De l’austérité aux vallées verdoyantes

Philippe Couillard procédera à un remaniement ministériel au début de l’année.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Philippe Couillard procédera à un remaniement ministériel au début de l’année.

En cette deuxième moitié du mandat du gouvernement Couillard, les libéraux voudraient bien qu’en 2017, l’austérité ne soit plus qu’un lointain souvenir pour les électeurs, qui pourront goûter aux fruits des marges de manoeuvre retrouvées. Pourvu que les questions d’éthique et d’intégrité qui ne cessent de surgir du passé libéral ne viennent pas les hanter.

Au lendemain des élections partielles en décembre, Philippe Couillard déclarait que toute élection partielle comporte un message. Et en l’occurrence, le message, c’était que le message de son gouvernement passait mal. « Je ne prends pas ça à la légère », avait-il dit, tout en accusant les journalistes, quelques minutes plus tard, de surévaluer les partielles. Il faut les prendre au sérieux, mais ne pas en faire tout un plat, doit-on comprendre.

Dans cette mêlée de presse, le premier ministre n’est pas apparu des plus limpides quand il fut question du message que voulait diffuser son gouvernement. Fallait-il en changer, le modifier ? « Ça appelle un correctif de message. Pas de plan », avait-il dit. Puis : « Je pense que le message, les gens l’ont bien entendu, mais il faut montrer l’impact. » Changer de message ou le marteler. Les voies d’un premier ministre peuvent s’avérer impénétrables.

En 2017, le gouvernement veut frapper un grand coup. Certes, « on a sauvé le Québec », avait dit Philippe Couillard, pour ensuite biffer le caractère absolu de cette déclaration dès le lendemain en affirmant que son gouvernement avait sauvé, non pas le Québec, mais les finances du Québec.

Toutefois, il est clair que cette réussite comptable — le fruit de compressions trop draconiennes, soutiennent certains économistes comme Pierre Fortin — n’est pas suffisante. Il faut maintenant que le bon peuple puisse contempler les vallées verdoyantes d’un Québec prospère qui a recouvré ses moyens financiers.

Préparer 2018

Philippe Couillard ne veut pas attendre en 2018, l’année électorale, pour montrer que le retour à l’équilibre budgétaire sert à quelque chose, c’est-à-dire à l’amélioration des services, notamment en santé et en éducation. Il veut éviter que cette apothéose libérale soit perçue comme du racolage électoral, comme des « bonbons électoraux », comme se plaisent à dénoncer les partis d’opposition.

En annonçant dès 2017 les principales mesures rendues possibles par le redressement financier de l’État, le gouvernement s’assure qu’elles ont le temps de se déployer et aussi de « percoler » dans l’esprit de l’électorat.

Philippe Couillard procédera à un remaniement ministériel au début de l’année, une perspective qui doit en angoisser quelques-uns ou quelques-unes au sein du Conseil des ministres. Un exercice délicat, surtout, s’il doit y avoir des rétrogradations. Délicat aussi en raison de ceux qui reluquent un maroquin depuis belle lurette et qui se feront coiffer au poteau par de « plus jeunes, plus fous », comme dirait Charlebois. Le premier ministre veut rajeunir son équipe et il en profitera pour écarter des ministres qui ne souhaitent pas se représenter en 2018.

L’intégrité libérale

Philippe Couillard prononcera un discours d’ouverture en prorogeant la session parlementaire, pas nécessairement au début de la session en février, mais plus tard, en mars, de façon à s’arrimer avec le troisième budget Leitão. Le premier ministre doit annoncer un plan de réinvestissement substantiel en santé et en éducation, associé à un allégement du fardeau fiscal pour les bas salariés. Il a évoqué cet automne la présentation d’un nouveau plan de lutte contre la pauvreté.

Des libéraux craignent toutefois qu’à l’instar de la session d’automne, de nouvelles révélations, reliées au gouvernement Charest, ne remettent en cause l’intégrité libérale. Certains n’écartent pas la possibilité que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) porte de nouvelles accusations contre des libéraux notoires. Le scandale de la Société immobilière du Québec (SIQ) a considérablement nui au gouvernement Couillard, concède-t-on. C’est le genre d’affaire qui rappelle à l’électorat qu’en 2018, le Parti libéral du Québec aura tenu les rênes du pouvoir pendant 15 ans, hormis un bref épisode péquiste de 18 mois. Quinze ans, c’est long.

