Québec solidaire survivra-t-il au départ de Françoise David?

Plusieurs sympatisants de la gauche québécoise ont été attristés d’apprendre cette semaine que Françoise David se retirait de la vie politique.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs sympatisants de la gauche québécoise ont été attristés d’apprendre cette semaine que Françoise David se retirait de la vie politique.

Le retrait soudain de Françoise David de la vie politique active jeudi avant-midi a arraché les larmes d’un bon nombre de sympathisants de la gauche québécoise. Québec solidaire survivra-t-il au départ de sa figure la plus rassembleuse ? Le jeune militant Alexandre Leduc en est persuadé : « À quelque chose malheur est bon. »

Le candidat malheureux aux élections générales de 2012 et de 2014 dans Hochelaga-Maisonneuve voyait jeudi avant-midi s’évanouir son rêve de siéger aux côtés de Mme David — une icône de la gauche québécoise — dans le Salon bleu de l’Assemblée nationale.

Plutôt que de succomber aux sirènes du Parti québécois, où elle se serait à coup sûr vu confier les commandes d’un ministère, elle a choisi de fonder son propre parti politique, Option citoyenne (2004), avant d’opérer sa fusion avec l’Union des forces progressistes du Québec (UFP) en 2006, et ce, au prix d’énormes sacrifices, mais pas de convictions.

« Elle a bâti ce parti-là. C’était un projet un peu fou », affirme M. Leduc dans un entretien avec Le Devoir. Après quelque 40 ans d’engagement social et politique, Françoise David a défriché en compagnie d’Amir Khadir et de Manon Massé la voie menant les solidaires à la Colline parlementaire. Sous sa gouverne, QS a vu ses appuis populaires passer de 3,78 % à 7,65 % de 2008 à 2014. « Aujourd’hui, elle passe le témoin », souligne l’historien de formation.

Contribution saluée et critiquée

La classe politique québécoise a unanimement salué sa contribution au débat dans l’enceinte de l’Hôtel du Parlement depuis sa première victoire électorale, en septembre 2012.

Certains militants indépendantistes ont profité de l’annonce de son départ de la scène politique québécoise pour lui reprocher, une énième fois, d’avoir favorisé la réélection ad vitam aeternam du Parti libéral du Québec en fragmentant le vote francophone — au même titre que le chef caquiste François Legault d’ailleurs. « L’histoire se rappellera qu’elle fut une importante source de division de ce peuple voué maintenant à disparaître », a écrit un lecteur au Devoir, affublant Mme David du qualificatif de « politicienne mal engagée ».

À l’écart de la joute parlementaire, l’ex-députée Françoise David pourra désormais mettre la main sur un laissez-passer du Club des ex, fait remarquer Alexandre Leduc. « À Québec solidaire, nous avons désormais une histoire. C’est important. »

Puis, le parti politique a l’occasion de montrer un nouveau visage, poursuit-il. D’ailleurs, les délégués solidaires choisiront de nouveaux porte-parole — une femme et un homme — à l’occasion d’un congrès en mai prochain. La députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques, Manon Massé, briguera assurément le poste réservé à une femme. En revanche, le député de Mercier, Amir Khadir, laissera le champ libre à un autre solidaire. « L’idée, c’est qu’on migre. Nous sommes en train de sortir de la dépendance à des figures. Nous avons fait une contribution importante à la culture politique du Québec il y a dix ans, quand on a cassé le moule du chef, qui est une vieille organisation, qui date d’il y a trois siècles et que nous traînons encore en démocratie au XXIe siècle », a-t-il affirmé jeudi.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Gabriel Nadeau-Dubois, qui a contribué à lancer le mouvement Faut qu’on se parle, est pressenti par certains comme le successeur de Françoise David à Québec solidaire.

Plusieurs croisent les doigts afin que l’ex-figure de proue du printemps érable, Gabriel Nadeau-Dubois, soit sur les rangs au prochain congrès pour le poste de porte-parole masculin.

L’arrivée de « GND », âgé de 26 ans, au poste de porte-parole masculin galvaniserait assurément la base de QS tout en engendrant une hausse du nombre de membres, estime-t-on.

Porte-parole ? Pourquoi pas député ? D’autres le voient déjà succéder à Mme David dans la circonscription de Gouin, et ce, même s’il n’a toujours pas conclu les travaux de son mouvement non partisan Faut qu’on se parle.

« Se redonner confiance »

Dans une entrevue avec Le Devoir, Mme David soulignait à gros traits la difficulté de QS de transformer « un très beau succès d’estime » en vote populaire. « Ce n’est pas facile de changer les habitudes [d’un électeur] », a-t-elle constaté après avoir « parlé avec tellement, tellement de gens » tout au long des quatre dernières décennies.

