De moins en moins de gens sur l’aide sociale

Le ministre québécois de la Solidarité sociale, François Blais
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le ministre québécois de la Solidarité sociale, François Blais

Le nombre d’assistés sociaux au Québec (6,2 %) n’a jamais été aussi bas depuis 40 ans au Québec. Toutefois, ça ne veut pas « nécessairement » dire que les gens sont moins pauvres, selon le ministre de la Solidarité sociale François Blais.

Depuis 15 ans, le Québec a fait de « grands gains » pour réduire la pauvreté chez les familles grâce à l’amélioration des allocations familiales, explique-t-il. « Là où il y a des progrès à faire en termes d’évolution de la pauvreté, c’est les personnes seules ou les couples sans enfants. C’est le grand défi. »

Le gouvernement révélait jeudi que le nombre de prestataires de l’assistance sociale a atteint son niveau le plus faible au Québec depuis 1976. Ainsi, 424 853 personnes reçoivent aujourd’hui des prestations. C’est 30 924 de moins qu’en mai 2014 et presque deux fois moins qu’en 1996 quand le nombre d’assistés sociaux a atteint un sommet de 815 487.

C’est encore plus pertinent de les sortir de l’aide sociale parce que les emplois sont encore plus disponibles

Selon le ministre, les résultats s’expliquent essentiellement par la baisse du taux de chômage, qui a atteint 6,2 % en novembre, un autre record depuis 1976.

On sait aussi qu’une partie des personnes qui délaissent l’aide sociale le font parce qu’elles ont atteint l’âge de la retraite et doivent quitter l’aide sociale pour toucher leur pension de vieillesse. Le ministère n’était toutefois pas en mesure de fournir cette statistique jeudi.

Une réforme « honteuse »

Du côté des groupes de lutte contre la pauvreté, on insiste sur le fait que les gens ne sont pas nécessairement moins pauvres qu’avant. « Quitter l’aide sociale, ça ne veut pas dire sortir de la pauvreté », soutient Serge Peticlerc, porte-parole du collectif Un Québec sans pauvreté. « Mon impression est que beaucoup sont entrés sur le marché du travail, mais à très faible salaire », dit-il.

« Les banques alimentaires nous disent que 10 % des gens qu’elles desservent sont des travailleurs au salaire minimum », renchérit la députée solidaire Françoise David.

À ses yeux, ces statistiques rendent le projet de loi 70 sur l’aide sociale « encore plus honteux qu’avant ». « Malgré le fait que ce nombre soit le plus faible depuis 40 ans, ils ont quand même tenu à tout prix à passer une loi qui fait en sorte qu’une personne qui, pour toutes sortes de raisons, refuse d’entrer dans un programme, ils vont la couper. »

Interpellé là-dessus, le ministre Blais rétorque que « le projet de loi 70 n’est pas basé sur les coupes » et que des personnes pourraient voir leur chèque amputé « hypothétiquement » si elles refusent de participer aux démarches d’insertion à l’emploi imposées par le gouvernement.

Le gouvernement, souligne-t-il, cible les 17 000 nouvelles personnes aptes à l’emploi qui s’inscrivent à l’aide sociale chaque année. « Ce sont des gens qui pourraient retourner aux études ou encore retourner vers l’emploi, dit-il. Les bonnes pratiques internationales, c’est de les prendre assez tôt et de les rencontrer pour faire une évaluation de leur situation et ensuite de les amener vers un parcours de réinsertion et de négocier ce parcours-là avec eux. »

Il ajoute qu’avec la baisse du taux de chômage, le marché du travail a encore plus besoin de ces travailleurs potentiels. « C’est encore plus pertinent de les sortir de l’aide sociale parce que les emplois sont encore plus disponibles. S’il y avait 20 % de chômage au Québec, ce serait beaucoup plus difficile de justifier un programme comme celui-là. »

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 23 décembre 2016 04 h 11

    Le moyen...

