Lisée veut un PQ basé sur la «clarté», la «netteté» et la «constance»

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
Photo: Clément Allard La Presse canadienne Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée
À moins de deux ans du prochain rendez-vous électoral, les péquistes opèrent la métamorphose de leur formation politique. La forme et le fond.

En dévoilant la «proposition principale», le président de la commission politique, Philippe Dufort, a mis en branle samedi le processus qui aboutira à l’adoption du programme politique du PQ en septembre prochain. Celui-ci fourmille de dizaines de promesses de toutes sortes, y compris celle «difficile» de demander aux Québécois de lui confier le mandat de réaliser l’indépendance seulement en 2022. «Lors de l’élection d’octobre 2022, le Parti Québécois et ses partenaires indépendantistes demanderont aux Québécois le mandat de réaliser l’indépendance au cours des quatre années qui suivront», peut-on lire dans le document de quelque 75 pages.

Le chef Jean-François Lisée avait commandé à la commission politique de s’abstenir de s’inspirer des formules floues comme celles de tenir un référendum «au moment jugé approprié par le gouvernement» (2011) ou encore «au moment jugé opportun» (2005) qui ont, selon lui, sérieusement handicapé le PQ au fils des dernières années.

«Plusieurs se sont détournés de nous, pas parce qu’ils nous connaissaient mal, mais parce qu’ils ne nous reconnaissaient pas. Nous n’étions pas nets. Nous n’étions pas constants. Et s’ils nous redécouvraient nets, clairs et constants?» a-t-il lancé aux 500 délégués réunis en conseil national.

Même s’il repoussait au-delà de 2022 «la fondation de la République du Québec», un gouvernement péquiste chargerait une commission parlementaire élargie de rédiger un projet de constitution incluant des dispositions de la Charte de la langue française et de la Charte des droits et libertés de la personne, tout en consacrant le droit du peuple québécois à disposer de lui-même. Il couperait également les vivres au lieutenant-gouverneur du Québec, peut-on lire dans la proposition principale.

Être convaincu, être convaincant, mais sans être hargneux ou chicanier. Être décomplexé. Être zen. Accepter qu’on ne sera pas d’accord sur tout.


M. Lisée a suggéré samedi aux militants péquistes de miser sur le report du rendez-vous référendaire dans un second mandat d’un gouvernement péquiste (2022-2026) pour gagner la confiance des Québécois actuellement réfractaires au projet indépendantiste: une condition sine qua non pour «fermer le chapitre des années libérales» à l’automne 2018.

«Il faut profiter au maximum de cette décision lucide, mais difficile que nous avons prise de reporter le référendum pour tisser des liens avec tous ceux qui partagent nos convictions sur la santé, l’éducation, l’économie, l’identité. Faire équipe avec eux, créer pendant ces années un réel lien de confiance. Et les inviter à faire avec nous en 2022 le reste du chemin, vers le pays», a-t-il déclaré devant les militants péquistes réunis dans le centre des congrès de Québec.

Jean-François Lisée, qui a été élu à la chefferie du PQ en octobre dernier, s’est dit persuadé qu’un gouvernement péquiste formé d’«élus honnêtes et compétents» saura raviver la flamme indépendantiste. «Maintenant qu’on se connaît, maintenant qu’on a amélioré le Québec ensemble, maintenant qu’on a cassé la croûte, rigolé, pleuré ensemble. Maintenant qu’on se fait confiance, un coup parti, viens on va faire un pays ensemble. Tu vas voir, tu vas aimer ça. Ça va être formidable.»

Les contours de la République
Les auteurs de la proposition principale se sont néanmoins évertués à dessiner les contours du Pays du Québec. Ils privilégient un régime présidentiel à un régime parlementaire. «La présidence du Québec sera assumée par la personne élue démocratiquement pour une période déterminée. Son mandat ne sera renouvelable qu’une seule fois.» Le président ou la présidente pourrait être élu par l’Assemblée nationale du Québec ou encore au suffrage universel.

