Couillard pose ses conditions pour réintégrer Sklavounos

Le chef du gouvernement a fait remarquer que Gerry Sklavounos peut très bien être présent dans le Salon bleu à l’occasion de la reprise des travaux parlementaires, mardi prochain.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le chef du gouvernement a fait remarquer que Gerry Sklavounos peut très bien être présent dans le Salon bleu à l’occasion de la reprise des travaux parlementaires, mardi prochain.

Même s’il a été blanchi par le DPCP, Gerry Sklavounos ne réintégrera pas « automatique[ment] » le caucus libéral, a averti Philippe Couillard vendredi. Il a posé un certain nombre de conditions au député éclaboussé par des allégations de comportement inapproprié.

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a rendu jeudi une décision sans appel, a souligné à gros traits le premier ministre plus de trois mois après une veillée aux chandelles sur le campus de l’Université Laval, durant laquelle Alice Paquet a dit avoir été agressée sexuellement par un individu détenant « un siège à l’Assemblée nationale ». « Il n’y a aucune ambiguïté. C’est clair : aucun acte criminel n’a été posé », a-t-il martelé. Cela dit, M. Couillard a ajouté qu’« il y a, oui, la question strictement légale, mais il y a également la question de la sensibilité de la population du Québec, des femmes du Québec, particulièrement sur cet enjeu qui touche tous les milieux de travail ».

Dans cet esprit, il exige de la part du député de Laurier-Dorion une « déclaration très forte, très sentie et très sincère sur sa perception des événements, pas celui spécifiquement d’Alice Paquet, qui a été traité par le DPCP, mais d’autres éléments qu’on a vus dans les médias », et ce, avant de statuer sur son avenir politique au sein du Parti libéral du Québec.

M. Couillard faisait allusion aux ex-pages, ex-employées, ex-stagiaires de l’Assemblée nationale qui avaient raconté avoir été victimes de propos inappropriés sur leur tenue vestimentaire ou leur apparence physique de la part de M. Sklavounos. Parmi celles-ci, une ex-stagiaire avait relaté au Devoir avoir été « accostée plusieurs fois dans les couloirs » de l’hôtel du Parlement par un homme sûr de lui, disant être un « proche » du premier ministre Jean Charest. M. Sklavounos, qu’elle décrivait comme un « séducteur insistant », était parvenu à mettre la main sur son numéro de téléphone portable, puis, à coups de « messages textes », à la convaincre de prendre un verre au restaurant Le Louis-Hébert, où il avait établi ses quartiers à Québec. « J’ai trop bu. Quand je suis revenue chez moi, je me suis demandé : “Qu’est-ce que j’ai fait ?” » se remémorait-elle. La femme était catégorique : elle n’aurait pas suivi M. Sklavounos dans sa chambre d’hôtel si elle avait été sobre.

« Je ne suis pas aveugle. J’ai vu ça [les informations qui circulaient] », a spécifié M. Couillard vendredi.

Le chef du gouvernement a fait remarquer que M. Sklavounos peut très bien être présent dans le Salon bleu à l’occasion de la reprise des travaux parlementaires, mardi prochain. « Rien ne l’empêche de venir siéger comme député indépendant à l’Assemblée nationale. Cependant, aujourd’hui, sa réintégration éventuelle au sein du caucus libéral ne peut être immédiate ni automatique. On considère qu’elle doit s’accompagner d’une déclaration très forte de M. Sklavounos sur […] les enjeux que ces questions soulèvent sur les femmes dans les milieux de travail. Comment il perçoit ça pour lui-même ? Comment il entend se gouverner lui-même à l’avenir ? » a-t-il souligné à l’issue du caucus présessionnel de sa formation politique.

La publication de la décision du DPCP jeudi matin de ne déposer aucune accusation d’agression sexuelle contre M. Sklavounos, conjuguée au souhait de ce dernier de retourner au travail « le plus rapidement possible », a forcé les élus libéraux à débattre vendredi matin de l’avenir de l’élu montréalais au sein de leur parti politique. « La décision finale, c’est moi qui la prends », a précisé le premier ministre. « L’importance de l’enjeu dépasse la question strictement légaliste ou légale », a-t-il insisté.

