Les juristes de l’État reconduisent leur grève générale

Des juristes en assemblée générale à l’hôtel Intercontinental, à Montréal, jeudi
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des juristes en assemblée générale à l’hôtel Intercontinental, à Montréal, jeudi

Les avocats et notaires de l’État québécois (LANEQ) refusent de se soumettre. Ils ont voté jeudi à 83 % pour la poursuite de leur grève générale, et ce, après avoir rejeté à 97 % l’ultime offre patronale. « Ce sont des résultats fort impressionnants. Est-ce qu’on pensait avoir ça après 14 semaines de grève ? Non ! » a lancé le président de LANEQ, Jean Denis, en fin de journée. « Les chiffres parlent. » Il souhaite rencontrer le plus rapidement possible le ministre Pierre Moreau, mais seulement en l’absence des « gens du Conseil du trésor ». « On ne veut pas qu’[ils] continuent à le polluer », a-t-il indiqué à la presse.

Les juristes ont préféré reconduire leur grève générale dans une proportion de 83 % — comparativement à 90 % en décembre dernier — jusqu’à nouvel ordre plutôt que de « déclencher une grève à temps partiel assortie d’une grève des heures supplémentaires » (7 %).

M. Denis avait appelé les 940 juristes présents à l’assemblée générale extraordinaire à rejeter massivement l’« offre de merde » soumise par le Conseil du trésor mardi. Son appel a été entendu. « On a exactement la même chose que la dernière fois, mais après 14 semaines de grève », s’est-il réjoui.

Le gouvernement du Québec proposait d’augmenter de 5,256 % la rémunération des avocats et des notaires sur cinq ans, et non pas de 8,5 % comme il le prétend, a-t-il martelé après 100 jours de grève. « L’offre est identique à celle du front commun, non pas à celle des procureurs aux poursuites criminelles et pénales comme le soutient M. Moreau. Est-il devenu un adepte des “alternative facts” ? » a demandé une avocate aguerrie au Devoir. « On nous traite comme des avocats de seconde classe. Le sentiment général ici est que le gouvernement ne nous respecte pas », a-t-elle poursuivi.

Cent jours de grève

Les avocats et les notaires de l’État croisés par Le Devoir à l’intérieur de l’Hôtel Plaza de Québec semblaient déterminés à gagner la guerre de tranchées dans laquelle ils sont enlisés depuis le 24 octobre dernier. Cent jours : du jamais vu dans l’histoire des relations de travail du secteur public au Canada.

D’ailleurs, les participants ont, en cours de séance, levé l’échéance du prochain vote de grève, qui était fixée au 10 février dans l’une des questions figurant sur leur bulletin de vote.

Retour partiel au travail ?

Sauf que le fonds de grève de LANEQ, qui a emprunté 8 millions de dollars, sera à sec avant ou après la reprise des travaux parlementaires à l’Assemblée nationale, soit le 7 février prochain. « Ce que les gens nous ont dit, c’est que, même quand le fonds de grève va être terminé, on va continuer », a signalé Me Jean Denis. « Évidemment, on n’est pas des fous. On sait que nos gens souffrent actuellement. […] Quand ils vont avoir les genoux en sang, on va peut-être leur demander : voulez-vous que l’on continue, cette fois-ci, en faisant une grève des heures supplémentaires ? […] Pour l’instant, ils nous disent qu’il n’en est pas question. »

C’est presque la totalité des juristes (940 sur 1060 grévistes) qui s’étaient déplacés jeudi à l’Hôtel Plaza, à Québec, ou encore à l’hôtel Intercontinental, à Montréal, pour prendre part à cette troisième assemblée générale extraordinaire depuis le coup d’envoi de la grève, le 24 octobre dernier.

En décembre dernier, pas moins de 90 % des juristes avaient décidé de poursuivre leur débrayage jusqu’à nouvel ordre. Devant ce vote décisif, le Conseil du trésor n’aura d’autre choix que de lâcher du lest, avait lancé LANEQ. Le gouvernement Couillard n’a toutefois pas bougé d’un iota depuis ce moment.

En effet, il refuse net de donner suite à la principale demande des avocats et notaires de la fonction publique et de Revenu Québec, c’est-à-dire l’instauration d’un régime de négociations prévoyant la mise sur pied d’un comité de rémunération semblable à celui recommandant les conditions de travail des procureurs aux poursuites criminelles et pénales à l’Assemblée nationale.

3 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 26 janvier 2017 16 h 04

    Stratégie PLQ

    Y aurait-il là une stratégie à étirer les négociations pour qu'en bout de piste certaines personnes visées par la justice (UPAC) réclament une libération pour délais excessifs? Si c'était le cas, Machiavel n'aurait pas mieux fait. Notre ler minisre ne semble pas indisposé, mais pas du tout.

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 janvier 2017 19 h 54

    Cette photo (des juristes en assemblée générale à l’hôtel Intercontinental) est un chef-d'oeuvre

    Bravo M. Jacques Nadeau !

  • Yvon Beaudoin - Abonné 27 janvier 2017 06 h 44

    Pourquoi avoir plus que les autres?

    En quoi les juristes meritent-ils plus que les autres employes de la fonction publique? Où est la logique dans les revendications de ce groupe?