Françoise David, optimiste, engagée, néanmoins épuisée

Françoise David dans les bras de son conjoint, François Larose
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Françoise David dans les bras de son conjoint, François Larose

Si ce n’est pas une première, ça en a tout l’air. Françoise David a annoncé jeudi matin à Montréal qu’elle se retire de la vie politique en expliquant qu’elle est épuisée, tout simplement.

Elle quitte immédiatement ses fonctions de députée de Gouin, même s’il reste environ deux années à son mandat. Elle laisse aussi tout de suite son rôle de porte-parole parlementaire de Québec solidaire (QS). Elle ne réclamera pas l’allocation de transition parce qu’elle ne transite vers rien d’autre que sa retraite.

Celle qui n’a jamais rien fait comme les autres n’a donc pas cherché à évoquer de vagues « raisons familiales ». Franche et transparente jusqu’au bout, elle a avoué qu’elle craignait l’épuisement professionnel, le burn-out, quoi.

« Je ne suis pas et je ne serai pas à la recherche d’un emploi, a-t-elle dit en conférence de presse, rue Saint-Denis, dans sa circonscription. Mon objectif était de me rendre jusqu’en 2018 [aux prochaines élections]. J’ai déjà fait un burn-out. Je ne rejouerai pas dans ce film-là. Je suis désolée de ne pas continuer, mais il faut que je m’arrête avant de tomber. »

Mme David a 69 ans depuis une semaine. Aujourd’hui même, ce vendredi, un homme de 70 ans entre à la Maison-Blanche d’où il dirigera les États-Unis.

À chacun son expérience et ses capacités, bien sûr. La question se pose tout de même : qu’est-ce qui fatigue tant la réputée infatigable Françoise David ? D’où vient ce sentiment d’une tâche sinon surhumaine, du moins incapable à accomplir maintenant ?

Elle cite alors en litanie ce qui l’a siphonnée : « L’intensité du travail à QS, le stress inhérent à la vie politique à l’Assemblée nationale, l’atmosphère souvent agressive qui y règne, la multiplicité des positions à défendre quotidiennement dans un tourbillon médiatique, les déplacements incessants : je n’y arrive plus. »

Mode de scrutin «désuet»

Françoise David rappelle que sa formation ne compte que deux autres députés (Amir Khadir et Manon Massé), alors que selon elle il en faudrait beaucoup plus pour abattre le travail jugé nécessaire. « À trois députés, nous avons influencé des politiques, l’achat groupé de médicaments, les changements à l’état civil pour les enfants trans, l’adoption de mesures protégeant les locataires aînés de l’éviction. […] Imaginez si nous étions 12, 20 ou 63. »

Ce qui la fatigue, jusqu’à l’épuisement, c’est donc aussi un mode de scrutin qui ne rend pas entièrement justice au vote populaire exprimé. Elle répète que la réforme du mode électoral pour une sélection proportionnelle mixte devrait être une priorité « pour traiter tous les partis et toutes les idées avec justice ».

Quand on la questionne sur ce qui pourrait aussi être modifié dans le système politique québécois, elle donne l’exemple de ce qu’elle a observé au parlement de Suède. Les places des quelque 350 députés dans l’hémicycle du Riskdag sont assignées par région, ce qui aurait « un effet formidable pour calmer les nerfs de tout le monde », dit-elle en ajoutant qu’« il y a moyen de faire de la politique autrement ».

 
Rapport avec les médias

L’anticynique par excellence a donc été assommée par un système désuet et éreintant ? En entrevue, elle revient sur les épuisants rapports entre les pouvoirs médiatique et politique dans notre société. Elle évoque des points de presse où ne se pointait aucun journaliste.

« J’aime prendre connaissance des dossiers avant de prendre position. Mais combien de fois m’a-t-on demandé de réagir à chaud, très, très vite sur n’importe quoi ! J’ai remarqué qu’en quatre ans et demi de travail de députée, je travaillais encore plus à la fin qu’au début parce qu’il faut de plus en plus nourrir la bête médiatique tout le temps. »

 

Une bête fatigante, obstinée et plus ou moins partisane d’ailleurs, avec son programme idéologique, ses propres obsessions politiques. L’ex-députée évoque des bilans de session, « à au moins deux reprises », où les seules questions qui intéressaient la presse concernaient la convergence avec les autres formations souverainistes. « C’est sûr que le cinquième qui m’a posé la même question sous un autre angle je me suis permis de lui dire que j’étais tannée. »

  
Candidature commune ?

L’exercice a repris jeudi encore autour d’une éventuelle candidature commune dans sa circonscription. La députée sortante a expliqué que sous réserve de la décision de sa formation, « il y aura dans Gouin un député ou une députée solidaire » en 2018. Elle a ajouté sur un ton résigné qu’il ne lui appartient plus de répondre aux questions sur les rapprochements.