Que l’on mette dans le même sac son gouvernement, qu’il dit irréprochable, et celui de Jean Charest irrite au plus haut point Philippe Couillard, confie-t-on. Commandé par la Coalition avenir Québec, un sondage Léger indiquait en novembre que, pour près de 80 % des Québécois francophones, les problèmes de corruption étaient aussi importants ou plus importants sous sa gouverne qu’ils ne l’étaient auparavant. Courroucé, le chef libéral a mis au défi quiconque de citer un seul cas de corruption impliquant le PLQ depuis qu’il en a pris la direction en avril 2013.

Toutefois, ce n’est que du bout des lèvres qu’il se dissocie du gouvernement Charest. Il ne peut vertement condamner un gouvernement dont il a fait partie, ainsi que plusieurs de ses députés et ministres actuels. Après tout, il fut, lui aussi, un ministre à 100 000 $. Dans cette position pour le moins inconfortable, Philippe Couillard ne peut se permettre de cracher dans la soupe sans nuire à la marque libérale.

Relations Québec-Ottawa

Québec dispose désormais de marges de manoeuvre salutaires, ne cesse-t-il de répéter. Encore faut-il que ces sommes ne soient pas englouties totalement dans le réseau de la santé. De là toute l’importance que revêtent les négociations avec le gouvernement fédéral sur les transferts en santé. Or, au lieu d’entamer des négociations, Ottawa a présenté un ultimatum. Devant la volonté fédérale, le front commun des provinces n’a pas tenu.

Une somme de près de 500 millions est en cause pour les deux prochaines années, somme dont Philippe Couillard a besoin pour livrer un discours d’ouverture dont les ambitions doivent trancher avec les deux années d’austérité.

La coïncidence peut apparaître ironique : 2017 s’ouvre avec ce différend Québec-Ottawa tandis que s’amorceront les célébrations du 150e anniversaire de la fédération canadienne, à laquelle Philippe Couillard est profondément attaché. On ne sait pendant combien de temps cette question d’argent viendra miner cette relation affective. En fin d’année, il a dénoncé « ces tactiques de division » employées par Ottawa. « À l’approche du 150e anniversaire du pays, ce n’est vraiment pas un bon choix », a-t-il déploré.

S’il a reporté aux calendes grecques son projet d’obtenir une reconnaissance constitutionnelle de la spécificité du Québec, Philippe Couillard profitera de cette grande fête canadienne pour exposer officiellement sa « vision » du Québec au sein du Canada et la façon dont le caractère spécifique du Québec doit, à ses yeux, s’incarner.

Mais pour Ottawa, les revendications traditionnelles du Québec, c’est de l’histoire ancienne. Et le 150e anniversaire de la fédération ne servira pas à ressasser le passé, mais bien à porter un regard « positif » vers l’avenir. Aussi, la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, responsable des célébrations du 150e, a critiqué le Parti québécois qui veut présenter l’autre côté de la médaille.

« Le PQ peut parler du passé, nous allons parler du futur », a déclaré Mélanie Joly. Selon la ministre, les festivités seront une « manière de tourner le regard vers l’avenir et sur comment nous pouvons favoriser un avenir positif ».

Souligner le 150e anniversaire d’un pays en occultant son passé, voilà une démarche bien singulière. Mais pour paraphraser Justin Trudeau : c’est parce qu’on est en 2017.

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.

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10 commentaires
  • Gilles St-Pierre - Abonné 31 décembre 2016 02 h 23

    Peuple à genoux

    N'attends plus ta délivrance; voici ton rédempteur. Mille fois merci Philippe.

    Mais vraiment ce qui est bien avec le parti Libéral c'est que pour nous, en plus de toujours avoir les bonnes réponses, ils ont toujours les bonnes questions. Plus besoin de réfléchir par nous-mêmes, pas de trouble nous n'avons juste qu'à les écouter et surtout bien les suivre même si on ne comprend pas, pas grave, ils sont là pour ça.

    • Francois Cossette - Inscrit 31 décembre 2016 13 h 50

      Le salut par le plq c'est exactement cela etre né pour un ti-pain.

    • Pierre Robineault - Abonné 31 décembre 2016 15 h 25

      Et pour asurer une suite aux propos de monsieur Cossette, j'emprunte à l'autrefois Paul et Paul qui disaient: "Quand on est né pour p'tit pain, on ne peut pas faire des sandwichs pour tout le monde!" Surtout après avoir comblé les plus nantis, devrions-nous ajouter!

