Françoise David quitte l’Assemblée nationale

Françoise David avec Amir Khadir, en 2012
Photo: Annik MH De Carufel Le Devoir Françoise David avec Amir Khadir, en 2012

L’irréductible solidaire Françoise David a choisi de quitter l’Assemblée nationale, mettant abruptement fin à près de cinq ans d’activité parlementaire.

Françoise David s’était promis au fil des dernières semaines de réfléchir calmement à son avenir politique. Elle a soupesé les bonheurs et les douleurs associés à différents scénarios. Personne n’envisageait qu’elle puisse céder son siège de députée à moins de deux ans des prochaines élections générales. Et pourtant.

Plusieurs militants de la première heure de Québec solidaire étaient muets de stupéfaction lorsque la nouvelle de son départ anticipé est tombée mercredi soir.

Mme David, qui a célébré son 69e anniversaire il y a moins d’une semaine et qui est devenue grand-mère pour la première fois il y a moins de deux mois, justifiera sa décision à l’occasion d’une conférence de presse jeudi avant-midi dans la circonscription de Gouin, qu’elle représente à l’Assemblée nationale depuis septembre 2012. Les députés solidaires Amir Khadir (Mercier) et Manon Massé (Sainte-Marie–Saint-Jacques) seront immanquablement à ses côtés pour l’occasion.

De toutes les luttes pour l’égalité, Françoise David a notamment réussi le tour de force de faire adopter la Loi modifiant le Code civil afin de protéger les droits des locataires aînés, et ce, après deux ans d’efforts. « Ces locataires aînés sont désormais protégés de l’éviction », se réjouissait-elle en juin 2016. « Québec solidaire fait beaucoup de choses dans la vie, on va en reparler, mais Québec solidaire est même capable, et c’est rarissime, d’amener un projet de loi jusqu’à son accomplissement, jusqu’à son adoption. On fait ça à trois, imaginez-vous si on était 20, 30, ou 62 ! » avait-elle affirmé à la presse.

Militante de gauche

Françoise David aura consacré l’essentiel de sa carrière au féminisme, à la gauche ainsi qu’à la défense des plus vulnérables.

Née en 1948 à Outremont, celle qui deviendra présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et de Québec solidaire (QS) est issue d’une longue lignée de personnalités publiques et politiques. Son père est un cardiologue reconnu, et son grand-père, Athanase David, fut maître d’oeuvre de plusieurs mesures sociales au sein du gouvernement de Louis-Alexandre Taschereau, de 1919 à 1936. Son arrière-grand-père, Laurent-Olivier David, évolua lui aussi en politique.

Après des études en service social à l’Université de Montréal, elle milite au sein de l’extrême gauche, notamment au sein du groupe marxiste-léniniste En Lutte !, de 1977 à 1982.

Au-delà des péripéties de la scène politique québécoise, je sens le besoin de faire le point, de mieux dénoncer ce qui m’indigne profondément, de mieux célébrer ce qui me donne espoir. […] J’écris avec un sentiment d’urgence. Nourrie par une saine colère.

 

Quelques années plus tard, celle qui est également la soeur de la ministre libérale Hélène David, du politologue Charles-Philippe David et du réalisateur et producteur Pierre David devient coordonnatrice du Regroupement des centres de femmes du Québec. Elle conserve ce poste jusqu’en 1994, année où elle accède à la présidence de la FFQ, un emploi qu’elle occupe jusqu’en 2001.

À ce titre, elle organise deux événements majeurs : la marche des femmes « Du pain et des roses », en 1995, puis, cinq ans plus tard, la Marche mondiale des femmes contre la pauvreté et la violence, à laquelle participèrent plus de 6000 femmes de 161 pays.

À ses adversaires qui l’accusent d’intransigeance, elle répond, dans une entrevue qu’elle accorde au Devoir en 2001, « je suis une femme de dialogue. Je me suis toujours fait un point d’honneur d’être rigoureuse dans mes arguments. Je suis ferme sur les principes, mais souple dans leur application ».

