Les intentions de vote se figent et l’insatisfaction demeure

Les trois chefs Couillard, Lisée et Legault reçoivent la même faible note d’approbation (autour de 18%) quand on demande qui ferait un meilleur premier ministre. Françoise David était le choix d’une personne sur dix.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Les trois chefs Couillard, Lisée et Legault reçoivent la même faible note d’approbation (autour de 18%) quand on demande qui ferait un meilleur premier ministre. Françoise David était le choix d’une personne sur dix.

Les intentions de vote aux élections québécoises font du surplace. Le haut taux d’insatisfaction envers le gouvernement Couillard comme la promesse péquiste de ne pas tenir de référendum dans un éventuel premier mandat ne changent à peu près rien aux résultats projetés, comme le montre le nouveau sondage de Léger réalisé pour Le Devoir et Le Journal de Montréal.

Tous les grands partis maintiennent leurs forces d’attraction respectives, ou tout comme. Après la répartition des indécis, le Parti libéral du Québec (PLQ) attire 32 % des intentions de vote, le Parti québécois (PQ) 29 % et la Coalition avenir Québec (CAQ) 23 %. Les choix dévoilés aux sondeurs étaient à peu près les mêmes, à l’intérieur des marges d’erreur, en novembre et en décembre 2016.

Québec solidaire (QS) attire 9 % des votes, par rapport à 10 % il y a un peu plus d’un an. Il faut cependant noter que le sondage Web a été réalisé entre le 17 et le 19 janvier, soit en partie au moment où Françoise David annonçait son retrait de la vie politique active. La cofondatrice de QS a confirmé sa démission comme députée de Gouin le 19 au matin.

« Les variations sont très petites par rapport aux sondages faits avant Noël, commente Christian Bourque, vice-président exécutif de Léger. On ne peut pas parler de changements majeurs. Il y a beaucoup de partis qui se battent pour la même tarte, et tout le monde est un peu figé à travers le temps. On peut se demander si ça ne va pas prendre un phénomène spectaculaire en politique québécoise [pour créer un changement]. On peut aussi se demander si la stagnation ne va pas perdurer dans le temps. »

Variance géographique

Il y a toujours un avantage libéral à Montréal (38 % des intentions), une faveur à la CAQ dans la région de la capitale (37 %) et un léger privilège au PQ (31 %) dans le reste du Québec. Les francophones optent plus pour le PQ (36 %) et la CAQ (27 %) que pour le PLQ (21 %), qui fait le plein de 69 % chez les non-francophones.

Le sondage a été réalisé dans toutes les régions auprès de 1005 personnes ayant le droit de vote. Par comparaison, un échantillon probabiliste de 1005 répondants aurait une marge d’erreur de plus ou moins 3,1 % dans 19 cas sur 20.

« On avait vu une érosion du vote libéral au cours de la dernière année, note le sondeur en chef. Tous les deux ou trois mois, le parti de Philippe Couillard perdait un petit point pour glisser vers les 30 %. Là, à 32 % des intentions, ce qui est à l’intérieur de la marge d’erreur, on semble avoir atteint une sorte de plateau historiquement bas pour les libéraux. »

L’équipe de Léger ajoute que la période des Fêtes est traditionnellement favorable aux gouvernements, tout comme l’été. Les élus n’annoncent à peu près rien et ne font pas de vague.

Le taux d’insatisfaction à l’égard du gouvernement Couillard a chuté de 4 points depuis décembre, mais demeure très élevé à 62 % de « plutôt insatisfaits » (32 %) ou de « très insatisfaits » (30 %). Un quart (24 %) des électeurs libéraux se disent déçus par leur parti au pouvoir de même que 68 % des électeurs francophones.

Seulement 2 % de francophones se déclarent « très satisfaits» du gouvernement du Québec. La firme Léger rappelle que le gouvernement Charest n’avait plus qu’un taux de satisfaction de 21 % après la grève étudiante en 2012. Le gouvernement Couillard est maintenant à 29 %, en hausse de 5 points depuis décembre.

