Le PQ en quête de diversité culturelle

Le 30 janvier prochain, à l’occasion du caucus du PQ, l’ensemble des députés rencontrera des membres de la diversité montréalaise.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le 30 janvier prochain, à l’occasion du caucus du PQ, l’ensemble des députés rencontrera des membres de la diversité montréalaise.

Le Parti québécois et son nouveau chef, Jean-François Lisée, courtisent tous les Québécois d’adoption en les invitant à devenir membres du parti et à leur faire part de leur vision du Québec. Après s’être aliéné une bonne proportion des membres des communautés culturelles avec le projet de charte de la laïcité, le PQ croit qu’avec « un nouveau chef, une nouvelle équipe et une nouvelle attitude », il pourra rallier des membres de la diversité qui sont en accord avec lui « sur l’éducation, sur la social-démocratie, sur la santé, voire même sur la laïcité ».

« Nous désirons qu’un plus grand nombre de membres de la diversité québécoise participent, de l’intérieur, à nos débats sur l’avenir du PQ, sur les politiques publiques que nous définirons ensemble. […] Lors de la course au leadership qui nous a menés à faire le tour du Québec, nous, tous les candidats, avons recruté un grand nombre de membres de la diversité. Nous voulons les rendre plus visibles et plus audibles à l’intérieur du PQ, afin d’envoyer un message de ralliement aux autres souverainistes de la diversité pour qu’ils viennent débattre avec nous du programme des années à venir, pour qu’ils définissent avec nous le Québec de demain », a déclaré M. Lisée dimanche lors d’un point de presse en présence de sa conseillère spéciale à la diversité, Evelyne Abitbol, et de Carole Poirier, whip en chef du PQ et porte-parole en matière d’immigration et de communautés culturelles.

Avec sa « connaissance des réseaux, des sensibilités et des enjeux », Evelyne Abitbol sera « l’interface entre les différentes communautés et le PQ », a souligné M. Lisée avant de rappeler que Mme Abitbol, une Québécoise d’adoption née au Maroc, a été directrice des Relations gouvernementales et Affaires publiques à l’Université Concordia et a défendu avec acharnement la cause de Raïf Badawi, ce blogueur qui est prisonnier d’opinion en Arabie saoudite. Mme Abitbol a dit avoir rencontré « des tas de jeunes de la diversité qui veulent embarquer dans un projet de société », alors qu’elle faisait du porte-à-porte pour défendre la candidature de Jean-François Lisée lors de la campagne au leadership.

Nous désirons qu’un plus grand nombre de membres de la diversité québécoise participent, de l’intérieur, à nos débats sur l’avenir du PQ

Carole Poirier est quant à elle chargée du plan d’action qui consistera notamment à inciter les membres de la diversité à apporter leur contribution lors des congrès de circonscription, des congrès régionaux et du congrès national, « afin qu’avec leur essence qui est la leur, ils bonifient notre projet de pays ».
 

Ainsi, le 30 janvier prochain, à l’occasion du caucus du PQ, l’ensemble des députés du PQ rencontrera des membres de la diversité montréalaise. « Ce sera l’occasion de s’apprivoiser les uns les autres et de s’écouter. C’est important que tout le Québec connaisse cette réalité montréalaise. C’est important que des Juifs de Montréal, des Kabyles de Montréal rencontrent des députés du Lac-Saint-Jean et de la Gaspésie », a expliqué M. Lisée.

Échanger

Pour recueillir les réflexions et les propositions des membres de la diversité, le PQ vient de créer un nouveau canal de communication qui sera l’adresse électronique : diversité@pq.org.

M. Lisée ne s’attend pas à ce qu’une majorité des membres de la diversité votent pour le PQ en 2018, « mais il y a de la place pour un progrès significatif, car il y en a plein qui sont d’accord avec nous sur la laïcité, sur l’éducation, sur la social-démocratie, mais qui ne nous connaissent pas assez. Le fait d’avoir décidé de ne pas tenir de référendum durant le premier mandat contribuera à détendre l’atmosphère », a-t-il fait valoir.

« Une des réserves que j’avais sur la charte de la laïcité et des valeurs québécoises était la façon de la présenter et de la mettre en oeuvre. Notre position actuelle se veut beaucoup plus respectueuse et graduelle dans son application. De plus, on l’accompagne de mesures de succès pour les Québécois d’origines diverses, comme notamment la reconnaissance des diplômes, le financement des études nécessaires à la mise à niveau. Lorsqu’on sera élus en 2018, on va commencer par la mise en oeuvre de ces mesures de succès pour chaque Québécois d’adoption, et ensuite, on aura une discussion sur des règles du vivre ensemble, comme la proposition d’identité que nous avons », a-t-il déclaré au Devoir. « Il serait faux de penser que les membres de la diversité ne s’intéressent à la politique qu’à travers ce seul enjeu. Ils ont été victimes des années libérales dans l’emploi et dans les services sociaux. Ils voient bien que les libéraux tiennent leur vote pour acquis. Il y a maintenant une fenêtre pour rouvrir la discussion avec eux, pour leur dire “ redécouvrez-nous et nous vous redécouvrirons. Vous verrez que finalement on est d’accord sur beaucoup de choses et que tous ces débats passés ont masqué ces accords”.»

