Pas de référendum avant un troisième mandat, dit Bernard Landry

L'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne L'ancien premier ministre du Québec Bernard Landry

Le prochain gouvernement péquiste devra évaluer la pertinence de reporter la tenue d’un référendum sur la souveraineté à un troisième mandat, selon l’ancien premier ministre Bernard Landry.

L’actuel chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, s’est pourtant fait élire en s’engageant à tenir un référendum dans un deuxième mandat, entre 2022 et 2026, après avoir renoncé à consulter la population sur le statut du Québec lors d’un premier mandat.

Or, malgré cet engagement, il vaudrait mieux s’abstenir de poser la grande question au peuple lors d’un deuxième mandat, si les circonstances ne sont toujours pas favorables à la victoire du Oui, selon Bernard Landry.

Un éventuel gouvernement Lisée ne doit surtout pas courir le risque de perdre un troisième référendum, un scénario qui serait catastrophique pour le Québec, a prévenu l’ex-premier ministre, lors d’une entrevue téléphonique récente avec La Presse canadienne.

« Personne ne veut qu’on perd un autre référendum », après les défaites amères de 1980 et 1995, si dures à encaisser, a fait valoir l’ancien chef péquiste, qui avait été sollicité pour savoir quel bilan il traçait des 100 premiers jours de Jean-François Lisée à la tête du PQ.

« Comme disait [l’ancien chef péquiste] André Boisclair, on n’est pas des kamikazes ! » ajoute M. Landry, pour justifier un éventuel report à un hypothétique troisième mandat d’affilée du PQ, qui irait de 2026 à 2030.

Difficile défaite

Cet éternel militant pour l’indépendance, ardent défenseur de « cette cause nationale essentiel » et toujours actif à près de 80 ans, se dit convaincu qu’une autre défaite des souverainistes aurait « des conséquences incalculables » pour le Québec et le moral des troupes.

Il fait d’ailleurs confiance à son nouveau chef, à ce chapitre. Selon lui, lors d’un second mandat, Jean-François Lisée va « tout faire » pour tenir un référendum « le plus rapidement possible », afin que le Québec devienne enfin un pays, « mais il ne prendra pas la chance d’en perdre un autre ».

Le processus d’accession à la souveraineté demeure toutefois la raison d’être du PQ, et son nouveau chef a pris un engagement ferme à ce propos s’il obtient un deuxième mandat.

De plus, depuis la mi-janvier, cette promesse fait désormais partie intégrante de la proposition principale du parti, qui servira de base au futur programme du PQ, lors du congrès du parti en septembre.

On peut y lire que « lors de l’élection d’octobre 2022, le Parti québécois et ses partenaires indépendantistes demanderont aux Québécois le mandat de réaliser l’indépendance au cours des quatre années qui suivront ».

Perte de terrain

Les sondages indiquent que la ferveur souverainiste perd constamment du terrain. Le plus récent sondage Léger place l’appui à la souveraineté à 35 % dans la population en général et à seulement 23 % parmi les jeunes de 18 à 24 ans.

Avant de tenter de faire la souveraineté, Jean-François Lisée devra d’abord prendre le pouvoir en 2018. Pour ce faire, soutient M. Landry, il devra absolument séduire trois clientèles qui boudent le PQ : les jeunes, les immigrants et les gens de Québec.

L’ex-premier ministre, qui a quitté ses fonctions de chef en 2005, estime que, depuis son élection en octobre Jean-François Lisée a connu un parcours sans faute à la tête du PQ. Il lui donne une note parfaite.

Il « a bien réagi à toutes les situations » et « visiblement, il a du talent » pour diriger le Parti québécois, une formation politique reconnue pour entretenir une relation tendue, jamais complaisante, avec ses chefs.

Assurément, Jean-François Lisée « peut rendre de grands services à la cause » souverainiste, estime celui qui avait pourtant choisi d’appuyer Alexandre Cloutier, lors de la course à la direction l’an passé.

