Cri du coeur pour Sainte-Marie–Saint-Jacques

La députée solidaire Manon Massé lors du rassemblement tenu dans le quartier Centre-Sud, dimanche. Elle a notamment reçu l’appui de Carole Poirier, députée péquiste dans Hochelaga-Maisonneuve.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La députée solidaire Manon Massé lors du rassemblement tenu dans le quartier Centre-Sud, dimanche. Elle a notamment reçu l’appui de Carole Poirier, députée péquiste dans Hochelaga-Maisonneuve.

Quelques centaines de personnes ont bravé le froid lors d’un rassemblement citoyen dans le quartier Centre-Sud visant à sauver la circonscription provinciale de Sainte-Marie–Saint-Jacques, menacée de démantèlement. Élue dans ce comté, la députée de Québec solidaire Manon Massé croit qu’il appartient maintenant à l’Assemblée nationale d’empêcher cette refonte de la carte électorale, qui touche d’autres régions du Québec.

Parmi ses appuis, sa collègue députée péquiste dans Hochelaga-Maisonneuve, Carole Poirier, a annoncé qu’elle lui donnerait une partie de son temps de débat pour dénoncer les propositions de la Commission de représentation électorale (CRE), qui veut notamment amalgamer Westmount–Saint-Louis et Sainte-Marie–Saint-Jacques. « C’est un déni de démocratie », a martelé Mme Poirier en s’adressant à la foule réunie devant le Comité social Centre-Sud.

Avec le temps de parole de son collègue député Amir Khadir, Mme Massé devait disposer d’à peine dix minutes lors du débat en chambre mardi, qui doit durer cinq heures au total. Ensuite, le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) aura 10 jours pour fixer les limites des 125 circonscriptions québécoises, qui seront effectives dès le 1er octobre 2018.

Ça envoie un signal clair, les gens de Sainte-Marie veulent être consultés et veulent que leurs droits de citoyens soient reconnus au même titre que ceux des autres citoyens qui ont été consultés

 

En apprenant la nouvelle la semaine dernière, la Coalition Avenir Québec et le Parti québécois avaient aussitôt décrié la refonte. Craignant que la redéfinition des frontières électorales « noie » les voix de ses électeurs dans une « mer libérale », la députée de Québec solidaire exhorte le gouvernement Couillard à « légiférer d’urgence » pour permettre à la Commission de tenir une « réelle consultation publique considérant la nouvelle proposition qu’on a sur la table ».

La Commission de la représentation électorale ne peut toutefois revenir sur sa décision de rayer ce comté de la carte, ayant déjà épuisé tous les délais légaux, a déjà fait savoir le Directeur général des élections du Québec. Une porte-parole du DGEQ, Julie St-Arnaud, a déclaré que la Loi électorale prévoit de telles consultations dans les 10 mois qui suivent le dépôt de la proposition préliminaire. Dans le cas du processus de refonte actuelle, ce document a été présenté en mars 2015.

Une circonscription unique

Selon François Bergeron, directeur de la Corporation de développement communautaire (CDC) de Centre-Sud, beaucoup de gens s’inquiètent de voir leur comté « plus pauvre » se retrouver « amalgamé à la partie plus riche de Montréal ».« Les gens se questionnent et se disent “nos besoins vont-ils être analysés de façon claire au Parlement à Québec ?” »

Valérie Plante, chef de Projet Montréal et conseillère dans l’Arrondissement Ville-Marie, déplore la perte d’une circonscription pour la métropole. « C’est une voix de moins pour les Montréalais à l’Assemblée nationale », a-t-elle dit.

Pour Line Vaillancourt, résidante du quartier depuis plus de 16 ans, les deux circonscriptions du centre-ville de Montréal n’ont pas « du tout » la même réalité sociale. Elle est persuadée que ce redécoupage de la carte électorale ôtera un siège à Québec solidaire. « C’est sûr. En quoi ça met en danger les libéraux ? J’ai bien de la misère à croire qu’il s’agit simplement d’un hasard… » a-t-elle ajouté.

Mentionnons que ce scénario fait aussi des insatisfaits dans la circonscription de Westmount–Saint-Louis, alors qu’une coalition de groupes anglophones a aussi demandé à Québec de renoncer à ce nouveau redécoupage.

10 000 signatures

En cinq jours, soit depuis qu’il a été annoncé que la circonscription de 42 300 personnes allait être démantelée, plus de 10 000 signatures de soutien ont été recueillies. « Ça envoie un signal clair, les gens de Sainte-Marie veulent être consultés et veulent que leurs droits de citoyens soient reconnus au même titre que ceux des autres citoyens qui ont été consultés », a déclaré Manon Massé. Elle fait allusion à un autre scénario, celui de la refonte des circonscriptions d’Outremont et de Mont-Royal, qui a finalement été rejeté.