10 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 9 janvier 2017 01 h 22

    La base : des liens sociaux à construire politiquement

    Dans l'histoire du Québec, si les guerres furent génératrices de changements de l'ordre politique (présence française, passage d'un régime français à un régime britannique, ajustements de ce régime, passage d'un régime britannique à un régime canadien et ajustements du régime canadien), à l'interne, ce sont les liens construits et ceux déconstruits entre les habitants du Québec, qui éclairent ces changements.

    Par exemple, les charges britanniques sur les liens remis en question par les détenteurs du pouvoir entre les habitants avec le mouvement politique patriote, notamment entre 1836 et 1840, expliquent les cloisonnements ethnoculturels subséquents voire la création du Dominion of Canada.

    Depuis les années 1960-1970, un processus analogue est en cours. La stratégie canadienne, déployée par le gouvernement du Canada, en particulier sous l'égide Pierre Elliott Trudeau, visa à affaiblir les liens sociaux (en particulier en éducation, en santé et dans l'activité politique) entre les habitants du Québec, en minant l'ordre social en émergence, ce qui ouvrit la porte au « vivre ensemble » canadien avec comme assise les droits individuels intégrés sur les bases d'un ordre politique d'inspiration britannique.

    L'ouverture du chef du PQ et de ses deux stratèges-conseillières envers la diversité, parce qu'elle cible les liens sociaux associés à l'éducation, à la santé et à une laïcité, est un pas dans la bonne direction. Un pas qui peut conduire non pas à relancer le modèle social-démocrate cher aux péquistes d'hier, mais à concevoir un « vivre-ensemble » défini entre Québécois et Québécoises de toutes origines, ce qui implique qu'il soit fondé démocratiquement et s'inscrive dans une refonte du régime politique.

    Là m'apparaît une des principales ses suites, car sans elle, les liens revus et redéfinis demeureront sans ancrage politique, ce qui est essentiel à la vie en société.

  • Germain Dallaire - Abonné 9 janvier 2017 06 h 32

    Bientôt les fédéralistes?

    Prochaine conférence de presse du PQ: le PQ veut faire le plein de fédéralistes. Jean-François Lisée: "Comme un référendum est reporté à un deuxième mandat, rien n'empêche les fédéralistes de voter pour nous aux prochaines élections."
    Germain Dallaire
    abonné

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 janvier 2017 11 h 07

      Pourquoi pas des fédéralistes ?

      On n’attire pas des mouches avec du vinaigre. Le Parti libéral attire les mouches avec ce dont elles raffolent...

      Si le PQ veut prendre le pouvoir (et obtenir l’influence médiatique qu’il confère à ceux qui le détiennent), il faudra bien qu’il cherche des appuis dans l’ensemble de la population québécoise.

    • Michel Blondin - Abonné 9 janvier 2017 15 h 45

      @Dallaire,
      La cohérence dans les idées est une chose que la démocratie ignore trop souvent.
      La guerre électorale puise ses victoires dans la saveur de ce qui plait, pas de ce qui est rationnel.
      Sous des couverts du rationnel, on voit que l'image et le mot clé prédominent. Lisée peut réussir son pari en maniant la saveur pour les uns et les prendre de front pour les autres. Il pourrait ainsi dénauyauter certains allophones.
      La recherche de la bonne entente et la bonne foi apparente ont pignon sur rue et préférence médiatique sur la logique et la cohérence de tout projet.

      N'a-t-on pas comme fondement de société ces qualités avant d'en discuter en toutes raisons.
      Assise sur des fondement de droit, l'élection est l'instrument de guerre des démocraties modernes. L'addition des têtes de pipe, devient le dieu des démocraties.

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 9 janvier 2017 10 h 58

    La décaquisaton du PQ


    Dans la région métropolitaine, le pourcentage de citoyens anglophones se maintient alors que le pourcentage d’Allophones s’accroit parallèlement à la diminution équivalente du taux de Francophones.

    Tout comme l’avenir du Québec, l’avenir du PQ passe par son ouverture aux néoQuébécois.

    Contrairement à une croyance très répandue, la cause indépendantiste n’est pas menacée par les immigrants; elle est menacée par leur anglicisation.

    En effet, le néoQuébécois qui lit des quotidiens francophones, qui écoute des émissions en français, qui voit des films québécois, finit par être influencé par la culture dans laquelle il baigne.