S'il n’en tient qu’à la commission politique du PQ, la République québécoise se doterait «d’une défense nationale» puis adresserait une requête pour être membre des Nations Unies et d’organismes de défense comme l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD). Qui plus est, elle solliciterait un siège au Commonwealth, et ce, après avoir répudié la monarchie.

D’ici le congrès national, les membres péquistes pourront modifier, ajouter ou encore biffer les promesses contenues dans la «proposition principale». «Ce sont les membres du PQ qui décident du programme», a précisé le président de la commission politique, Philippe Dufort.

Le PQ de Lisée
Par ailleurs, le PQ-post Péladeau s’engagera à «renforcer le Code du travail dans ses dispositions relatives aux briseurs de grève afin d’interdire à un employeur d’utiliser, à l’intérieur ou à l’extérieur d’un établissement, les services ou le produit du travail autre que ceux d’un salarié ou d’une salariée faisant partie de l’unité d’accréditation en grève ou en lock-out» si la disposition 5.8.3. est adoptée telle quelle par le congrès national.

En matière de promotion de la langue française au Québec, M. Lisée a prié les militants péquistes de «choisir les combats qui sont à la fois les plus efficaces […] et les plus rassembleurs». «Si on essayait ça, pour une fois: efficace et rassembleur?» a-t-il affirmé.

Le PQ joue d’une «nouvelle audace» avec les mesures énumérées dans le document de 75 pages rédigé par la commission politique, dont l’assujettissement des entreprises de 25 à 49 employés à la Charte de la langue française a fait valoir M. Lisée lors de son premier discours d’ouverture de conseil national. «Jamais auparavant nous n’avons proposé de réclamer une réelle connaissance du français à 100 % des nouveaux arrivants. Jamais. Jamais nous n’avions proposé un examen de français pour l’obtention des diplômes de cégep et d’université anglophones. Jamais», a-t-il insisté.

D’ailleurs, l’élu montréalais s’est dit inquiet de l’effritement de la langue française sur l’île de Montréal. Le PQ entend y remédier en mettant en place les «conditions» de «rétention des familles», ainsi qu’en mettant fin au «bilinguisme institutionnel».

Plusieurs membres du PQ, y compris le président de l’Association péquiste de Beauharnois, Marc Laviolette, ont reproché samedi avant-midi à M. Lisée de «ne pas aller assez loin», se refusant notamment d’élargir la portée de la Loi 101 aux cégeps. «Je suis convaincu qu’il va avoir des amendements [à la proposition principale]», a-t-il lancé lors d’un impromptu de presse.

«Notre proposition sur la langue, elle est emballante, elle est audacieuse, elle est rassembleuse», a affirmé de son côté la députée de Joliette, Véronique Hivon.

Réparer les dégâts
En plus de miser sur la «clarté», la «netteté» et la «constance», le député de Rosemont a demandé aux membres du PQ de demeurer «zen» — y compris sur les réseaux sociaux. «Au PQ, fini la hargne, fini la chicane», a-t-il promis.

Enfin, plusieurs militants péquistes été appelés par le conseiller spécial Paul St-Pierre-Plamondon à identifier les «bons coups» («Coalition Bloc, PQ, ADQ en 1995», «CPE», «Assainissement des mœurs électorales», etc.) et les «mauvais coups» («Déclenchement des élections [en mars] 2014», «Charte des valeurs», «Les chicanes en public», etc.) du PQ.

«On est en train de repenser l’implication politique pour que ça colle à la diversité ou la génération Y», a dit M. St-Pierre-Plamondon. La tâche ne sera pas aisée. Les jeunes ont été échaudés par le Charte des valeurs québécoises, la construction d’une cimenterie à Port-Daniel et le feu vert à l’exploration pétrolière sur l’île Anticosti donné par le gouvernement Marois, a-t-il souligné samedi.
12 commentaires
  • Patrick Boulanger - Abonné 14 janvier 2017 13 h 45

    « miser sur la « clarté », la « netteté » et la « constance » »?

    Lorsqu'on dit que M. Lisée change souvent d'idées, est-ce vrai? Si oui, il devrait s'abstenir de parler de « constance » devant les militants péquistes.