La carte électorale est révisée à toutes les deux élections, pour tenir compte des variations de population dans chacune des circonscriptions. La dernière carte avait été établie en 2011. Dans un rapport préliminaire déposé en mars 2015, la Commission de représentation électorale (CRE) proposait de fusionner les circonscriptions d’Outremont et de Mont-Royal et d’abolir la circonscription de Saint-Maurice, en Mauricie. Les opposants au projet ont eu 24 mois pour faire valoir leurs arguments au Directeur général des élections du Québec (DGEQ). Le projet de fusion d’Outremont et de Mont-Royal a été finalement abandonné au profit de la refonte de Sainte-Marie–Saint-Jacques et Westmount–Saint-Louis. Les représentants de ces circonscriptions ne l’ont appris que lors du dépôt du nouveau rapport de la CRE mardi dernier par le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon. Ils déplorent avoir moins de 20 jours pour défendre leur point de vue.

Opposition en Mauricie

Le député libéral Pierre Giguère, qui représente Saint-Maurice, en Mauricie — une autre circonscription qui pourrait être éliminée —, s’est lui aussi opposé aux changements. Il s’est engagé à acheminer à l’Assemblée nationale les résolutions adoptées dans les municipalités de sa région qui dénoncent les modifications, mais pour des raisons bien différentes que dans la métropole.

M. Giguère et les élus municipaux critiquent notamment les nouvelles délimitations élaborées par la CRE. « Le nouveau territoire qui est proposé, ça me prendrait huit heures pour me rendre à l’autre bout en auto », a-t-il illustré en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne.

« Nous, en région, on a le même budget de personnel que dans de tout petits comtés à Montréal, mais on a des distances énormes à parcourir. On veut donner le même service. Pourquoi le citoyen québécois en région n’aurait pas le même service qu’ailleurs? » a-t-il souligné.

Une annonce subite

La carte électorale est révisée à toutes les deux élections, pour tenir compte des variations de population dans chacune des circonscriptions. La dernière carte avait été établie en 2011. Dans un rapport préliminaire déposé en mars 2015, la Commission de représentation électorale (CRE) proposait de fusionner les circonscriptions d’Outremont et de Mont-Royal et d’abolir la circonscription de Saint-Maurice, en Mauricie. Les opposants au projet ont eu 24 mois pour faire valoir leurs arguments au Directeur général des élections du Québec (DGEQ). Le projet de fusion d’Outremont et de Mont-Royal a été finalement abandonné au profit de la refonte de Sainte-Marie–Saint-Jacques et Westmount–Saint-Louis. Les représentants de ces circonscriptions ne l’ont appris que lors du dépôt du nouveau rapport de la CRE mardi dernier par le président de l’Assemblée nationale, Jacques Chagnon. Ils déplorent avoir moins de 20 jours pour défendre leur point de vue.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

10 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 12 février 2017 09 h 33

    La nécessité d'une représentation politique au plan sociologique


    Comment noyer les pauvres dans une mer de riches..

    Croire qu'il soit possible de représenter à la fois les intérêts de Westmont et ceux du Centre-Sud. C'est comme si on croyait pouvoir représenter à la fois les intérêts de Montréal et de la Gaspésie.

    Si on reconnait la nécessité d'une représentation politique au plan géographique.

    - Ne serait-il pas tout aussi nécessaire, sinon davantage, de reconnaitre la nécessité d'une représentation politique au plan sociologique?

    Car en agissant de la sorte, c'est comme si la Commission de la représentation électorale s'attaquait aux plus pauvres en les noyant dans une mer de riches.

    Christian Montmarquette

  • Stéphanie Deguise - Inscrite 12 février 2017 10 h 23

    Citoyens! Venez à notre rescousse!

    Venez en grand nombre au rassemblement d'aujourd'hui à 11h00 afin de faire pression pour bloquer cette manoeuvre des plus malhonnêtes! (1710, rue Beaudry, entre les rues Maisonneuve E et Ontario).

    • Richard Génois Chalifoux - Inscrit 12 février 2017 11 h 40

      Manif sniffe sniffe
      Tout ce qui ne sert pas les intérêts de Manon Massé est malhonnête.
      Au lieu de tourner le dos à l’Assemblée nationale, M&M aurait dû faire son travail de députée pour lequel elle a été élue. Le travail de parlementaire ne se limite pas à faire de la figuration dans les manifestations.

    • Jean Jacques Roy - Abonné 12 février 2017 21 h 07

      Monsieur Chalifoux!
      Si vous cherchez des député-e-s malhonnêtes et des "mon oncles cochons" vous feriez bien de regarder dans les rangs du parti libéral... Vous pourrez vous y complaire. Il y en avait avec Charest à la tête et ça continue sous Couillard qui ne sait plus où les casser!