Elle fonde Option citoyenne, un parti dont elle est la porte-parole féminine, en 2004. Elle publie cette année-là un manifeste, « Bien commun recherché : une option citoyenne ».

Un manifeste en réplique

L’année suivante, elle signe le Manifeste pour un Québec solidaire, réplique de la gauche au Manifeste pour un Québec lucide, signé, lui, par 12 personnalités québécoises, dont l’ancien premier ministre Lucien Bouchard.

La formation Option citoyenne finit par fusionner avec l’Union des forces progressistes en 2006 pour former Québec solidaire. Elle devient alors co-porte-parole de Québec solidaire avec Amir Khadir.

La première élection du jeune parti est un échec, celui-ci ne faisant élire aucun député. Mais M. Khadir, Mme David et leurs partisans ne désespèrent pas. Lorsque des élections générales sont déclenchées de nouveau, l’année suivante, Amir Khadir est élu dans Mercier, tandis que Mme David fait bonne figure en se classant seconde dans la circonscription voisine de Mercier.

En 2011, celle qui est alors présidente de Québec solidaire signe un « journal de bord politique (et parfois intime) », De colère et d’espoir.

« Je sens le besoin de faire le point, de mieux dénoncer ce qui m’indigne profondément, de mieux célébrer ce qui me donne espoir. […] J’écris avec un sentiment d’urgence. Nourrie par une saine colère. Le gouvernement Charest est en train de vendre le Québec, même pas aux plus offrants : aux moins offrants ! Nos terres, notre fleuve, nos paysages, le Grand Nord, nos villes et villages sont en danger. Des entreprises délocalisent des milliers d’emplois plus au sud […]. Nos services publics sont menacés. Montréal s’anglicise. Les jeunes familles revendiquent du temps auprès de leurs enfants […]. Elles ont besoin de réponses. D’où la nécessité de réfléchir autrement au Québec de demain. »

Elle remporte l’élection de 2012 dans Gouin, et a été réélue sans interruption depuis. Sur les banquettes de l’Assemblée nationale, une troisième députée solidaire s’ajoute, aux élections générales de 2014, avec l’élection de la militante progressiste Manon Massé, dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, au centre-ville de Montréal.

Des élections devront être déclenchées dans la circonscription de Gouin au plus tard six mois après la démission de Mme David. La militante de gauche a été élue à l’Assemblée nationale à sa troisième tentative avec près de 5000 voix de majorité sur son principal adversaire, le péquiste Nicolas Girard. Mme David a été réélue sans difficulté au printemps 2014.

33 commentaires
  • Jean-Charles Morin - Abonné 18 janvier 2017 21 h 50

    Une politicienne de la vieille mouture.

    Pourquoi s'être entêtée à se faite élire aux dernières élections si c'est pour filer à l'anglaise en plein milieu de son mandat et causer de ce fait, aux frais des contribuables, une élection partielle parfaitement inutile? Si c'est cela faire de la politique autrement, autant rester chez soi... Et pour le respect dû envers tous ceux et celles qui lui ont manifesté leur confiance en votant pour elle... Basta! Je me tire; après moi, le déluge. Bel exemple, en effet!

    • Vincent Choquette - Abonné 18 janvier 2017 23 h 42

      Que savez-vous de sa situation personnelle? Ou familiale? Ou de son état de santé? Elle aura bientôt 70 ans. Et de longs états de service. Qui êtes vous pour parler de respect? Avez-vous fait la moitié du quart du huitième de ce qu'elle a fait pour ses pairs? Je suis content que vous restiez vous-même «chez soi«».

    • Claude Bariteau - Abonné 19 janvier 2017 07 h 01

      Attendre avant de juger s'impose.

      Madame David a fait, en 2011, des constats que nombre d'indépendantistes partagent : « Le gouvernement Charest est en train de vendre le Québec, même pas aux plus offrants : aux moins offrants ! Nos terres, notre fleuve, nos paysages, le Grand Nord, nos villes et villages sont en danger. Des entreprises délocalisent des milliers d’emplois plus au sud […]. Nos services publics sont menacés. Montréal s’anglicise. Les jeunes familles revendiquent du temps auprès de leurs enfants […]. Elles ont besoin de réponses. D’où la nécessité de réfléchir autrement au Québec de demain ».