Ce prochain candidat, peut-être député, sera-t-il Gabriel Nadeau-Dubois, ex-porte-parole étudiant ? « Ça fait depuis le printemps érable que nous sommes quelques-uns et quelques-unes à QS à l’achaler un petit peu en lui disant : me semble que tu serais bien chez nous. Donc c’est à lui de répondre. Est-ce que lui, ça l’intéresse ? Je pense qu’il est au Mexique. Quand il reviendra, vous lui poserez la question. »

Le vent qui se lève et souffle à droite dans les démocraties occidentales est bien contraire aux valeurs de sa formation. Françoise David en a bien conscience.

« Mais plus que jamais on a besoin de QS, reprend l’optimiste engagée mais épuisée. Nous ne sommes jamais tombés dans le populisme, dans l’intolérance, dans le non-respect de l’autre. On a critiqué la charte des valeurs péquiste et on avait tellement raison. Je pense aussi qu’une partie de la population, influencée par des chroniqueurs archipopulistes, rejette les intellectuels, l’establishment qui ne comprendraient rien à ce que vivent les gens. Quand j’aurai repris mon souffle, je vais réfléchir à ma contribution sur cette question. »


Françoise David en cinq temps

1948 Naissance à Montréal dans la famille patricienne du Dr Paul David

1972 Baccalauréat en service social

1994 Présidente de la Fédération des femmes du Québec

2004 Cofondatrice d’Option citoyenne

2012 Députée de QS dans Gouin
7 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 20 janvier 2017 02 h 47

    GND dans Gouin?

    Excellente idée! J'espère qu'il va dire oui. Sinon, quelle autre candidature solidaire de prestige pourrait remplacer Mme David dans Gouin?

  • Gaston Bourdages - Abonné 20 janvier 2017 04 h 08

    Quelle sagesse que celle de cette....

    ...dame ! À cette époque où nombre de gens vivent leur vie à 100 kms et plus: de gens qui donnent leur 110% et qui oublient dans tout «ça» de se poser au moins une question: «Comment je me sens là-dedans ?»

    J'ai été de cette catégorie de gens qui se «défoncent». Il en a coûté extrêmement cher. Comme le chante Marjo : «À fond la caisse» Et un jour, le fond je l'ai frappé.

    Madame David, merci pour votre humble et éloquente franchise. La langue de bois n'est certes pas votre alliée. C'est tout à votre honneur et nous, notre bonheur. Merci à vous pour votre sens de justice sociale. Merci pour les énergies que vous y avez investies. Bravo pour cette loi que vous avez fait adopter.
    Merci au Le Devoir pour la publication de cette très belle photo de votre couple.
    Mes respects,
    Gaston Bourdages,
    Écrivain.

  • Gilbert David - Abonné 20 janvier 2017 07 h 27

    Françoise David dans les bras de son conjoint, François Larose

    La légende de la photo ne devrait-elle pas plutôt se lire ainsi: "François Larose dans les bras de sa conjointe Françoise David."?

  • Patricia Posadas - Abonnée 20 janvier 2017 07 h 44

    Une femme comme les autres...

    C'est ce que j'aime le plus en Françoise David. Elle assume son humanité comme personne d'autre et c'est vers cette humanité qu'elle a toujours tendu. Elle n'est pas devenue une politicienne, elle est restée une femme comme les autres. Une femme ardente, idéaliste, espérante, un coeur, surtout, une énergie immense, une parole simple et claire. Et c'est un système violent, imbécile, une bête médiatique plus friande de scandale que de vérité, en quête de scoop plutôt que de sens, qui l'a entre autres épuisée. C'est aussi un système désuet, usé à la corde mais qui fonctionne encore, donnant toujours le pouvoir aux mêmes, qu'importe le parti élu, donnant le pouvoir donc à ceux qui s'enrichissent, qui croient que l'économie définit le vivant. Elle quitte la scène publique mais pas nos vies. Elle est une femme comme les autres, mais une femme agissante qui a fait beaucoup. Et toutes les personnes qui crachent sur elle, depuis le premier jour jusqu'au dernier, devraient se demander sincèrement ce qu'elles ont fait pour leur communauté et si ce qu'elles ont fait approche un tant soit peu du travail immense accompli par cette femme comme les autres.
    Merci beaucoup, Françoise, merci du fond du coeur...

  • Bernard Terreault - Abonné 20 janvier 2017 08 h 32

    Erreur d'appréciation

    L'erreur de jugement que QS a commise a été de penser qu'elle pouvait convaincre le gros de la société québécoise, du petit commerçant et de l'ouvrier spécialisé syndiqué bien payé jusqu'au mineur en chômage et à l'immigré sous-payé, qu'ils bénéficieraient de leur propositions radicales. L'exemple d'autres démocraties occidentales montre que là où la gauche a pu prendre le pouvoir, et avec des résultats, c'est en s'alliant aux socio-démocrates modérés. Au Canada, cela veut dire NPD, au Québec, le PQ.