Le député caquiste Claude Surprenant a octroyé un contrat à sa femme

François Legault
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne François Legault

Sous pression, l’élu caquiste Claude Surprenant a admis lundi après-midi avoir octroyé, avec l’aval de l’Assemblée nationale, un contrat de 700 $ à sa conjointe, architecte, afin de « dessiner les plans » de son bureau de circonscription au lendemain de sa victoire électorale, en avril 2014.

« Il s’agissait d’une dépense autorisée en toute connaissance de cause par l’Assemblée nationale. J’ai été transparent », a-t-il déclaré en marge du caucus présessionnel de la Coalition avenir Québec, à Saint-Jean-sur-Richelieu, lundi. « Il est vrai que ce n’est pas l’idéal en matière de perception et que ça envoie un mauvais signal. Et je ne ferai donc pas les choses de cette manière dorénavant », a-t-il ajouté du tac au tac.

Le député de Groulx était déjà dans le collimateur des autres partis politiques à l’Assemblée nationale pour avoir réclamé le remboursement de frais de déplacement totalisant près de 500 $ au moyen de faux documents.

« Allégations »

M. Surprenant avait convoqué les médias lundi après-midi afin de « défendre [sa] réputation » minée, a-t-il dit, par une série d’« allégations » faites par une ex-employée de son bureau de circonscription, Julie Nadeau. « Je ne voudrais pas que ça atteigne mes collègues », a-t-il fait valoir.

L’état-major de la CAQ l’avait envoyé au front durant une quinzaine de minutes après avoir été avisé de la diffusion prochaine, par un chroniqueur de Cogeco, de nouvelles informations sur des accrocs à des principes éthiques commis par M. Surprenant.

Le député de Groulx accuse à demi-mot Mme Nadeau de miner sa réputation à coups d’« allégations » dans les médias, et ce, à des fins pécuniaires.

Mme Nadeau doit, selon la CAQ, la rondelette somme de 9500 $ à M. Surprenant. Entre avril 2014 et novembre 2015, l’ex-attachée politique aurait détourné ce montant grâce à 21 chèques en blanc laissés par M. Surprenant pour payer des factures de produits et de services achetés par son bureau de circonscription.

« On a affaire ici à une dame qui cherche par tous les moyens à mal me faire paraître. […] J’ai entendu qu’elle voulait négocier une indemnité de départ », a mentionné M. Surprenant.

L’élu caquiste a toutefois reconnu avoir « erré » en signant d’avance des chèques. « J’ai voulu être efficace. J’en conviens qu’en tant que gestionnaire, c’est loin de la meilleure des choses à faire », a-t-il dit tout en rappelant avoir agi de la sorte notamment parce que Mme Nadeau était diplômée en droit. « J’ai erré, j’en conviens. […] Le montant d’environ 9500 $ qui est disparu, je l’assume entièrement. »

M. Surprenant s’est fait durement égratigner par la Société juricomptable, qui a été mandatée par la CAQ en 2016 afin de faire la lumière sur des irrégularités alléguées dans la gestion de la « petite caisse » du bureau de circonscription de Groulx, pour avoir signé des chèques en blanc.

« Une telle pratique est directement contraire aux principes de base des processus de contrôle et, par conséquent, ne sert ni le bien-être du bureau de comté ni l’intérêt public », soutient-elle dans un document de 95 pages.

« Dossier clos »

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, excuse les fautes de M. Surprenant. « Il n’est pas question de l’exclure [du caucus]. Il a fait quelques erreurs de bonne foi. Il les a reconnues. Il les a corrigées. Pour moi, le dossier est clos », a-t-il déclaré en début de journée.

M. Surprenant a notamment réclamé des frais de déplacement de 487 $ pour se rendre à deux reprises sur la colline parlementaire à partir de sa circonscription, sise au nord de l’île de Montréal, même s’il avait effectué les deux fois le trajet à bord du véhicule d’un confrère de travail. Il a remboursé en entier ce montant en octobre dernier.

« J’ai voulu compenser des frais de déplacement pour lesquels je n’avais pas réclamé de remboursement à deux reprises entre Montréal et Québec. C’était une erreur, je le reconnais », a dit M. Surprenant en milieu de journée.