    Le moyen libéral d'enrayer la pauvreté est devenu de rayer de la la carte les pauvres.
    De les éliminer de notre vue par la honte qu'on leur fait porter de ne pas être eux-mêmes des tueurs de pauvres...
    Et cela, alors qu'en tant que société humaine et responsable, c'est fondamentalement la pauvreté elle-même qu'il faut éliminer en ouvrant largement les portes aux talents de tous.
    Et si cette idée de partage devenait l'idée maîtresse de notre lutte démocratique pour l'indépendance ?
    Hein ?
    Croyez pas que la "distinction" (à utiliser ici à la manière de l'anglicisme canadien habituel...) de notre société ferait nombre de vrais jaloux au Canada et ailleurs ?
    Que notre courage deviendrait porteur définitif d'avenir ? Tel celui de nos Anciens eux-mêmes à survivre culturellement et politiquement le fut...
    Le fut historiquement à "sur-vivre" aux yeux complaisants d'une Amérique dominante parce qu'aux valeurs industrielles monopolisantes largement acceptées (devenues mêmes souhaitées...). Elle qui toujours nous perçoit comme bizarre, parce que d'un légendaire et bien trop folklorique trait de personalité collective immuable : celui de notre "french canadian joie de vivre"... Trop sympathique pour ne pas être vulgaire ?
    Celui exactement de ces pauvres que nous nous destinions jusqu'à peu à être par conformisme. Celui de demi-civilisés qui s'entêtent à refuser l'esclavage des Hommes par l'argent-maître.
    Celui de ces Québécois que nous sommes et qui, souvent, s'habille de cette identité comme on le fait d'un fardeau. Charge qu'il ne nous appartient que de quitter pour redevenir Canadiens, maintenant que ce nom n'a plus rien à voir avec ces Canayens-là que nous avons été.
    Fiers et forts de leurs différences et que, pour un triste et sombre nombre de nous, "nous aurons été" puisque enfin définitivement disparus...
    Quêteux montés à cheval, dans un pays glorieusement avorté; celui des oublieurs.
    Celui où se souhaitera demain, comme si de rien n'était, Bon Noël à tous.

  • Gaston Bourdages - Inscrit 23 décembre 2016 06 h 26

    «Là où il y a des progrès à faire en....

    ..termes d'évolution de la pauvreté»
    «Évolution de la pauvreté...» C'est-à-dire? Monsieur Blais a-t-il plutôt voulu dire éradication, avulsion de la pauvreté ?
    J'ai été «B.S.» une fois puis malheur, j'ai eu une rechûte: «B.S.» une 2e fois. Quel rendez-vous avec la dévaloristion et cet immense sentiment de rétrogradation !
    «Ça» fait mal en Tabarnouche !
    Je suis reconnaissant à l'égard des payeurs de taxes et d'impôts (pas les paradisiens fiscaux) grâce à qui j'ai survécu pendant non pas un mais deux temps. Merci aussi aux membres du personnel gérant le programme.
    Gaston Bourdages

  • Robert Morin - Abonné 23 décembre 2016 08 h 57

    Des titres plus nuancés SVP!

    Pour une deuxième journée consécutive, on nous sert un grand titre à saveur partisane destiné à nous convaincre que «Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes»... et pourtant la réalité est bien différente, alors que le nombre de travailleurs à très petit salaire sont de plus en plus nombreux à devoir se tourner vers les banques alimentaires pour joindre les deux bouts. On aura beau répéter ainsi les grands titres complaisants, il suffit de voir ce qui se passe sur le terrain pour constater que l'écart entre les riches et les pauvres n'a jamais été aussi grand. Alors de grâce, à tout le moins NUANCEZ VOS GRANDS TITRES!

    • Marc Therrien - Abonné 23 décembre 2016 23 h 24

      Pourtant, le titre est conforme et fidèle au contenu de ce qui est rapporté dans l'article. Ensuite, le sous-titre vient nuancer l'état de situation de la pauvreté. Les statistiques témoignant de la baisse du nombre de personnes bénéficiaires de l'aide sociale sont assez faciles à obtenir et sont fiables. Pour le reste, ça ne veut certes pas dire que la pauvreté diminue pour autant. Il y a encore trop de gens qui peinent à rejoindre le premier échelon du bas de l'échelle.

      Marc Therrien