    Au contraire, celui qui parle anglais finit par épouser l’idéologie qui règne dans les milieux angloquébécois, très opposés à l’indépendance du Québec.

    Donc en principe, pour attirer des néoQuébécois à sa cause, tout ce que le PQ doit faire c’est de lutter contre l’anglicisation des immigrants… à la condition de ne pas gaffer.

    Or gaffer, pour le PQ, c’est irrésistible. Oublions cette remarque malheureuse de Parizeau qui empêche encore de nombreux angloQuébécois de réaliser à que point nous sommes tous, peu importe notre langue, redevables à ce grand chef d’État.

    Si un nombre croissant de dirigeants péquistes reconnaissent aujourd’hui que le projet de charte de la laïcité leur a aliéné une bonne proportion des membres des communautés culturelles, ce n’était pas le cas à l’époque où on avait le nez collé aux sondages qui démontraient l’appui des Francophones à cette charte.

    Je vois dans l’ouverture actuelle du PQ une conséquence de la décaquisation du PQ depuis l’élection de dirigeants provenant de régions où la CAQ a moins d’influence.

    • Luc Bertrand - Abonné 9 janvier 2017 14 h 46

      Votre analyse fait beaucoup de sens, monsieur Martel. Effectivement, Jean-François Lisée, à Rosemont, a beaucoup plus à composer avec Québec solidaire que la Coalition Avenir Québec.

      Il faut dire que le PQ s'est également nui en abolissant les COFI, en plus de s'empêtrer avec sa charte de la laïcité. Mais c'est surtout le PLQ qui contribue à l'anglicisation des immigrants en coupant sans cesse dans les budgets d'intégration et de francisation. Et, croyez-moi, le choix des 14 villes où Justin Trudeau et Philippe Couillard veulent envoyer leurs 60 000 réfugié(e)s syrien(ne)s - davantage anglophones que francophones - est loin d'être innocent. Ces villes sont situées dans autant de "comtés chauds", là où la marge de victoire entre le PQ ou la CAQ et le PLQ est très faible.

      Le défi du PQ ne se limite pas au devoir de convaincre la "diversité" à l'appuyer. Dans les régions du Québec où la CAQ domine, il y a toujours un ressentiment justement contre cette même diversité, qu'on croit systématiquement acquise aux libéraux et au Canada et réfractaire à s'intégrer à la société civile francophone. Pour eux, le PQ a cédé devant le multiculturalisme de Pierre Elliott Trudeau et n'est plus le protecteur de l'identité québécoise.

      Ce qui fait que le PQ fait face à un immense dilemme: les efforts qu'il fait pour se rapprocher de la "diversité" risquent de lui aliéner davantage le vote francophone "de souche".

      Et, qu'on le veuille ou non, les PLQ/PLC ne cessent d'accroître leur domination avec la très grande majorité du vote des 55 000-60 000 immigrant(e)s et réfugié(e)s qu'ils font entrer, chaque année, au Québec. Donc, plus le temps passe, plus ardue sera la pente à affronter par le Parti québécois.

      Je crains même que l'indépendance ne soit plus réalisable, car beaucoup de Québécois(e)s "de souche" ne se reconnaîtront plus dans le projet de pays péquiste lorsque le PQ s'y mettra à l'oeuvre!

      Luc Bertrand
      Pointe-aux-Trembles

  • Raynald Rouette - Abonné 9 janvier 2017 11 h 41

    Intégration volontaire ou non au Québec


    Voilà l'enjeux fondamental!

    À leur défense, les nouveaux arrivants au Québec sont déjà captifs de l'idéologie Canadienne et reconnaissants de pouvoir venir au Canada. Ils ne connaissent rien de la dualité historique du Québec «Français» et du Canada «Anglais» et de la différence entre les deux cultures.

    Il ne faut pas se surprendre sur le fait qu'ils préfèrent l'idéologie fédéraliste canadienne considérant ce qu'ils ont pu vivrent dans leur pays d'origine. Surtout si la loi sur le multiculturalisme et la Charte des droits et libertés du Canada leur permet de reconstituer et vivre en tous points leurs traditions, coutumes, religions, et ce, même si celles-ci sont fondamentalement incompatibles au Québec.

    Complicité et/ou soumission volontaire ou tout simplement ingratitude envers les
    Québécois?

  • Jean-Pierre Proulx - Abonné 9 janvier 2017 13 h 29

    au sein de la diversité québécoise

    Ce que l'on peu inventer!

    • Marc Therrien - Abonné 9 janvier 2017 18 h 02

      Evelyne Abitbol sera « l’interface entre les différentes communautés et le PQ »,

      Est-ce que comme dispositif elle sera bien protégée du piratage?

      Marc Therrien