Québec solidaire se heurte actuellement au « manque de confiance [de l’électorat québécois] dans la capacité du Québec d’aller vraiment à gauche », notait-elle en novembre dernier. « Il faut se redonner confiance collectivement ! »

Et si « GND » était la personne tout indiquée pour accomplir cet exploit ?

M. Nadeau-Dubois a mis en avant des « idées qui ressemblent aux nôtres » tout au long de sa tournée des assemblées de cuisine, s’est-elle contentée de dire avant d’esquisser un large sourire.

Avant de tirer sa révérence, Mme David soulignait également la nécessité pour les solidaires de « simplifier [leur] message ». La formation politique a réussi à faire résonner sa voix notamment dans le débat sur la fixation du salaire minimum à 15 $ l’heure. « C’est un de nos messages les plus porteurs. C’est vrai que c’est plus facile à expliquer que Pharma-Québec [ou la constituante], mais qui sont pourtant de foutues bonnes idées », a-t-elle affirmé.

Cela dit, Mme David s’est toujours refusée à « simplifier à outrance ce qui n’est pas simple », tout particulièrement lorsque le Québec était plongé dans un « débat complexe » comme celui de la charte des valeurs québécoises, qui a embrasé le Parlement quelques mois après son arrivée à Québec. Un débat, qui plus est, qui a empoisonné la relation entre le PQ et QS.

Avec Stéphane Baillargeon

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
15 commentaires
  • Christian Montmarquette - Abonné 21 janvier 2017 05 h 45

    Mise au point


    « Elle a bâti ce parti-là. C’était un projet un peu fou » affirme M. Leduc

    Ce n'est pas Françoise David qui a bâti la gauche politique au Québec, mais l'effort soutenu de l'ensemble des militants et militantes qui se sont battus sans relâche durant plusieurs années avant la fondation même de Québec Solidaire. Cette interprétation de la chose est même contraire aux valeurs et à la structure de pyramide inversée défendues par QS où c'est la base qui dirige le parti et non la tête.

    Et on commence à en avoir raz-le-bol de se faire dire que QS divise le vote et fait réélire les libéraux, alors que c'est le PQ qui a retiré le scrutin proportionnel de son programme en 2011 et fait en sorte que les votes souverainistes se divisent plutôt que de s'additionner les uns aux autres.

    Sans compter que ce n'est pas QS qui a fait perdre le pouvoir au PQ, mais ses 350,000 péquistes qui ne se sont même pas donné la peine de voter pour leur propre parti en 2014.

    Ajoutons à cela que cette approche de la prétendue division est carrément antidémocratique puisque c'est dans la nature même du système que les votent se divisent entre-eux, sans quoi, voter serait inutile.

    Pour conclure,

    - Pourquoi la gauche politique ne survirait-elle pas au départ de Françoise David, alors qu'elle a existé durant 7 ans avec qu'elle ne parvienne à se faire élire?

    S'il avait fallu sonner le glas du PQ à chaque fois qu'il a changé de chef, le Parti québécois serait bien mort 10 fois!

    Christian Montmarquette

  • Christian Montmarquette - Abonné 21 janvier 2017 05 h 49

    Mise au point

    Corrigé.

    « Elle a bâti ce parti-là. C’était un projet un peu fou » affirme M. Leduc

    Ce n'est pas Françoise David qui a bâti la gauche politique au Québec, mais l'effort soutenu de l'ensemble des militants et militantes qui se sont battus sans relâche durant des années avant la fondation même de Québec Solidaire. Cette interprétation de la chose est même contraire aux valeurs et à la structure de pyramide inversée défendues par QS où c'est la base qui dirige le parti et non la tête.

    Et on commence à en avoir raz-le-bol de se faire dire que QS divise le vote et fait réélire les libéraux, alors que c'est le PQ qui a retiré le scrutin proportionnel de son programme en 2011 et fait en sorte que les votes souverainistes se divisent plutôt que de s'additionner les uns aux autres.

    Sans compter que ce n'est pas QS qui a fait perdre le pouvoir au PQ, mais ses 350,000 péquistes qui ne se sont même pas donné la peine de voter pour leur propre parti en 2014.

    Ajoutons à cela que cette approche de la prétendue division est carrément antidémocratique puisque c'est dans la nature même du système que les votent se divisent entre-eux, sans quoi, voter serait inutile.