En matinée, le whip du gouvernement libéral, Stéphane Billette, invitait le commissaire à l’éthique et à la déontologie, Jacques Saint-Laurent, à faire enquête sur l’« affaire Surprenant ». Pendant ce temps, M. Surprenant devrait être exclu du caucus de la CAQ, avait-il fait valoir.

M. Legault s’est dit favorable à une enquête sur les « petits montants » réclamés par M. Surprenant, mais seulement si M. Saint-Laurent passe également au crible les rapports de dépenses remplis par tous les autres élus de l’Assemblée nationale depuis les dernières élections générales.

« Si j’étais libéral, aujourd’hui, je me garderais une petite gêne, parce que quand on compare ce qui a été fait par Claude Surprenant à ce qu’on a déjà vu chez les libéraux, je me garderais une petite gêne », a-t-il affirmé en point de presse.

La députée de Repentigny, Lise Lavallée, a reproché au Parti libéral du Québec d’avoir pour sa part fait des accrocs majeurs aux règles. « M. Billette, il va falloir qu’il regarde de son côté. En matière de scandales, il y en a pas mal plus que notre petit scandale. […] Il n’a pas de leçon à nous donner », a-t-elle laissé tomber dans un impromptu de presse.

9 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 23 janvier 2017 12 h 27

    Cré Legault va...

    La semaine dernière, il déposait une plainte contre le ...méchant PQ.

    Cette semaine, après avoir reconnu du bout des lèvres pas moins de quelques entorses à l'honnêteté de son parti, il excuse son députés de cette peccadille...

    Cré Legault va...!

    • Robert Beauchamp - Abonné 23 janvier 2017 16 h 40

      Et la CAQ qui se targue d'être le parti de l'économie et d'avoir le sens des affaires? En effet...

    • Christiane Gervais - Abonnée 23 janvier 2017 17 h 46

      Loin de moi l'idée de défendre François Legault mais au nom de quoi, diable, serait-il d'une grande sévérité à l'endroit de son député quand on sait que siègent à l'Assemblée nationale, en toute impunité et avec toute l'arrogance qu'on leur connaît, les députés du parti Charest-Couillard qui n'ont toujours eu droit, au pire, qu'à de vagues remontrances, depuis plus d'une décennie, dans le traitement douteux des affaires de l'État.

    • Mario Jodoin - Abonné 23 janvier 2017 22 h 28

      Mme Gervais, votre commentaire est un sophisme de la double faute : ce n'est pas parce que d'autres ont fait une faute qu'une faute faite par une personne est pardonnable. Elle peut l'être, mais cela demande d'autres arguments.

  • Louise Collette - Abonnée 23 janvier 2017 16 h 30

    PQ

    Il est plus rigoureux pour les gens des autres partis comme le PQ par exemple, deux poids deux mesures dirait-on....

  • Jean-Marc Simard - Abonné 23 janvier 2017 17 h 03

    Qui vole un oeuf...

    Legault ne sévira pas pour un si petit montant ? Pourtant il y a eu vol n'est-ce pas ? Imaginez si la CAQ avait été au pouvoir...Ne dit-on pas : «Qui vole un oeuf vole un boeuf»...Ce député ne mérite tout simplement pas de l'être...On sent tout de suite qu'il s'est fait élire pour s'en mettre plein les poches...À la place de Monsieur Legault je le congédierais du parti, s'il veut que son parti soit non corruptif, comme il le prétend...

  • Francine La Grenade - Inscrite 23 janvier 2017 21 h 24

    CAQ = Club École du PLQ

    À la CAQ ils apprennent à voler de petits montants, à donner de petits contrats à des proches. Ceux qui ne se font pas prendre passeront au niveau supérieur, au PLQ, où là ils font de "vraies affaires", avec beaucoup plus de zéros... Pas surprenant, ce Surprenant!

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 24 janvier 2017 09 h 14

      Selon Coluche, la grande différence qu’il y a entre les oiseaux et les hommes politiques, c’est que, de temps en temps, les oiseaux s’arrêtent de voler.

  • Denis Paquette - Abonné 24 janvier 2017 00 h 52

    Etes-vous un handicapé chronique

    Encore, ils n'apprendront donc jamais, que l'on ne fait pas de la politique pour favoriser sa famille, quelle culture d'une autre époque s'il fut un temps ou ce fut la norme, ce temps est fini, combien de fois va-t-il faloir le répéter, êtes- vous sourd