Lisée craint les contrecoups du repli protectionniste américain

Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée
Photo: Clement Allard La Presse canadienne Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, met en garde la population québécoise contre les contrecoups du repli protectionniste dans lequel s’enfonceront vraisemblablement les États-Unis au lendemain de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche vendredi.

« Autour de nous, sur ce continent, il n’y a pas que des enfants de choeur. Et il va falloir montrer du muscle, défendre nos emplois, nos parts de marché, pied à pied au cours des années qui viennent », a-t-il déclaré lors de son discours de clôture du conseil national du PQ dimanche à Québec. Fait inusité, sinon unique : celui-ci portait exclusivement sur l’économie.

Pendant près de 40 minutes, M. Lisée a insisté sur la nécessité de déployer une politique de nationalisme économique « modernisée », assortie notamment d’un « Buy Québécois Act ».

L’ex-ministre des Relations internationales s’engage à adopter une politique d’achat québécois « partout où c’est possible » dès le lendemain d’une victoire électorale. Le gouvernement péquiste enjoindrait aux géants du commerce en ligne de notamment faire « prédominer » à la fois le « contenu francophone » et le « contenu québécois » dans les vitrines des magasins en ligne, a-t-il expliqué. À ceux doutant du pouvoir de persuasion du Québec, M. Lisée a rappelé que les anciens ministres Gérald Godin et Louise Beaudoin ont respectivement réussi à « forcer les puissants majors américains à diffuser le même jour, au Québec, les versions française et anglaise des nouveaux films » et à « forcer les Microsoft et Apple à diffuser le même jour les versions française et anglaise des nouveaux logiciels ». « Pourquoi ? Parce qu’ils ont mis le poing sur la table ! » a résumé le chef péquiste devant un parterre de quelques centaines de personnes. S’il est porté au pouvoir, lui aussi mettra « le poing sur la table », a-t-il martelé.

M. Lisée a chargé dimanche l’ex-ministre des Finances Nicolas Marceau de rédiger la « politique d’achat québécois la plus robuste possible ». Il lui a aussi demandé de « proposer les meilleures façons » afin d’« accélérer la croissance économique durable du Québec » au moyen du Fonds des générations — dont la valeur comptable totale s’établissait à 8,5 milliards de dollars au 31 mars 2016. À ses yeux, la politique de placement du Fonds — qui est déterminée par le ministre des Finances avec l’aide de la Caisse de dépôt et placement du Québec — est à l’heure actuelle « trop conservatrice ». « [Cela dit], on ne peut pas faire n’importe quoi avec ça », a-t-il mentionné en conférence de presse.

Mandat modifié

D’autre part, un gouvernement Lisée modifiera la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec afin de confier à l’équipe du p.-d.g. Michael Sabia — ou celle de son successeur — un « mandat explicite de développement économique régional et sectoriel », a-t-il promis. Selon lui, la Caisse doit retrouver l’« équilibre » privilégié par le premier ministre Jean Lesage entre « le rendement et le développement économique du Québec ».

Jean-François Lisée a promis de ne ménager aucun effort pour « extirper le Québec du cercle vicieux de pauvreté » dans lequel l’a plongé et le maintient le Rest of Canada (ROC) depuis l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867. Il se révoltera tout d’abord contre « la plus grande injustice économique [commise] envers le Québec de l’Histoire de la fédération » c’est-à-dire l’octroi de contrats de construction de vaisseaux de combats, d’un brise-glace et de navires de ravitaillement pour la Garde côtière à des entreprises de Vancouver et Halifax au détriment de Chantiers Davie de Lévis. « Je vous le dis : on va encore en parler dans 150 ans ! » a lancé M. Lisée aux délégués rassemblés tout le week-end dans le centre des congrès du Québec. « Écoutez bien, près de 20 milliards des impôts québécois vont servir à créer d’excellents emplois à Vancouver et à Halifax. Ensuite, les fédéraux vont nous accuser de ne pas créer autant d’emplois qu’eux, ils vont nous envoyer de la péréquation en nous accusant d’être les assistés sociaux du Canada », a-t-il poursuivi.

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2 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 16 janvier 2017 07 h 01

    Un « Buy Québécois Act ».

    Excellente idée : en français, ce serait mieux!

    Et puis, pour acheter québécois, il faut produire québécois : cela semble être compris.

    Ensuite, pour produire québécois, il faut exporter québécois : cela sera le dur équilibre entre un nationalisme économique, même modernisé, et un marché efficace des exportations.

    Par ailleurs, il est vrai qu'il faut « extirper le Québec du cercle vicieux de pauvreté » dans lequel l’a plongé et le maintient le Rest of Canada (ROC) depuis l’adoption de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867.

    Le problème sera de reprendre les commandes des leviers politico-économiques qui nous ont été dérobés : l'alignement de la population à cet égard sera crucial et il passe par un degré de conscience et de cohésion qui n'est pas atteint.

  • Jean Richard - Abonné 16 janvier 2017 10 h 15

    Et pourtant...

    « M. Lisée a rappelé que les anciens ministres Gérald Godin et Louise Beaudoin ont respectivement réussi à « forcer les puissants majors américains à diffuser le même jour, au Québec, les versions française et anglaise des nouveaux films » »

    Mais ils n'ont pas réussi et n'ont probablement pas essayé de convaincre les majors de renoncer à contrôler plus de 95 % des salles de cinéma au Québec. Une version française d'un film américain, ça reste un film américain. La langue paraît sauve mais le reste ? Et puis, les chroniqueuses spectacles de Radio-Canada auront tôt fait de vous recommander fortement d'aller voir la version originale et non la version française.

    « et à « forcer les Microsoft et Apple à diffuser le même jour les versions française et anglaise des nouveaux logiciels » ». Là, il faut faire attention. Le Québec n'est qu'un verre d'eau dans l'océan. Si louables soient les efforts de M. Godin et de Mme Beaudoin, le Québec était loin, très loin d'être le seul à réclamer des géants de l'ordinateur personnel qu'ils adaptent leurs systèmes d'exploitation aux langues nationales des pays où ils les vendent. L'époque où le logiciel était conçu en anglais et que les versions en d'autres langues causaient bogues et maux de tête est loin derrière. Est loin derrière également l'époque où l'encodage des caractères était limité à 128 caractères, privant 90 % des gens de la planète de la capacité à écrire correctement dans leur langue.

    Donc, avant de croire à la puissance du coup de poing péquiste sur la table d'Apple, il faut savoir que si vous achetez un ordinateur à la pomme à Montréal, vous pourrez en trois ou quatre gestes des doigts le configurer en espagnol, en portugais, en russe, en polonais, en mandarin, en arabe, en inuttitut et même en anglais.

    Mais si M. Lisée veut donner un coup de poing, qu'il aille chez un marchand de meuble et déniche une cuisinière aux affichages en français. Bonne chance !