À propos de la division du vote francophone nationaliste entre le PQ, la Coalition avenir Québec et Québec solidaire, il dit que le Parti québécois a toujours été une coalition de gens venant de divers horizons et qu’il fallait consolider cet équilibre entre diverses tendances.

Il se montre prudent quand il s’agit d’aborder la question du projet de convergence entre son parti et Québec solidaire, y compris la possibilité que le PQ ne présente pas de candidat dans Gouin, pour favoriser l’élection d’un candidat solidaire. L’important à ses yeux : que les deux partis adoptent « une stratégie qui sert la cause nationale » et que « le résultat soit utile à la nation québécoise ».

12 commentaires
  • Claude Rondeau - Abonné 5 février 2017 15 h 43

    Pourquoi pas en 2345 ?

    Surtout, ne montrez pas ce sein que je ne saurais voir !
    Comment voulez-vous qu'on vote pour un parti indépendantiste qui déclare ne pas vouloir faire l'indépendance avant la semaine des trois jeudis ?
    Parfaite illustration de ce qu'est devenu le PQ: l'impuissance volontaire.
    Claude Rondeau

    • Gilles Gagné - Abonné 5 février 2017 19 h 07

      Parfaite illustration de ce qu'est devenu le PQ dites-vous, absolument pas. Il s'agit de l'opinion d'un de ses membres qui choisit de rendre les armes simplement, ailleurs au PQ ils et elles sont nombreux-ses à vouloir en débattre avec nos concitoyens-nes pour un rendez-vous dans un deuxième mandat. Que les belles-mères se bercent à leur gré d'autres ont déjà l'épaule à la roue.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 février 2017 16 h 10

      "Pas de référendum avant un troisième mandat" - Bernard Landry

      Cela fera plus de 28 ans en 2022 que le PQ n'aura pas eu de référendum au programme et il se prétend encore souverainiste. Ce qui ne semble en rien gêner les bénis-oui-oui du Parti québécois qui passent le plus clair de leur temps à accuser les autres - et en particulier QS -d'être de faux souveranistes.

      « Le véritable "Article Un" du PQ, c'est le pouvoir »

      Tant que le PQ repoussera le référendum de son programme, il ne s'obligera pas promouvoir l'indépendance dans l'opposition afin de se faire élire sur la cause et les appuis à l'indépendance stagneront ou reculeront comme c'est le cas depuis 1995.

      C'est clair comme de l'eau et depuis belle lurette que le véritable "Article Un" du PQ, c'est le pouvoir et rien d'autre. Du "Bon gouvernement" de 1976 jusqu'à l'attente passive des "Conditions gagnantes de Lucien Bouchard..

      En fait, le PQ fait exactement le contraire de ce qu'il nous radote depuis des années: il passe le parti avant le pays et quand ils sont convaincus.es du contraire, il font comme Matine Ouellet et Option nationale: Ils changent de parti.

      Christian Montmarquette

    • Cécile Comeau - Abonnée 6 février 2017 22 h 03

      Encore la belle-mère Landry. La belle-mère Bouchard devrait suivre sous peu. Nous en avons marre de ces prophètes de malheur.

  • Marc Tremblay - Abonné 5 février 2017 16 h 47

    Le PQ et Gouin

    Il n'est pas nécessaire que le PQ ne présente pas de candidat dans Gouin pour favoriser l'élection d'un candidat solidaire. Celui-ci n'a pas besoin de cela pour être élu.

    Le risque c,est que les électeurs péquistes s'abstiennent, ce qui augmentera le vote pour le PLQ.

  • William Dufort - Abonné 5 février 2017 17 h 45

    Quels propos sensés.

    m
    M. Landry a raison, encore une fois, qu'on aime ça ou pas. Les immifrants ont toujours boudé le projet de pays, les jeunes, pour des raisons que je ne comprends pas, n'y croient pas, et il y a le cas de Québec qui est un mystère total, pour moi au moins.