    Pour conclure,

    - Pourquoi la gauche politique ne survirait-elle pas au départ de Françoise David, alors qu'elle a existé durant plus de 7 ans avant qu'elle ne parvienne à se faire élire?

    S'il avait fallu sonner le glas du PQ à chaque fois qu'il a changé de chef, le Parti québécois serait bien mort 10 fois!

    Christian Montmarquette

  • Chantale Desjardins - Abonnée 21 janvier 2017 08 h 40

    Fin de Québec solidaire...

    Le départ de Madame David sonne la fin de Québec solidaire. Impossible d'aller plus loin avec ce parti qui a fait son temps. C'est normal qu'il en soit ainsi. Françoise David a fait un travail remarquable et nous lui en sommes reconnaissants. Les partis d'opposition se doivent d'unir leur force et faire disparaître le PLQ avec son chef incompétent. A la prochaine...

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 janvier 2017 16 h 15

      À Chantale Desjardins,

      "Le départ de Madame David sonne la fin de Québec solidaire"-Chantale Desjardins

      - N'importe quoi.

      S'il avait fallu sonner le glas du PQ à chaque fois qu'il a changé de chef..

      Le Parti québécois serait bien mort 10 fois.

      - Cm

  • François Beaulne - Abonné 21 janvier 2017 10 h 49

    Le progressisme et la souveraineté

    Un trait caractéristique de la nation québeçoise est sa nature fondamentalement solidaire. Ce trait reflète le contexte sociologique dans lequel elle a survécu et s'est épanouie en Amérique du Nord après avoir été laissée à elle même par la mère patrie. D'où son développement économique fortement influencé par l'approche du mouvement coopératif et le rôle important de l'Etat et de ses institutions, instruments de livraison de services collectifs et de redistribution équitable des richesses nationales.
    Cette orientation s'est concrétisée par la Révolution Tranquille du 'Maîtres Chez Nous' des années "60, puis renforcée par le mouvement souverainiste de René Lévesque avec son image du Coffre à Outils' plein qui a bien campé l'incontournable nécessité pour le Québec de se donner les pleins pouvoirs pour atteindre les objectifs de ses aspirations collectives et individuelles.
    Un constat s'impose suite au règne presqu'ininterrompu d'un gouvernement libéral à Québec depuis bientôt quinze ans: le rêve québécois est en panne à moins que les diverses composantes progressistes et nationalistes de sa base profonde ne se rassemblent à nouveau dans un large regroupement politique porteur d'espoir. Nous en sommes rendus là et c'est désormais une responsabilité historique de nos chefs politiques d'y donner forme.

    • Christian Montmarquette - Abonné 21 janvier 2017 16 h 36

      À François Beaulne,

      "Le rêve québécois est en panne à moins que les diverses composantes progressistes et nationalistes de sa base profonde ne se rassemblent à nouveau dans un large regroupement politique porteur d'espoir." -François Beaulne

      Ce n'est désormais plus Québec Solidaire qui rêve en couleurs, ce sont les péquistes.

      Tenons-nous le pour dit : Québec Solidaire ne répétera pas l'erreur du RIN et ne se sabordera pas.

      Et s'il y a un endroit ou le Québec est rendu, c'est à la représentation équitable des divers courants politiques et au mode de scrutin proportionnel.

      Surtout que j'imagine très mal que des gens de gauche votent désomais sur ce seul enjeu de la question nationale, et qui plus est, affiche passablement de plomb dans l'aile par les temps qui courent.

      D'alleurs, nos plus graves problèmes ne sont pas à Ottawa, mais ici même au Québec, avec les trois grands partis néolibéraux que sont le PQ, le PLQ et la CAQ qui fraudent la démocratie, s'attaquent aux citoyens et aux services publics et vendent le Québec à rabais.

      Et c'est ici même au Québec que nous disposons du pouvoir de régler nos problèmes, plutôt que de nous soumettre encore à cet éternel chantage de faire l'indépendance d'abord avant de pouvoir passer au progrès social. Une véritable insulte à l'intelligence, quand on sait que le gouvernement du Québec administre un budget de plus de 100 milliards par année.

      Christian Montmarquette

  • Roger Arbour - Abonné 21 janvier 2017 11 h 28

    Il y aura de la relève

    Dans ma boule de cristal il y aura certainement de la relève. Lorsque nous disons que les jeunes ne sont pas intéressés à la politique c'est faux. Mais on ne fait peu pour leur enseigner l'histoire. Un peuple ignorant son histoire se fait rouler dans la farine.
    Regardez ceux qui ont la chance d'être renseignés n'ont pas peur de parler, d'agir et de s'engager pour une société plus égalitaire et digne. Roger ARbour abonné.