      Réfléchir autrement le Québec, elle l'a fait et a poussé ses réflexions en s'engageant en politique. Si elle se retire, je ne pense pas que ce soit pour remettre en question le constat qui l'y a conduite. Elle le dira probablement ce jeudi ou dns les jours qui suivent. Chose certaine, son retrait de la politique active à 69 ans me semble, a priori, un choix en faveur d'une relève, peut-être aussi d'un réalignement de QS dont elle ne se perçoit pas la personne-clé pour le piloter.

      Aussi importe-t-il de se retenir de juger sans connaître ce qu'elle dira même si, en politique, les motifs de retrait ne sont pas toujours transparents chez nombre de ceux qui l'ont fait.

    • André Côté - Abonné 19 janvier 2017 08 h 38

      Quand une personne comme Mme David, après 5 ans de travail ardu, comme l'est le service public, décide de passer la perche à quelqu'un de plus jeune, il faut la saluer et la remercier et non lui faire un pied de nez, comme celui qui vous lui faites en signe de remerciement. Dans un moment comme celui-là, la partisannerie politique n'a pas sa place.

    • Jean Breton - Abonné 19 janvier 2017 10 h 26

      Alliée objective du PLQ

      Indéniablement, Mme David est une personne hors du commun. Une grande humaniste dévouée à la promotion des droits des gens défavorisés.

      Malheureusement, sur la scène politique, son héritage principal aura été d'assurer la main mise du pouvoir par le PLQ corrompu. C'est qu'elle a divisé le vote des indépendantistes et des sociaux démocrates.

      Avec le résultat que le Québec d'aujourd'hui est moins égalitaire et que la culture française régresse dangereusement.

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 janvier 2017 10 h 48

      @ M. Morin

      Comme vous M. Morin, je trouve décevant qu'un député - peu importe le parti - ne remplisse pas tout son mandat. Cela dit, il est possible que Mme David ait de bonnes raisons de ne pas le terminer. Je propose donc que l'on attende un peu avant de déchirer nos chemises de façon ostentatoire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 janvier 2017 21 h 19

      À Jean Breton

      "Malheureusement, sur la scène politique, son héritage principal aura été d'assurer la main mise du pouvoir par le PLQ corrompu. C'est qu'elle a divisé le vote des indépendantistes .." - Jean Breton


      1) C'est oublier que le PQ est, lui aussi, corrompu, et qu'il s'est fait prendre pour plus de 2 millions de dons illégaux avec le financement sectoriel et le système de prête-noms identique au PLQ, notament chez SNC-Lavalin et que deux des lieutenants du Parti québécois, dont l'attaché politique de Pauline Marois se sont fait embarquer par l'UPAC.

      2) On est pas indépendantiste quand on sait que le Parti québécois n'aura pas eu de référendum au programme durant plus de 28 ans en 2022.

      Christian Montmarquette

  • Michel Bernier - Abonné 18 janvier 2017 21 h 53

    Mère Thérèsa

    Pierre Falardeau serait content, et j'en suis.

  • Annie Larouche - Inscrite 19 janvier 2017 00 h 13

    Monsieur Morin

    Vous êtes de qule côté exactement?

  • Gilles St-Pierre - Abonné 19 janvier 2017 00 h 50

    C'est pas moi...

    ... qui va pleurer.

    • Pierre Lavallée - Inscrit 19 janvier 2017 18 h 49

      Moi non plus !

  • Jean-François - Abonné 19 janvier 2017 01 h 41

    Tout mon respect

    Très grosse perte pour QS et tout mon respect pour cette femme honnête et persévérante.

    Mauvaise nouvelle par contre; je n'ai plus aucun lien avec votre Parti.

    Je ne pense pas être le seul dans cette situation!