Les jeunes péquistes refusent de revenir à la charte des valeurs

Réunis à Victoriaville au cours de la fin de semaine, les jeunes péquistes se sont prononcés sur plusieurs propositions.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Réunis à Victoriaville au cours de la fin de semaine, les jeunes péquistes se sont prononcés sur plusieurs propositions.

Les esprits se sont échauffés au Congrès du comité national des jeunes du Parti québécois (PQ), qui ont rejeté en bloc, dimanche, l’idée d’interdire le port des signes religieux pour tous les employés du secteur public et parapublic pendant leurs heures de travail. Seulement une quinzaine de personnes ont appuyé une mesure qui consistait essentiellement à reprendre les aspects controversés de la charte des valeurs du gouvernement Marois.

« Cette proposition-là, à mon sens, ce n’est pas de la laïcité, c’est, d’une certaine façon, jouer le jeu des racistes. Qui on va attirer au Parti québécois avec cette proposition-là ? » a lancé le délégué Laurent Constantin aux jeunes réunis à Victoriaville. Il a été hué pour avoir utilisé le mot raciste.

« On est Québécois avant tout. C’est de cette façon que nous réussirons à inclure dans la société tous les Québécois de quelque origine qu’ils soient », a exposé Nicolas Turcotte, de l’association des Laurentides, qui avait avancé cette proposition pour le congrès.

Marc-André Bouvette, le nouveau président du Comité national des jeunes du PQ, et Ariane Cayer, la présidente sortante, se sont prononcés contre la proposition. « Les gens sont tannés, les gens ont envie qu’on règle cette question-là une fois pour toutes et là, nous, on a l’odieux d’aller secouer ça encore ? Les gens sont plus capables », a lancé Mme Cayer.

On est en fait le parti le plus connecté sur la jeunesse au Québec

 

Cette proposition a fait beaucoup jaser alors que les débats sur les accommodements religieux ont ponctué les échanges à l’Assemblée nationale la semaine dernière. Le premier ministre Philippe Couillard a d’ailleurs récupéré cette nouvelle, samedi, pour prouver que le consensus de l’opposition n’existe pas.

Le Parti québécois, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire demandent au gouvernement Couillard d’interdire le port des signes religieux seulement pour les fonctionnaires en position d’autorité.

La langue française

 

La centaine de jeunes réunis à Victoriaville se sont montrés toutefois plus divisés sur la proposition concernant l’application de la loi 101 au niveau collégial, une idée qu’avait défendue le PQ sous le règne de Pauline Marois, mais qui a récemment été abandonnée par le nouveau chef, Jean-François Lisée.

« Actuellement, on a décidé de repousser l’indépendance, on a décidé d’y aller “mollo” sur le débat identitaire. Un parti doit avoir une marque de commerce pour gagner et se démarquer de ses adversaires. Si on recule sur la langue, ça va être quoi la marque de commerce du Parti québécois en 2018 ? » a lancé Olivier Lacelle, un jeune délégué de la région de Montréal.

D’autres ont souligné l’importance de mieux intégrer les immigrants, qui ne sont pas nécessairement allés à l’école en français auparavant. Certains jeunes ont plutôt fait valoir que cette mesure pourrait nuire au parti « dans le chemin des victoires ». « On a certaines patates chaudes qu’on pourrait peut-être éviter. On parle ici d’une clause qui est relativement minime », a souligné Julien Levac.

Une militante anglophone, Valerie Costanzo, a invité les péquistes à battre cette résolution pour que le PQ ne s’éloigne pas de la communauté anglophone. « Les anglophones sont parmi vous, sont parmi nous et sont membres du Parti québécois », a-t-elle lancé sous un tonnerre d’applaudissements.

Les jeunes péquistes se sont montrés très divisés sur cette question. Un vote secret a même été demandé, mais l’idée a été rejetée notamment en raison du manque de temps.

Les jeunes péquistes se sont prononcés dimanche sur plusieurs autres propositions. Ils se sont notamment opposés à « tout nouveau projet d’oléoduc » et ont adopté une résolution afin d’instaurer un mécanisme de destitution pour les députés et les élus municipaux qui sont formellement accusés d’un acte criminel et qui serait recommandé par le Commissaire à l’éthique. Ils ont aussi voté pour diminuer le financement public des écoles privées et pour créer un statut professionnel de journaliste.

Se « donner un électrochoc »

Le chef péquiste était présent pour la dernière journée du congrès, dimanche. Dans un discours d’une trentaine de minutes, Jean-François Lisée a assuré aux militants que le parti était fin prêt à se « donner un électrochoc » pour se renouveler.

Il a abordé le rapport « dérangeant » que lui a remis son conseiller spécial, Paul St-Pierre Plamondon, dans lequel ce dernier disait que les jeunes étaient « trop peu » nombreux au PQ — seulement 14 % des membres sont âgés de moins de 40 ans.

M. Lisée a cependant insisté pour dire que le PQ était le parti qui avait le plus de jeunes au sein de ses membres en nombre absolu par rapport au Parti libéral, à la Coalition avenir Québec (CAQ) et à Québec solidaire.

« On a 12 000 jeunes sur 89 000 membres. On a trois fois plus de jeunes que les libéraux et on a plus de jeunes que tous les membres de la CAQ, a-t-il soutenu. Alors on est en fait le parti le plus connecté sur la jeunesse au Québec. Et de loin ! »

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