    • Bernard McCann - Abonné 14 janvier 2017 14 h 37

      Effectivement

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 14 janvier 2017 15 h 11

      En politique, il y a une différence entre changer d'idée et taire sa dissidence.

      Sous le principe d’étoffer son programme, le PQ a l’habitude de ‘solidifier’ une montagne de crème fouettée en y injectant plus de crème fouettée. Et si on a le malheur de retirer la moindre parcelle de cette masse difforme, certains crient à la trahison.

      Ce que propose Lisée, c'est une actualisation de l'idéologie vieillisante du PQ.

      Or sa nouvelle politique au sujet de la francisation des immigrants répond parfaitement à ma principale préoccupation; l'anglicisation de Montréal.

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 janvier 2017 16 h 16

      Pour une fois, je vous donne 100% raison M. Boulanger.

      S'il y en a un qui est mal placé pour parler de constance..

      C'est bien Jean-Françoise Lisée!

    • Marc Therrien - Abonné 14 janvier 2017 17 h 00

      À moins, que dans une monde d'impermanence où la seule chose qui est stable, c'est le changement,il se présente comme celui qui saura aider le PQ à conserver sa fermeté d'âme et à persévérer courageusement dans leur projet tout en se laissant transporter là où son inspiration les amènera (just go with the flow avec M. Lisée).

      Marc Therrien

    • Raymond Labelle - Abonné 14 janvier 2017 17 h 39

      "Lorsqu'on dit que M. Lisée change souvent d'idées, est-ce vrai?"

      Il faudrait nuancer. JFL s'est exprimé sur plusieurs sujets en détail pendant de longues années et dans des contextes différents. Sur un sujet, il ne pense peut-être pas la même chose aujourd'hui qu'il y a dix ans, et le contexte est différent - ça ne veut pas dire être une girouette.

      Je préfère quelqu'un qui réfléchit tout haut en partageant des analyses, qui souvent dans le cas de JFL sont de qualité d'ailleurs, à la langue de bois.

      Par ailleurs, dans le contexte présent, des positions claires. Ainsi, sur le référendum - pas de "p'têt ben que si ceci ou cela mais probablement que non" qui, de toute façon, en pratique, résulte en un non-référendum comme on l'a beaucoup vu. Position claire: pas pour ce mandat-ci et, si on est élu, au mandat suivant nous solliciterons la volonté d'en faire un.

      Pas d'ouverture de porte à Énergie est - Niet plutôt que le flou de la position du gouvernement Marois (oui, il en faisait partie) et de PKP.

      Par exemple.

    • Christian Montmarquette - Abonné 14 janvier 2017 18 h 13

      Je maintiens ma position.

      Depuis des décennies, le PQ ça toujours été du n'importe quoi, et Lisée a toujours été itimement lié au PQ.

      - Comment accorder la moindre crédibilité à un PQ qui ne respecte pas ses plus grands engagements électoraux?

      C'est ça, la pire des inconstances!

      Et Lisée était capable de vivre avec ?

      Ça donne une idée de la crédibilité du personnage.

    • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2017 07 h 53

      M. Monmarquette, votre ton tranchant ne tient aucun compte de la réalité tangible tant dans les milieux politiques que sur le terrain.

      Le PQ a de la crédibilité. Si vous êtes incapable de le voir, vous êtes en passe d'oublier la loi 101, l'assurance accident, les REA (qui étaient l'une des premières formes d'économie sociale je vous rappelle), le système de garderie. Sans lois mais selon leur gestion quotidienne, le système de santé a été développé plus que jamais pour devenir social et préventif au contraire de Barrette qui tue la prévention un peu plus chaque jour.

      Ce que vous dites condamnerait du même coup Barack Obama parce qu'il n'a pas réussi à instituer une assurance-maladie globale, mais a dû faire des compromis... C'est une comparaison sans plus, mais elle colle à votre personnage pourfendeur comme la glu.

      Ayez le bon sens de réaliser que personne au monde n'est parfait. C'est pourquoi existent les constitutions et les règles préétablies.