  • Jacques Morissette - Inscrit 31 décembre 2016 04 h 37

    Pour faire oublier l'austérité qu'il ne veut pas nommer, l'économie allant mieux que prévu, le parti Libéral va donc se permettre de s'en servir, en faisant de la propagande pour son parti, dans le but de gagner les prochaines élections. C'est un classique du monde de la politique!

    • Nicole D. Sévigny - Abonnée 2 janvier 2017 17 h 12

      que voilà une vérité de La Palice...

      Mais comment se fait-il que ...Question: Vous ne vous êtes pas demandé pourquoi...tout à coup... "l'économie allant mieux que prévu" (sic)...Réponse: On a déshabillé Jean pour vêtir Jacques ...tour de passe-passe du néolibéralisme, mode Couillard et Cie, pour renflouer les coffres.

      Voilà une démarche bien singulière. Un classique des politiciens
      sans "aucune vision".

  • Gilles Delisle - Inscrit 31 décembre 2016 07 h 49

    Que l'on veuille ou non!

    Le gouvernement libéral actuel aura pris les décisions politiques et économiques les plus vicieuses que le Québec ait connu depuis. depuis de nombreuses années , à part celles du gouvernement Charest, bien sûr. En s'attaquant aux populations les plus vulnérables de notre société, les malades, les jeunes , les plus vieux, les plus démunis de toutes sortes, ce gouvernement s'est montré d'une totale indifférence à l'égard de plusieurs groupes de la société. A quelques mois d'une élection prochaine, Couillard tentera de faire le beau, mais ce n'est pas certain que le peuple sera au rendez-vous! Tant qu'aux commérations de ce pays voisin, à chacun son clown! A Montréal, on a eu droit à Rozon, les Canadiens auront le leur, semble-t-il.

  • François Dugal - Inscrit 31 décembre 2016 07 h 54

    Le Sauveur

    Notre Sauveur nous mènera vers les "matins ensoleillés" qui chantent le Ô Canada. Le chœur des citoyens se fera un devoir de livrer la "performance" du siècle.
    Prions ensemble - let us pray -oremus.

  • Jean-François Trottier - Abonné 31 décembre 2016 08 h 48

    Bizarre, bizarre...

    Si M. Couillard veut passer un message, alors qu'il comprenne celui-ci : le Québec a profondément souffert pendant ces deux années de... comment il dit ? Ah oui! "redressement".

    Il faut donc que dans les deux pochaines années la santé, l'éducation et l'industrie en général (oh! en général... Bonne chance!) aillent mieux que jamais.
    Il a quelques semaines pour donner sur un plateau aux Québécois une éducation qui crée des adultes à la pensée approifondie, loin des slogans quoi, parmi les plus compétens au monde. Pour que le temps d'attente dans les urgences soit descendu à une heure en moyenne, et pour que l'industrie informatique soit l'une des plus performantes en Amérique du Nord du point de vue de l'emploi.

    Un juste retour des chose arriverait au portrait que je dresse. Quelques semaines pour faire la preuve au fil des deux prochaines années! Pas des bonbons éparpillés ou une facture fiscale particulière : santé, éducation, économie.

    On ne veut pas des "réinvestissement". Le Québec a besoin de nouveaux investissement, tant pécuniers qu'en terme d'imagination. L'imagitation aussi, ça coûte cher.
    Après avoir dit à satiété "on peut pas, on peut pas", il faut que Couillard puisse dire "on peut et on va" sur tous les fronts et plus que jamais, sinon c'est toute notre jeunesse qui va payer toute sa vie son manque de formation à penser et s'adapter, et la population qui va désespérer de recevoir ce qu'elle mérite en terme de santé.

    Plus que Bourassa, plus que Lesage, plus que tous ses prédécesseurs, et dès demain! À ses deux ans de catastrophe doivent succéder deux ans complets de purs miracles.

    D'autre part, pour Mélanie Joly : je croyais que vous fêtiez les 150 ans de la Confédération. La base de votre salade est le passé garant du futur, non ?

    Votre manque de mémoire est un affront envers des millions de personnes, dont ceux morts au front (que vous allez tant glorifier), ety aussi envers les autochtones et Métis dont les Québécois... que vous ou