Le cri du coeur d'une leader algonquine

Colleen Paulson sait très bien les ravages que la drogue fait dans sa communauté; elle-même a perdu sa fille, une mère de quatre enfants.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Colleen Paulson sait très bien les ravages que la drogue fait dans sa communauté; elle-même a perdu sa fille, une mère de quatre enfants.

La vice-chef de la communauté algonquine de Timiskaming, Colleen Paulson, a lancé un véritable cri du coeur jeudi à Québec sur les ravages causés par les drogues. Des ravages d’autant plus inquiétants que le fentanyl ferait partie des drogues en circulation.

« Les drogues provoquent des choses horribles dans ma communauté. Nous avons de jeunes parents sur le fentanyl et on a besoin d’aide ! » a lancé Mme Paulson à l’occasion des consultations sur le Plan d’action du gouvernement en développement social.

Timiskaming est une petite communauté algonquine de quelque 500 habitants collée sur la frontière ontarienne. En plus d’en être la vice-chef, Mme Paulson est la responsable de son programme de santé communautaire.

Durant son témoignage à Québec, elle a raconté en pleurant comment sa fille était décédée d’une overdose il y a quatre ans. « Je gardais ses enfants. Elle était à l’extérieur pour la fin de semaine. Il y avait un gros party en ville et de nouvelles drogues qui arrivaient. À son retour, elle est allée se coucher. Je suis allée la réveiller et elle était partie. Ça a été dur parce qu’elle avait quatre enfants, et le bébé avait seulement quatre mois. »

Sa fille n’est pas morte d’une overdose de fentanyl, mais d’un autre médicament du même genre. L’oxycodone, un autre antidouleur, est très répandu, dit-elle. « Ça se passe maintenant et personne ne fait rien », déplore-t-elle. « Ils [les policiers] ne font pas ce qu’ils ont à faire. »

Timiskaming a son propre service de police local incluant des officiers autochtones. Joint au téléphone, son chef, Floyd McBride, n’a pas voulu confirmer ou infirmer la présence de fentanyl sur le territoire.

Selon Mme Paulson, le conseil de la communauté est en discussion avec la police pour qu’ils en fassent plus. « Il faut que les gens soient plus conscientisés sur cette drogue qui se répand chez nous et tue nos habitants. Ce n’est pas correct. »

La vice-chef critique en outre les médecins qui prescrivent du fentanyl. « Ils leur prescrivent du fentanyl et ils arrêtent de leur en donner. Mais ils sont accros. »

Le fentanyl peut en effet être prescrit par un médecin comme antidouleur. On le dit 100 fois plus puissant que la morphine et 40 fois plus que l’héroïne. Ces dernières années, le fentanyl est devenu de plus en plus présent sur le marché et il arrive qu’on en trouve dans la cocaïne ou l’oxycodone vendus sur le marché noir.

Dans l’ouest du pays, le fentanyl a tué des centaines de personnes ces derniers mois, à tel point que certains parlent d’épidémie. La crise a commencé à toucher l’Ontario, mais le Québec semble pour l’instant avoir été épargné.

Questionnée sur l’origine du fentanyl à Timiskaming, Mme Paulson a souligné que la ville ontarienne de North Bay se trouvait juste à côté et que la drogue venait « possiblement de là ».

Elle raconte qu’un jeune homme du village est décédé la semaine dernière. « Il avait seulement la peau sur les os, il avait l’air d’un squelette et il est mort à cause des drogues sous ordonnance. Il est mort chez lui à 32 ans. Son foie avait flanché, mais sa copine continuait à lui donner de la drogue. »

À la section régionale de la Sûreté du Québec, on dit ne pas avoir saisi de fentanyl jusqu'à présent. « On n’a aucun dossier relié à cette substance-là », a dit la porte-parole pour les régions de l’Abitibi-Témiscamingue et du Nord-du-Québec, Marie-Josée Ouellet. Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) basé à Rouyn-Noranda, on n’avait pas non plus de renseignements à ce sujet.

Il n’a pas été possible non plus de savoir si le petit hôpital de Ville-Marie (le plus proche de Timiskaming) avait traité des patients qui en consommaient.

En Ontario, la police provinciale a lancé une campagne de sensibilisation avant Noël à propos du fentanyl. On estime que cette drogue a causé 500 décès dans la province depuis cinq ans. Lors d’un sommet sur ces questions en décembre, le chef de l’Assemblée régionale des Premières Nations, Isadore Day, a déclaré que la crise des opiacés dévastait ses communautés, rapportait La Presse canadienne.

Les drogues causent de tels ravages dans les communautés autochtones que certaines d’entre elles ont décidé de carrément expulser les vendeurs de drogue. En novembre, les résidants de la communauté Atikamekw d’Obedjiwan ont voté à 81 % en faveur d’un tel règlement, et plusieurs autres songent à faire la même chose.

C’est le cas de Lac-Simon, une autre communauté algonquine à 250 kilomètres de Timiskaming qui se prépare à tenir un référendum là-dessus. « C’est quelque chose que la communauté a demandé. On a fait un projet de règlement. Il faut juste l’adopter et aller en référendum pour expulser les vendeurs », explique Adrienne Jérôme, chef du Conseil de la nation Anishnabe de Lac-Simon. « On n’a pas le choix. On est rendus là ».

1 commentaire
  • Serge Lamarche - Abonné 28 janvier 2017 01 h 02

    Irresponsables?

    Je suis toujours surpris du manque de responsabilité. Pourtant, c'est des adultes.