Des épouses qui volent au secours de leur mari

Hillary Clinton, Anne Sinclair et Melania Trump ont témoigné par leur présence de la probité de leur célèbre époux, Bill Clinton, Dominique Strauss-Kahn et Donald Trump.
Photo: John Moore / Getty Images / Agence France-Presse Hillary Clinton, Anne Sinclair et Melania Trump ont témoigné par leur présence de la probité de leur célèbre époux, Bill Clinton, Dominique Strauss-Kahn et Donald Trump.

L’épouse de Gerry Sklavounos n’a pas dit un mot lors de la conférence de presse du député jeudi, mais tous les regards étaient tournés vers elle. A-t-elle été instrumentalisée ? Renforce-t-elle la crédibilité de son mari ? Chose certaine, elle a pris part à une mise en scène vue très souvent dans la réalité comme dans la fiction.

Les histoires diffèrent, mais les mises en scène se ressemblent. Un politicien repentant au micro et son épouse à ses côtés. La série à succès The Good Wife commençait précisément avec une telle scène : le personnage central, Alicia Florrick, était forcé d’apparaître dans une conférence de presse aux côtés de son mari, qui avait été impliqué dans un scandale sexuel. Très tôt dans la série, on nous faisait comprendre que cette image dissimulait une fausse unité.

Plusieurs analystes contactés par Le Devoir ont aussi songé jeudi à Anne Sinclair et son soutien à Dominique Strauss-Kahn, ou encore à Hillary Clinton.

 
Photo: Joe Raedle / Getty Images / Agence France-Presse L'ex-secrétaire d'État et candidate démocrate déchue à l'élection américaine, Hillary Clinton, aux côtés de son mari Bill Clinton, ancien président des États-Unis

« On a voulu montrer que M. Sklavounos était une victime. S’il choisit d’aller jouer le rôle de la victime, il doit démontrer qu’il a des appuis, d’où la présence de sa femme », note le spécialiste en gestion de crise Richard Thibault, qui n’a pas été très impressionné par la déclaration. Son épouse a-t-elle été instrumentalisée ? « Je ne veux pas lui prêter une intention, mais c’est l’impression que j’ai eue. »

 
Quel message ? 

L’important n’est pas tant de savoir si Janneke Sklavounos a été utilisée, notent plusieurs, mais de songer au message que cette mise en scène envoie.

Pour la professeure Guylaine Martel de l’Université Laval, l’affaire Sklavounos met en avant deux grands stéréotypes féminins. « Elle nous présente les femmes sous des images avilissantes : victimes, menteuses, sans le sens de l’humour, incapables de reconnaître une blague ou d’accepter un compliment, une marque d’amitié… qu’on compare à la femme sublime, celle qui soutient son mari. Des garces quand elles se défendent de certains comportements machistes, des saintes lorsqu’elles les soutiennent. »

Photo: Spencer Platt / Getty Images / Agence France-Presse Anne Sinclair, l'épouse de Dominique Strauss-Kahn (droite)

Comme bien des observateurs, Mme Martel a songé à Anne Sinclair, l’épouse de Dominique Strauss-Kahn, qui avait soutenu son mari après qu’il eut été accusé d’agression sexuelle en 2011. À l’époque, Mme Sinclair, une journaliste de renom, a été vivement critiquée, plusieurs lui reprochant ainsi de nuire à la cause des femmes et de ne pas être solidaire envers la présumée victime.

À l’époque, la sexologue Jocelyne Robert avait publié une lettre publique à Anne Sinclair dans laquelle elle cherchait à se mettre à sa place. « Quel modèle choisirez-vous de représenter ? Celui d’une femme-paillasson, malgré ses millions, sa rare valeur et son intelligence ? […] Je me sens solidaire de vous. Autant que de la jeune femme présumément agressée et molestée par votre mari. Comme si, au fond, le traitement qu’il vous réservait à toutes deux était le même, à un plumeau près. »

