Eaux usées: long nettoyage en vue pour les villes

Les projets d’assainissement des eaux ont souvent été mis de côté dans le passé parce que la ville n’avait pas les moyens de se les payer.
Photo: Getty Images Les projets d’assainissement des eaux ont souvent été mis de côté dans le passé parce que la ville n’avait pas les moyens de se les payer.

Le Québec compte toujours une centaine de petites municipalités qui déversent leurs égouts dans le fleuve et ses bassins versants. Malgré le déblocage de millions de dollars pour les soutenir en 2015, les projets démarrent lentement.

La plupart de ces villes comptent à peine un millier d’habitants. Leurs eaux usées se déversent directement dans le fleuve ou dans le Saguenay, la rivière des Outaouais, la Chaudière, des ruisseaux ou des étangs où elles risquent d’avoir un impact encore plus dommageable.

En 2015, le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a annoncé qu’il leur viendrait en aide. Dès lors, les stations d’épuration seraient financées jusqu’à 95 % dans les villes de moins de 6500 personnes grâce au Programme d’infrastructures municipales d’eau (PRIMEAU).

Un an et demi plus tard, où en sommes-nous ? Une trentaine de stations se sont inscrites au programme, une dizaine n’ont pas encore été retenues et une quarantaine d’autres n’ont pas encore fait de demande. Or, le temps presse, puisque le gouvernement leur a donné jusqu’à 2020 pour se conformer aux normes.



 

Tadoussac fait partie de celles qui ne sont pas encore inscrites au PRIMEAU. « Le dossier a quelque peu évolué. On a donné le mandat à un professionnel pour faire une étude d’avant-projet », explique la directrice générale Marie-Claude Guérin.

À Tadoussac, les eaux usées reçoivent actuellement un traitement minimal par « dégrilleur », sorte de tamis bloquant les matières solides avant l’écoulement dans le fleuve. Avant 2002, il n’y avait rien.

Le dossier est doublement compliqué pour la ville qui ne compte que 800 payeurs de taxes, mais doit être équipée comme si elle en comptait des milliers en raison de la saison touristique. Ainsi, même si elle ne paye que 5 % du projet d’usine d’épuration, cela risque de représenter une fortune pour les contribuables, explique Mme Guérin. « On est prêt à aller de l’avant mais le ministère de l’Environnement va devoir débloquer des ressources pour nous accompagner. »

   

Loin du but

La municipalité de Grande-Vallée, en Gaspésie, n’est pas prête non plus. La Ville doit d’abord régler un problème d’eaux parasites dans son réseau d’égouts. « Soit on a des conduites de brisées, soit on a des eaux de ruissellement qui s’en vont dans notre réseau d’égouts et qui n’ont pas d’affaire là, explique la directrice Ghislaine Bouthiliette. On n’est vraiment pas rendu à l’étape de faire une demande [à PRIMEAU]. » Lorsqu’on lui fait remarquer que l’échéance de 2020 arrive vite, elle rétorque qu’elle ne pense pas qu’ils « vont faire de la prison avec ça. Le ministère est au courant de notre situation. »

Ailleurs, dans une municipalité de la Matapédia, on raconte au Devoir que le conseil municipal avait rejeté un projet d’usine en 2009 parce que trop coûteux. À l’époque, les programmes de subventions du gouvernement étaient moins généreux, nous a-t-on dit. Depuis, le travail a repris mais il faut mettre à jour toutes les études de l’époque.

Une vieille préoccupation

Certaines municipalités commencent à peine les démarches. C’est le cas de Saint-Pierre-les-Becquets, une jolie municipalité de la MRC de Bécancour qui borde le Saint-Laurent. Ses paysages sont bucoliques, mais ses égouts se déversent directement dans le fleuve 2 kilomètres en amont… d’une plage.

« C’est long », répète le maire Yves Tousignant qui commence à avoir hâte que le problème soit réglé. De retour en politique depuis 2013, il a constaté que le dossier avait peu avancé depuis trente ans. « J’ai été maire dans les années 1980 et on en parlait déjà à l’époque. »

Manque de moyens

Chez lui comme ailleurs, les projets d’assainissement des eaux ont souvent été mis de côté dans le passé parce que la Ville n’avait pas les moyens de se les payer. Ce sont aussi des projets dont l’impact n’est pas apparent ou tangible ; les citoyens ne lui en parlent pas. « Ils me parlent de la route 132 qui est en mauvais état. C’est vrai, mais je leur réponds qu’il faut s’occuper du dessous avant de s’occuper du dessus. »

À Saint-Michel-de-Bellechasse, près de Lévis, on attend l’évaluation des coûts du projet, explique le directeur général Ronald Gonthier. « La municipalité a fait ses devoirs », dit-il. Si le ministère avait offert des programmes plus généreux dans le passé, ce serait réglé depuis la fin des années 1990, selon lui.

À l’autre bout du Québec, en Abitibi, la petite municipalité de La Reine a elle aussi commencé le processus. « On a été accepté au volet 1 du programme », explique le directeur général Daniel Céleste. « Pour l’instant, on a seulement déposé des études. » Mais la petite ville de 150 résidants en a déjà plein les bras avec un problème de contamination de l’eau potable au benzène. Son eau est impropre à la consommation depuis un an et demi.

3 commentaires
  • Pierre Mercier - Abonné 14 janvier 2017 03 h 07

    Quelques précisions langagières

    Bonjour Madame porter,

    J'ai lu avec beaucoup d'intérêt le présent article ainsi que celui intitulé «Un projet d’usine d’épuration est bloqué sur l’île d’Orléans». J'y ai cependant relevé trois fautes langagières que je vois souvent dans les écrits journalistiques.

    La première est l'expression «payeurs de taxes» ( 7ième par., 1ière phrase). Payeurs de taxes est un calque de l'anglais «tax payers». Il serait plus juste de la remplacer par le terme, bien français celui-là, de contribuables.

    Les deux autres erreurs figurent dans votre second texte, que j'ai évoqué ci-dessus. L'une, qui n'est pas une faute à proprement parler, est l'expression pléonastique «évalué à environ». Mis côte à côte, évalué à et environ font double emploi, puisque ces deux entités linguistiques font référence à une approximation. Il faudrait conséquemment employer l'une ou l'autre, mais pas les deux successivement.

    La dernière faute est l'emploi du mot «via». À la différence de l'anglais, qui en fait usage dans différents contextes, la langue française n'emploie le terme via que dans un sens géographique. Ainsi, un locuteur pourra dire qu'il est allé de Baie Saint-Paul à Montréal via Québec, dans le sens de en passant par Québec. Par contre, il ne pourra dire qu'il a obtenu son nouvel emploi via un site d'embauches. Les expressions «grâce à» ou «par l'intermédiaire d'un» seraient à prescrire dans un tel cas.

    Je suis navré de vous enquiquiner avec ces quelques détails. Mais comme je sais à quel point votre journal est soucieux de la qualité de la langue écrite, je n'ai pu m'empêcher de soumettre ces faits linguistiques à votre attention. Au plaisir de continuer à vous lire.


    Pierre Mercier
    Québec

  • Bernard Terreault - Abonné 14 janvier 2017 09 h 08

    Pas les moyens ?

    Des villes prétendent qu'elles n'ont pas les moyens de payer même un minuscule 5% du prix de la décontamination. Ce serait trop taxer ses pauvres citoyens. Pourtant, ces pauvres citoyens ont eu assez d'argent pour acheter tous ces produits de consommation qui sont à la source de la contamination, non?

    • Patrick Boulanger - Abonné 15 janvier 2017 08 h 49

      Bonne question, M. Terreault.