Le nouveau chef péquiste, Jean-François Lisée, ne réussit donc pas à profiter cette opinion publique très défavorable. « Il n’y a pas de vases communicants entre le PLQ et le PQ, dit M. Bourque. S’il y a une baisse de satisfaction envers le gouvernement, le PQ sera le dernier à en bénéficier. C’est-à-dire que, quand il y a un gouvernement libéral, si le PQ n’est pas la seule alternative, tous ceux qui vont quitter le navire libéral iront ailleurs. »

Pas de référendum

La population approuve pourtant largement (à hauteur de 70 %) la décision du PQ de ne pas tenir de référendum, les péquistes encore un peu plus, à 71 %. Étrangement, un électeur libéral sur dix y voit une mauvaise décision, peut-être par regret de ne pas pouvoir agiter cet épouvantail.

L’option souverainiste stagne toujours au plus bas : 65 % des Québécois, dont 57 % des francophones voteraient contre elle dans un éventuel référendum. Les plus jeunes (18 à 24 ans) sont très majoritairement contre (à 77 %), plus encore que les plus vieux de 65 ans et plus (à 74 % contre). En fait, la souveraineté n’est majoritaire dans aucune tranche d’âge.

Les trois chefs Couillard, Lisée et Legault reçoivent la même faible note d’approbation (autour de 18 %) quand on demande qui ferait un meilleur premier ministre. Françoise David était le choix d’une personne sur dix.

Le français est-il menacé ?

Le sentiment que la langue française est menacée est partagé par plus d’un Québécois sur deux. Le sondage Léger révèle que 54 % de la population la croit menacée tandis que 41 % pensent le contraire. Les francophones sont beaucoup plus pessimistes (66 %) que les non-francophones (12 %) et les électeurs péquistes (87 %) plus que les libéraux (28 %), les caquistes (55 %) et les solidaires (63 %). La crainte pour l’avenir du français est plus manifeste en régions (62 %) qu’à Québec (52 %) et à Montréal (48 %), où les non-francophones influent évidemment beaucoup sur le résultat.

Les coups de sonde sur l’insécurité linguistique se font rares. En 2009, 90 % des Québécois francophones estimaient que leur langue était menacée. La question a été débattue au conseil national du PQ le 14 janvier.
8 commentaires
  • Françoise Labelle - Abonnée 23 janvier 2017 06 h 21

    Rien sur la méthodologie

    Les sondages Internet, habituels chez Léger depuis quelques années, n'ont aucune valeur scientifique parce qu'ils ne respectent pas l'échantillionnage aléatoire.
    Les articles sur le sujet ne manquent pas.

    • Benoit Toupin - Abonné 23 janvier 2017 11 h 51

      Effectivement cette façon de faire les sondages plus facilement et probablement à meilleur coût est plus que questionnable. Mais sans égard à l'exactitude des sondages, la seule conclusion assez certaine à laquelle je puisse arriver, c'est que notre système électoral uninominal à un tour sert très mal les électeurs et la démocratie.

      Finalement celui qui récolte 35% des 70% qui iront voter (24%) risque d'imposer ses vues au 76% qui sont insatisfaits ou indifférents. Et le parti ayant le niveau plancher le plus élevé est presqu'assuré de la victoire, ou du moins le seul pouvant être majoritaire.

      Loin de moi de blâmer quelque parti que se soit d'exister; ils sont tous légitimes. Mais le message que j'ai à chacun des trois partis d'opposition, c'est qu'à espérer gagner sur toute la ligne, le risque est grand de demeurer sur le quai du pouvoir. Et dans notre systême politique, le pouvoir en mène large quand il s'agit d'imposer sa vision.

      De plus les échanges d'électeurs se font presqu'exclusivement entre le PQ, la CAQ et QS. Tant et si bien que les critiques les plus sévères et les luttes les plus dures se font entre ces trois partis. Certains commentaires au sujet du PQ qui a été le seul des trois à vivre les exigences et les contraintes du pouvoir illustrent bien cette lutte fratricide.