      Quant à Manon Massé, c'est bien la dernière chose que vous pouvez lui reprocher la "malhonnêté"! Au contraire, c'est une députée au langage clair et à l'allure décomplextée qui assume sa différence. Vous la trouvez toujours la première aux barricades pour défendre les droits à la dignité des assisté-es sociaux, des bas salarié-es, du droit au logement et à des traitements équitables...

      Or, justement dans SMSJ on les trouve en grand nombre ces marginalisé-es de la société Montréalaise et Manon Massé était là, ce dimanche, pour leur dire qu'ils et elles ont droit d'être consultés... et que SMSJ a le droit d'être représentée à l'A.N.

      ... et vous osez dire que Manon Massé ne fait pas bien son travail de députée... quelle ne se bat pas pour les intérêts et besoins de la population de SMSJ!

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 février 2017 21 h 56

      À Richard Génois Chalifoux,

      "Au lieu de tourner le dos à l’Assemblée nationale, M&M aurait dû faire son travail de députée pour lequel elle a été élue." - Richard Génois Chalifoux

      C'est une compréhension extrêment étroite à la fois du rôle de députée et de la politique.

      QS faisait justement son travail en tournant symboliquement le dos à l'infâme loi 70 de Couillard. Une loi scélérate qui risque de couper 200$ d'aide sociale sur une prestation famélique de 600$ par mois.

      Et elle le fait encore en donnant son dimanche de congé pour mobiliser ses concitoyens.es sur une entorse à la démocratie dans Sainte-Marie-Saint-Jacques.

      C'est si elle se croisait les bras devant la situation qu'elle ne le ferait pas.

      Christian Montmarquette

  • Yves Côté - Abonné 12 février 2017 15 h 07

    Je pense...

    Je pense qu'un vieux chum à mon père serait fier de vous, les manifestants.
    Il s'agit de Jean-Claude Malépart.
    Il était peut-être libéral, mais c'était à une époque où être libéral pouvait vouloir dire autre chose que serviteur des nantis...
    Une époque où plusieurs libéraux devaient leurs élections à leur proximité avec leurs électuers, même lorsque modestes.

    Tourlou !

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 février 2017 18 h 37

      Cette fois-ci je vous l'accorde M. Côté.

      Jean-Claude Malépart était un des rares et un bon député libéral pour sa circonscription.

      Un libéral comme il ne s'en fait plus devrions-nous ajouter.

      Et nombreux sont ceux et celles qui seraient sans doute prêt à le reconnaitre.


      Christian Montmarquette

  • Tristan Roy - Abonné 12 février 2017 16 h 35

    Curieux

    C'est étrange comme la fusion des comtés d'Outremont et de Mont-Royal n'ont pas suscité de manifestations.

    Dans La Presse, on mentionnait quelques dizaines de manifestants, ce qui semble plus conforme à la photo que Le Devoir présente.

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 février 2017 18 h 24

      Dans La Presse, on mentionnait quelques dizaines de manifestant - Tristan Roy

      C'est curieux.. Vous ne donnez pas les coordonnées de votre article.

      - Permettez-moi de vous donner la mienne


      "Des centaines des manifestants ont bravé le froid, dimanche matin, pour se faire entendre. Des groupes communautaires sont venus appuyer la cause. Plus de 8000 personnes ont signé une pétition."

      - TVA Nouvelles | Publié le 12 février 2017 - Mis à jour à 16:06

  • Louise Trencia - Inscrite 12 février 2017 22 h 58

    Réponse à M. Chalifous

    Bien sur, Manon Massé avait tourné le dos à l'assemblée nationale, en guise de vote contre les conditions de vie de beaucoup de gens de son comté (snif snif).

    Curieusement, c'est maintenant au parti libéral de tourner le dos aux citoyens du comté pour lequel Manon Massé travaille, en les faisant électoralement disparaître, tout autant que leur droit d'être représentés.

    Les gens se sont réunis parce qu'ils n'ont pas été consultés. Et oui, snif snif, quand on te baillonne à l'assemblée nationale, qu'on ne te consulte pas sur des motifs si importants, il ne te reste plus que la rue pour exprimer ton point de vue. Vous n'avez rien contre ça, c'est évident.

    Cette magouille n'avantage QUE le Parti Libéral. Oui, snif snif, vous l'avez bien exprimé.

    Savez-vous que le Quebec Community Group Network a dit que ce découpage de la carte électorale ne doit pas passer ! Les citoyens de Westmount n'ont évidemment pas les mëmes intérëts à défendre que Centre-Sud. Ils veulent que leurs privilèges soient défendus, ne veulent pas de ce tripotage de la carte électorale.

    Bien sur, eux ne feront pas une manif nif nif. Mais ils ont parfois (richesse oblige) le
    bras long long long.