      Entre autres, la totale divagation du programme économique (comme dans économie, ce truc qui fait que l'argent roule ) de QS démontre noir sur blanc que ses dirigeants en sont encore à jouer dans un carré de sable tellement c'est puéril et bourré d'idées inapplicables.
      Même pas été foutus de copier sur Bernie Sanders un peu, c'est dire!

      Les 20 dernières années sont faibles pour le PQ, absolument, mais ses instances internes sont encore le meilleur outil politique qui existe au Québec. Nuille part ailleurs une telle tribune n'est donnée aux individus pour autant qu'ils aient un minimum de volonté.

      Et ceci, tout en respectant la structure politique bâtarde mais très réelle que nous avons au Québec.

      Au moins, le PQ a un chef. lui! Un chef responsable de ses actes et qui assume ses positions.

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 15 janvier 2017 13 h 06

      @ à certains de ceux qui ont émis des commentaires ou réponses aux commentaires, un peu plus haut dans la parole aux lecteurs : La "solidarité-souveraine" est mise à mal...par ces "réflexions" ou "positions" (sic) émises sur le ton du "onc" ou "jamais" et les, je "maintiens"(sic)...Comment voulez-vous espérer une évolution de la société québécoise tout en gardant jalousement un "statu quo" coulé dans le béton. Donnez-nous de l'air , de l'oxygène...
      Donnez-vous le loisir de pouvoir changer d'idées ou, à tout le moins,
      de réfléchir avant de... "crier au loup".
      La démocratie c'est aussi ça.

    • Jean Charbonneau - Abonné 15 janvier 2017 13 h 52

      J'ai lu son essai intitulé Nous, paru en 2007, et je ne trouve pas qu'il ait changé d'idée. Au contraire, on dirait bien qu'il tente d'appliquer ce qu'il proposait. Dix ans plus tard, il doit bien sûr actualiser ses propositions et, en tant que chef de parti désormais, convaincre les militants péquistes de la justesse de sa stratégie en restant ouvert au débat, non?

  • Jean-François Trottier - Abonné 15 janvier 2017 07 h 36

    Hargneux, chicanier ?

    Lisée a raison quand il dit qu'il ne faut pas être hargneux. À l'inverse, MM Lévesque et consorts n'ont jamais vu arriver les attaques sous la ceinture des fédérastes autrefois. En tout cas leurs réponses ont été pour le moins faiblardes...

    Je restais dans Côte-des-Neiges en 1980. Étudiant.

    J'ai vu des graffiti associant les nazis et le PQ partout durant la campagne référendaire. Sur les panneaux d'arrêt. les murs, les boîtes postales...

    Pas un mot de la part du camp du Oui. On avait choisi de ne démontrer aucune hargne... On fuyait la moindre chicane.

    Je me souviens. La seule réponse de Lévesque au "Nous mettons nos sièges en jeu..." de Trudeau pour promettre des négociations sur la constitution, c'est ça, celles qui ont mené à l'exclusion du Québec (!!!), a été pour dire que c'était une fausse promesse, dit en douceur et sur un ton très gentil.

    Appaisant, sourire perpétuel.... Et pendant ce temps Ottawa se payait des campagnes entières de hargne primaire et sauvage.

    On ne peut pas toujours combattre Ottawa et ses milliards. On peut descendre en flammes les snobinards et les affairistes qui y crient du haut de leur prétention.

    Faut choisir sa hargne.

    Quand notre Jean Charest national parlait de "chiquène" en appuyant sur le "è", il omettait de dire que cette chiquène est toujours venu des fédérastes pour satisfaire à leur campagne de peur. Là, faudra répondre à la peur, mais aussi aux Fournier et autres petits taxeurs de ruelle qui se présenterons.

  • Michel Lebel - Abonné 15 janvier 2017 16 h 47

    Un peu de trumpisme!


    Il faudrait demander au candidat défait à la chefferie du PQ, Alexandre Cloutier, ce qu'il pense de la ''clarté'', de la ''netteté'' et de la ''constance'' de Jean-François Lisée! Au moins on ne peut pas dire que député de Rosemont manque de culot! Il semble aussi enfourcher un thème cher à Donald Trump, soit le nationalisme économique: America first.. ou Québec en premier!

    M.L.