Jeudi, Jocelyne Robert a été déçue par le discours de M. Sklavounos, « qui a réussi à passer le message que ce sont les femmes qui ont un problème » et que lui « était au-dessus de tout. » Sa femme, elle, avait « quelque chose d’attendrissant », a-t-elle observé. « Le message subliminal, c’était : “Cette femme merveilleuse me croit. Comment est-ce que je pourrais être un salaud ?” »

Quant à savoir si la population pourra le croire, c’est une autre histoire, ajoute Mme Robert. « Je pense que les gens ne sont pas dupes. Ils vont lui être sympathiques à elle, mais pas nécessairement à lui. »

Le silence, une stratégie ?
Le professeur Thierry Giasson a quant à lui été étonné par le silence de l’épouse du député Sklavounos. Selon lui, cela renforçait l’impression qu’on s’était servi d’elle. « Quand je l’ai vue, j’ai pensé qu’elle allait s’exprimer. On est dans le registre de l’épouse bienveillante, accommodante… Il y a une instrumentalisation patente de cette femme-là », dit-il.

« C’est très convenu, comme stratégie de communication. […] Ça fait aussi écho à Hillary Clinton, mais c’était en 1994-1995 ! On est 20 ans plus tard, ce n’est plus la même chose. Aujourd’hui, la femme d’un politicien devrait pouvoir parler. »

Au-delà du message que cela envoie sur les femmes, on peut aussi s’interroger sur l’impact sur la politique elle-même. Dans le quotidien suisse Le Temps, en octobre, la chroniqueuse Marie-Claude Martin avait publié un article intitulé « Hillary Clinton, Melania Trump, Anne Sinclair : ces épouses qui volent au secours de leur mari ».

Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le président américain Donald Trump en compagnie de son épouse, la première dame Melania Trump

Mme Martin s’intéressait au cas de Melania Trump, qui s’était portée à la défense de son époux après qu’on eut diffusé ses propos dégradants sur les femmes. Pour défendre son mari, Mme Trump avait dit qu’il s’agissait de « discussions de garçons », s’en était prise aux médias et avait affirmé que son mari était un « gentleman ».

Pour la chroniqueuse, « dans ce scénario rodé de l’homme en pleine ascension qui chute à la suite d’une faute sexuelle, l’épouse devient ainsi une pièce maîtresse. […] C’est elle qui décide du destin de son mari ; la garante de sa bonne foi ; elle, la gardienne de sa réputation. » Or cela « a un prix, fort bien exprimé par Melania Trump quand elle excuse les obscénités de son mari en le traitant de “teenage boy” : l’infantilisation du pouvoir. »

20 commentaires
  • Paul Toutant - Abonné 10 février 2017 04 h 05

    Où?

    Où étaient les journalstes pendant cette conférence de presse-spectacle? Pourquoi AUCUN n'a-t-il posé de questions à Janneke, l'épouse du député?

    • Raymond Labelle - Abonné 10 février 2017 09 h 38

      "Pourquoi AUCUN n'a-t-il posé de questions à Janneke, l'épouse du député?"

      Peut-être pour ne pas la torturer davantage.

    • Jacques Morissette - Abonné 10 février 2017 09 h 47

      Tout de même un peu délicat ce genre d'intervention. S'il fallait parler de tout ce que l'on voit, comprend entre les lignes? Les journalistes peuvent très bien savoir la ligne à ne pas dépasser. Ce n'est pas une question d'hypocrisie, cela dit sans vous offenser, c'est plutôt une question de savoir vivre. Ce n'est pas la femme qui est en accusation, si je peux m'exprimer ainsi.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 10 février 2017 10 h 16

      Vous voyez souvent des journalistes interroger les gens qui entour ceux qui font des conférences de presse ?

    • André Joyal - Abonné 10 février 2017 15 h 58

      Alllons Paulo! Quelle question! Élémentaire mon cher Watson!

      On sait très bien pourquoi un homme,dans ces circonstances, se fait accompagner de son épouse: pour ne pas à répondre à des questions embarrassantes, pour autant que les journalistes aient la moindre compassion envers l'épouse.