    Ce sont des faits avec lesquels on doit composer même si ça nous peine de voir le pays s'éloigner. Il faut convaincre ces groupes des bienfaits de l'indépendance avant de lancer un 3ième référendum. Je ne vois pas ce qu'il y a difficile à comprendre là-dedans.

    • Colette Pagé - Inscrite 5 février 2017 20 h 00

      Je souscris à votre opinion. Sans assurance significative que ce référendum ne sera pas gagné il faut le reporter aux calendres grecques si nécessaire.

      Car agir autrement, conduirait à la défaite et à la face du monde au ridicule. Un troisiéme NON pour prendre ses affaires en mains le Québec ne peut en faire l'économie.

    • Raymond Labelle - Abonné 5 février 2017 21 h 29

      Seul un gouvernement majoritaire qui a obtenu un mandat de faire le référendum le ferait. Pour obtenir ceci, le PQ devra avoir obtenu près de 40% de votes - gens qui auraient voté pour le PQ en sachant qu'il ferait un référendum de façon certaine si élu. Les gens qui n'en veulent pas ne voteraient pas PQ.

      La question à se poser du point de vue du PQ: si le PQ a réussi à obtenir assez de votes de gens prêts à vouloir un référendum - s'agit-il là d'une base sur laquelle risquer de le faire (on est certain d'un gros minimum) ou bien faut-il quand même renoncer?

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 6 février 2017 14 h 50

      William Dufort écrit : « Les immigrants ont toujours boudé le projet de pays, les jeunes, pour des raisons que je ne comprends pas, n'y croient pas, et il y a le cas de Québec qui est un mystère total, pour moi au moins. »

      Cela n’est pas tout à fait exact.

      La proportion des néo-Québécois francophones favorables à l’indépendance est très semblable à celle des Québécois francophones en général.

      Toutefois ceux qui s’assimilent à l’anglais (la majorité) lisent la propagande des journaux anglophones, écoutent les nouvelles biaisées contre l’indépendance, etc. Conséquemment, ils pensent comme les autres Anglo-Québécois.

      D’où le fait que l’indépendance passe par la refrancisation de Montréal (où se concentrent les néo-Québécois).

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 5 février 2017 18 h 07

    L'indépendance passe par la refrancisation de Montréal


    Dans les circonstances actuelles, si jamais nous avions un référendum gagnant, ce serait un référendum gagné sur la peau des fesses.

    Or il ne suffit pas de gagner à 50% + 1 à la faveur d’un coup de tête de l’électorat. Parce que si le résultat est serré, à la première difficulté, nous verrons apparaitre les ‘j’aurais-donc dû’. On accusera le PQ de fausse représentation et d’abus de confiance.

    Ce qu’il faut, c’est que la volonté d’indépendance soit solidement enracinée. Et qu’en dépit d’une mer houleuse, on maintienne le cap parce que les Québécois auront acquis la conviction, entre autres, que la Canadian Constitution a programmé l’extinction de la nation québécoise par son article 23.

    Entre autres, parce que le destin du territoire québécois au sein du Canada, c’est de devenir une zone de transit du pétrole canadien vers l’Est: un fleuve où passeront les super-Panamax, les pipelines et les trains gavés de pétrole. Et où chaque catastrophe environnementale sera à 62% à nos frais, comme à Lac-Mégantic (50% refilé au provincial + 12% de notre partie du fédéral). Bref, on ne peut pas être écologiste sans être indépendantiste.

    Entre autres, parce qu’on aura réalisé qu’on envoie 50 millards$ de taxes et d’impôt au fédéral en contrepartie de 9 à 12 milliards$ de péréquation et des miettes de développement économique.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 5 février 2017 20 h 13

    La java des belles-mères

    Présentement, le PLQ est au pouvoir et rien n'indique qu'il va perdre les prochaines élections générales.

    Pour le reste, il est absolument inutile d'élaborer l'un ou l'autre scénario... à moins d'avoir beaucoup de temps à perdre.