manqué de rappeler que certains de ses membres l’auraient vue en train de jouer au jeu Bubble Crush pendant l’étude du projet de loi spéciale.

J'ai le plus grand respect pour leur travail [les juristes], puis on va les accueillir à bras ouverts

 

L’Assemblée nationale a adopté mardi après-midi la loi spéciale pour forcer le retour des juristes en grève depuis le 24 octobre dernier. Cette loi leur permet en outre de « poursuivre avec diligence et bonne foi, pendant une période maximale de 45 jours, la négociation en vue de convenir d’une entente ».

En incluant les délais en conciliation et médiation, cette période peut s’étirer jusqu’à 105 jours. Mais après l’épuisement des délais, Québec leur imposera les conditions de travail prévues à l’« annexe » au projet de loi 127.

Scepticisme

LANEQ s’attend par ailleurs à bien peu de cette nouvelle période de négociation. « Ils nous mettent un autre fusil sur la tempe », a dit Me Denis. Pour ce dernier, c’est comme si le ministre les forçait à s’entendre, à défaut de quoi il peut donner les « augmentations salariales les plus basses de la fonction publique ».

M. Moreau dit quant à lui avoir accordé aux juristes la parité salariale avec les procureurs aux poursuites criminelles et pénales et être désormais disposé à confier un mandat à un comité de travail pour discuter de leur « statut d’indépendance ».

Retour au travail

Les juristes sont maintenant attendus au travail dès 8 h 30 mercredi. « J’ai le plus grand respect pour leur travail, puis on va les accueillir à bras ouverts », a affirmé la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, lors d’une mêlée de presse en matinée mardi. « Je suis persuadée qu’avec leur professionnalisme on saura reprendre là où on a laissé », a-t-elle ajouté.

La grève des juristes aura été la plus longue du secteur public de l’histoire du Canada : 128 jours.

Malgré la loi spéciale, le syndicat dit rentrer au travail « la tête haute » et entend désormais poursuivre son combat devant les tribunaux. Mardi, Me Denis a fait savoir que le syndicat avait donné le mandat à un avocat de contester la légalité de la loi spéciale en Cour supérieure et qu’il était prêt à porter la cause « jusqu’en Cour suprême » au besoin.

Le syndicat a en outre déjà lancé une poursuite contre le gouvernement en dommages et intérêts devant le Tribunal administratif, de 37,75 millions.

2 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 1 mars 2017 08 h 03

    Ajouter l'insulte à l'injure!

    " J'ai le plus grand respect pour leur travail, puis on va les accueillir à bras ouverts."
    Que Mme Vallée dise une telle chose après un retour forcé par une loi à tous ces juristes est une véritable injure! Elle rajoute une couche supplémentaire à toute cette saga. Elle n'a jamais rien dit, ne les a jamais défendus et soutenus et voilà qu'elle leur dit cela mielleusement à leur retour. Vraiment, je ne comprends pas ce que cette femme fait en politique et qu'elle soit maintenue à son poste. Elle semble toujours
    "embourbée" dans ses dossiers, incapable de les défendre et encore moins dans un temps raisonnable. Les difficultés s'accumulent au niveau de la justice au Québec
    et cela semble la dépasser complètement. La démission demandée est plus que souhaitable. Car les relations de travail risquent d'être ardues avec les juristes!

    • Claude Gélinas - Abonné 1 mars 2017 11 h 05

      Je souscris à cette opinion qui démontre à l'évidence que la Ministre ayant atteint le principe de Peter devrait retourner sur les banquettes arrières.

      Ce qui aurait comme avantage de lui laisser amplement de temps pour jouer sur sa tablette.

      Sous son règne considérons l'état de la Justice : délais excessifs, coûts exorbitants, libération d'accusés sans procès, retards dans la nomination des procureurs de la Couronne et des juges, octrois de plusieurs millions de contrats sans vérifications légales. Un beau gâchis !

      Et durant les 105 jours de grève des juristes : silence radio pour ensuite réclamer leur collaboration.