Faire de l’Assemblée nationale un « milieu repère »

La co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé refusait vendredi après-midi de commenter les conditions de réadmission de M. Sklavounos au caucus libéral fixées par M. Couillard. « Il doit se poser cette question de fond : estime-t-il, en son âme et conscience, être capable de représenter dignement les hommes et les femmes de sa circonscription ? » a-t-elle dit dans un entretien téléphonique avec Le Devoir. L’élu de 42 ans risque toutefois d’être rattrapé par son passé lors de son éventuel retour sur la colline Parlementaire puisque Mme Massé invite les victimes, mais également les témoins de paroles ou de gestes à caractère sexuel de M. Sklavounos — ou tout autre membre de l’Assemblée nationale — à « le dire ». « Il ne faut pas accepter. Il faut que les gens s’ouvrent même si c’est difficile », a-t-elle affirmé, tout en pointant la Politique relative à la prévention et à la gestion des situations de harcèlement au travail. « La confidentialité est au coeur du processus [de traitement d’une plainte de harcèlement prévu] dans cette politique », a-t-elle insisté. La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques appelle ses confrères et ses consoeurs à mettre fin à la « culture du viol ». « Il faut que cette politique soit appliquée. »

Fruit du hasard, les élus libéraux ont assisté jeudi à une séance d’information de la part de l’Assemblée nationale sur la Politique relative à la prévention et à la gestion des situations de harcèlement au travail, qui est entrée en vigueur le 4 juin 2015.

À quelques jours de la rentrée parlementaire, M. Couillard a soutenu que l’Assemblée nationale doit constituer pour les autres organisations publiques et privées un « milieu repère », où les femmes « se sentent en sécurité [et] respectées ».

M. Sklavounos refusait de dire vendredi après-midi s’il entendait faire une « déclaration » dans laquelle il s’engagerait à adopter une attitude irréprochable à l’égard des femmes. Il pourrait s’exprimer publiquement « la semaine prochaine », a indiqué son Bureau de circonscription. Il s’agirait de sa première sortie publique depuis son départ du Parlement en octobre dernier.

12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 3 février 2017 11 h 29

    La justice...

    La politique a ses ''lois'' que la justice ne connaît pas! Et notre justice demeure toujours une justice humaine, donc forcément imparfaite. Mais mieux vaut cette justice légale, que pas justice du tout ou une justice arbitraire ou du seul Prince.


    M.L.

    • Donald Bordeleau - Abonné 5 février 2017 00 h 27

      Ouf pour les abuseurs qui seront d'accord avec vous.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 février 2017 13 h 14

    Dans le cas présent

    je crois que la vraie justice est faite.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 3 février 2017 13 h 19

    "Tout le monde a vu ca."

    Alors n'en n'ajoutons pas.

  • Donald Bordeleau - Abonné 3 février 2017 14 h 22

    Selon Couillard, il devra s'expliquer de son comportement envers les femmes.

    Monsieur Couillard savait pour les agissements de Sklavounos envers les femmes.

    Merci Alice et bon courage pour l'avenir.

    Mais Monsieur Gerry Sklavounos devra se souvenir que le CALACS révèle que 95 % des femmes victimes agressions sexuelles ne dénoncent pas leur agresseur.

    Peut-être que le DPCP a eu une décision mi-figue et mi-raisin. Pas coupable au criminel, mais il devra revoir son comportement pour le harcèlement.

    http://www.ledevoir.com/politique/quebec/482821/al

  • James R Godin - Inscrit 3 février 2017 14 h 54

    Que recherche ......

    ..... le PM?

    Pour ceux qui croit " à la présomption d'innocence" la question est classée et le dossier fermé. Pour les autres, G. Skalvounos fut jugé et condamné dès que les allégations furent connues.

    Pour ces derniers à quoi servirait une telle déclaration de Gerry Skalvounos telle qu'exigée par le PM pour rejoindre le Caucus?

    Croiraient-ils maintenant toute déclaration pouvant venir de G.S. advenant qu'il veuille témoigner de regrets et souhaits ayant trait a un comportement inapproprié qu'il pourrait avoir eu envers les "femmes" depuis qu'il siège?

    Pourquoi le PM n'a-il pas attendu que le député manifeste son intéret pour rejoindre le Caucus; voulait-il lui couper l'herbe sous les pieds, peu importe le motif?

    Monsieur Couillard accepterait-il une déraration qui dénierait tous les faits allégués par la plaignante? Qu'aimerait-il voir dans une telle déclaration? Dans un cas comme dans l'autre qu'est-ce que pour lui G. S. devrait inclure qui "satisferait la sensibilité de la population du Québec et des femmes ...."?

    Est-ce que "sensibilité" inclus "préjudice(s)"?