      Comment pourront nous sortir de ce dilemne malsain et faire en sorte que l'élection 2018 soit la dernière avec quatre partis au soutien de 10% et plus ou avec ce foutu système électoral si peu représentatif du souhait d'une majorité. Pourrions-nous réaliser qu'en politique, il vaut mieux avancer que piaffer d'impatience en attendant l'impossible moment d'avoir l'essentiel du pouvoir pour le parti de notre choix?

  • Michel Blondin - Abonné 23 janvier 2017 08 h 37

    La porte de la double contrainte

    Que le vaisseau amiral porteur de l'indépendance tourne le dos à l'actualisation de ce pour quoi il est né, dans ses propres politiques proposées à la population, ne peut pas faire autrement qu'avoir un impact. Elle ne peut continuer à croire à ce qu’eux-mêmes ne croient pas en pratique.
    Le projet de l'indépendance se conforte plutôt dans le prêchi-prêcha d'un discours coupé de son action politique.
    Il n'y a rien de nouveau, puisque le Parti Québécois est depuis 40 ans, à l'approche des élections, prêt à lancer par-dessus bord, ses convictions de révolutions démocratiques pour devenir un parti ordinaire. René Lévesque a été le premier, de façon évidente en 1985 avec le beau risque, qui est devenu le centième "beau gâchis", a mis la table à cette pratique bien politicienne. Le manque de ferveur et toutes les excuses de conditions possiblement gagnantes pour agir n'ont pas trompé la population des vraies intentions du parti qui s'enfarge dans ses propres idées. Le parti vit, lui-même, la double contrainte que représente son action de vouloir prendre le pouvoir pour une petite gouverne tout en voulant faire une sécession qui remet en question la Loi des lois et bouscule toutes les pratiques inimaginables. Deux projets qui accaparent chacun des énergies tellement différentes et prenantes que l’un exclu l’autre - toujours le même. Les sondages servent de barrures d'enfermement du "supposé fait".
    Depuis 40 ans, les sondages ne pouvaient donc mesurer autre chose que ce que les initiateurs ne veulent clairement promouvoir. S'en servir après coup ne faisait que le jeu des fédéralistes qui véritablement n'en veulent pas.

    À son corps défendant, Lisée ne fait que conforter une pratique de 40 ans en la mettant clairement devant les deux yeux pour inciter à virer les rouges.
    Il est donc à prévoir que les prochaines années, les sondages sur l'intérêt de faire un référendum stagneront au tiers de la population, ce qui, en soit, est phénoménal dans les circonstances.

  • Raynald Rouette - Abonné 23 janvier 2017 09 h 12

    Les Québécois fidèles à eux-mêmes!


    Sondages après sondages...

    Ils se complaisent dans la division et le statu quo.

    Un peuple de plus en plus évanescent!

    • Colette Pagé - Abonnée 23 janvier 2017 12 h 57

      Un peuple qui refuse à deux reprises de prendre ses affaires en mains et de se donner un pays peut-il être qualifié de colonisés collaborateurs ?
      C'est désespérant . De quoi donner le tourni !

    • Robert Beauchamp - Abonné 23 janvier 2017 13 h 06

      Et que dire du succès de l'approche clientéliste anglo-ethnique dont les rangs ne cessent de grossir année après année.

  • Jana Havrankova - Abonnée 23 janvier 2017 09 h 15

    Faible fiabilité des sondages

    « Aux fins de comparaison, un échantillon
    probabiliste de 1005 répondants aurait une marge
    d’erreur de +/- 3,1% et ce, dans 19 cas sur 20.»
    Le mot important : AURAIT.

    Comme l'échantillon n'est pas probabiliste, la firme utilise avec raison le conditionnel. C'est tout à leur honneur que les sondeurs avertissent le lecteur, mais celui-ci lira-t-il cet avertissement?
    Il n'y a pas de trace de mise en contexte de cette importante limite des sondages par internet.
    On dirait qu'on a déjà oublié l'incapacité des sondages à prédire la victoire de Trump...
    Les médias pourraient mieux faire.

  • Sylvain Rivest - Inscrit 23 janvier 2017 17 h 56

    D'après un sondage

    62% des sondés sont en accord ou indifférents à n'importe quel sondage.