      Rappelez-vous ce politicien de NYC, aux prises avec un scandale impliquant des prostituées. Le misérable s'était fait accompagner de son épouse. La mine qu'elle affichaitt suffisait à inciter à tout journaliste, le moindrement humain, de ne pas en rajouter.

  • Hélène Gervais - Abonnée 10 février 2017 06 h 49

    Mon impression ...

    le p.m. ne pourra le reprendre au caucus et il restera député jusqu'aux prochaines élections où ses électeurs le rejetteront. Sa conjointe qui a servi de paravent, lui en fera voir de toutes les couleurs.

  • Bernard Terreault - Abonné 10 février 2017 07 h 58

    Pas de problème

    Le PLQ va le garder à l'écart et le remplacer à la prochaine élection par un autre dans cette circonscrption qui vote libéral les yeux fermés.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 février 2017 09 h 36

      Il s'agit d'une circonscription où le total des votes du PQ et de QS dépasse celui du PLQ.

    • hugo Tremblay - Inscrit 10 février 2017 10 h 22

      Petite précision, cette circonscription est justement de celles, trop nombreuses, ou la majorité vote contre le PLQ mais que celui-ci gagne grâce à la division des indépendantistes.
      PQ plus QS avaient la majorité aux 2 dernières élections!

    • Raymond Labelle - Abonné 10 février 2017 15 h 55

      Cette circonsription a même déjà été représentée par le PQ à l'occasion d'une élection partielle. Elsie Lefebvre y avait été élue en septembre 2004.

      En 2014, où les choses allaient bien pour le PLQ, le PQ, QS et ON n'ont tout juste pas atteint le score du PLQ

      Résultats de 2014

      Gerry Sklavounos 46.19%

      Québec solidaire Andrés Fontecilla 27.69%
      Parti Québécois Pierre Céré (fr) 15.93%
      Option nationale Miguel Tremblay 0.78%

      Total des 3 ci-dessus: 44.4%

      Par contre, en 2012:

      Gerry Sklavounos 34.08%

      Parti Québécois Badiona Bazin 26.44%
      Québec solidaire Andrés Fontecilla 24.33%
      Option nationale Miguel Tremblay 2.83"

      Total des 3 ci-dessus: 53,6% - et oui, les partis indépendatistes ont dépassé le 50% dans ce comté en 2012!

      Et même QS + PQ, sans ON y ont dépassé le 50%, soit exacement 50,77%.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 février 2017 16 h 25

      Aux élections de 2008 et de 2007, le PQ et QS ont ensemble eu plus de votes que le PLQ (représenté par Sklavounos)- en 2007.

      Détails: https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9sultats_%C3%A9lectoraux_de_Laurier-Dorion

  • Serge Morin - Inscrit 10 février 2017 08 h 38

    Sa carrière de député est finie et son épouse divorcera bientôt.

    • André Joyal - Abonné 10 février 2017 16 h 00

      OK pour la carrière politique,mais le reste ne nous regarde pas.

  • Sylvain Bolduc - Abonné 10 février 2017 09 h 44

    Jeux de coulisses...

    Le problème ici c'est que le monsieur en question était rien de moins que l'adjoint parlementaire de Jean-Marc Fournier et IL SAIT beaucoup de choses compromettantes sur le parti. Ça c'est la vraie patate chaude. D'où sa phrase "Je resterai toujours un libéral das l'âme", pour prouver son allégeance au PLQ. Motus et bouche cousue qu'il veut faire en réintégrant les rangs mais si l'opinion publique n'y est pas favorable, Couillard a un gros problème pour l'image et l'intégrité du PLQ...

    • Jean-Charles Morin - Abonné 10 février 2017 11 h 18

      Avec tout ce qu'il sait du PLQ, Gerry Sklavounos est une bombe à retardement qui peut faire beaucoup de dégâts et Philippe Couillard ne le sait que trop bien. Ce dernier essaie de gagner du temps pour peaufiner sa stratégie du "damage control" mais celle-ci sera-t-elle efficace? Voilà toute la question.