Racisme envers les autochtones: la commission d'enquête verra le jour

Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, a salué la décision du gouvernement de Philippe Couillard de créer une commission d’enquête sur le racisme systémique.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, a salué la décision du gouvernement de Philippe Couillard de créer une commission d’enquête sur le racisme systémique.

Après bien des réticences, le premier ministre Philippe Couillard a annoncé la tenue d’une commission d’enquête québécoise sur les relations entre les services publics et les autochtones sous le titre « Écoute, réconciliation et progrès ».

Présidée par le juge à la retraite de la Cour supérieure Jacques Viens, la commission d’enquête visera non seulement les corps policiers, mais aussi les services sociaux, la protection de la jeunesse, les services correctionnels et le système de justice.

Alors que jusqu’ici, tant le premier ministre que ses ministres avaient évité de parler de racisme systémique en ce qui a trait aux autochtones, Philippe Couillard a reconnu, mercredi, le phénomène. « Ce que nous voulons accomplir, c’est d’examiner les enjeux systémiques, incluant le cas du racisme, a-t-il affirmé en réponse à une question d’une journaliste. Je veux le dire ouvertement : le Québec n’est pas différent d’autres sociétés. »

Une des causes qui rassemble les Québécois, « c’est notre désir de lutter contre l’intolérance, la discrimination, l’exclusion et la stigmatisation », a déclaré Philippe Couillard dans sa présentation. « Parce que peu importe la couleur de notre peau, nos croyances ou qui nous aimons, personne ne mérite d’être humilié, diminué ou exclu. » Le premier ministre était accompagné de quatre de ses ministres — Stéphanie Vallée (Justice), Martin Coiteux (Sécurité publique), Geoffrey Kelley (Affaires autochtones) et Lucie Charlebois (Protection de la jeunesse et Santé publique) —, ainsi que du chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, et du grand chef des Cris, Matthew Coon Come.

Les travaux de la commission s’étendront sur deux ans et son enquête portera sur les 15 dernières années. Les audiences auront lieu à Val-d’Or et dans les communautés dont sont issues les femmes qui avaient dénoncé des policiers de la Sûreté du Québec, dénonciations qui avaient fait l’objet de reportages à l’émission Enquête de Radio-Canada à l’automne 2015 et au printemps 2016. Mais la commission pourrait se déplacer dans d’autres régions du Québec. Les audiences seront publiques. Mais elles pourront se tenir parfois à huis clos afin de protéger l’identité de témoins ou des renseignements personnels.

Quant au commissaire Jacques Viens, il a assumé la responsabilité, à la Cour supérieure, du district d’Abitibi pendant plus de 25 ans, qui comprend le territoire du Nunavik.

Philippe Couillard a justifié sa volte-face par le fait que la commission d’enquête fédérale, la Commission d’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, à laquelle son gouvernement s’en remettait, ne pourra pas examiner de façon satisfaisante la situation à Val-d’Or. À la demande de Québec, la commission fédérale avait déjà donné l’assurance qu’elle serait à même de se pencher sur ces événements. Or, dans une lettre datée du 13 décembre, elle affirmait qu’elle ne pouvait « mener une enquête factuelle approfondie ».

Pour Ghislain Picard, cette commission est « une démarche qui sera propre à inspirer confiance ». Il a salué « courage et la détermination » des femmes autochtones qui ont conduit le gouvernement Couillard à accepter de tenir cette commission, ainsi que l’engagement du maire de Val-d’Or, Pierre Corbeil, et de la députée de Québec solidaire Manon Massé.

Le chef de l’APNQL a toutefois souligné qu’il ne fallait pas perdre de vue ce qui a déclenché les événements de Val-d’Or, soit les relations entre les femmes autochtones et les corps policiers. « Nous sommes ouverts au dialogue avec les autorités de la Sûreté du Québec », a-t-il dit, afin de « rétablir une confiance qui n’est plus au rendez-vous ».

« Je vais réitérer ma confiance et mon admiration pour la Sûreté du Québec et les autres corps policiers du Québec », a dit, pour sa part, Philippe Couillard, tout en précisant qu’il n’était pas question de refaire l’enquête judiciaire et policière. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) n’avait d’ailleurs porté aucune accusation contre les policiers basés à Val-d’Or. « J’apprécie que nos partenaires des Premières Nations aient mentionné, eux également, que l’objet ici n’est pas le blâme ou la vengeance », a dit le premier ministre.

Philippe Couillard a dit avoir écouté « avec beaucoup d’attention » les deux femmes chefs de bande qu’il a rencontrées, les chefs algonquines Adrienne Anichinapeo, de Kitcisakik, et Adrienne Jérôme, de Lac-Simon. « J’ai bien ressenti la frustration, les émotions, le sentiment d’insécurité », a-t-il dit.

Adrienne Anichinapeo s’est réjouie de cette annonce. « C’est un pas vers l’avant. On va pouvoir au moins faire la lumière sur nos communautés. Je suis contente. »

Widia Larivière, co-instigatrice du mouvement Idle no more au Québec, a, elle aussi, qualifié l’initiative de « premier pas nécessaire ». Elle a rappelé que le problème de confiance des autochtones existe depuis longtemps. « Ça remonte à très loin. Il est certain que ça va demander du temps et des efforts et que ça ne se fera pas du jour au lendemain », juge-t-elle.

Pour elle, c’est une bonne chose que le gouvernement reconnaisse la nécessité d’une enquête. « Dans les milieux où je travaille, cela fait des années que j’entends des anecdotes d’histoires de mauvais traitements. L’enquête ratisse large. C’est nécessaire parce que tout cela est interrelié », a-t-elle fait valoir.

Pour sa part, l’observatrice indépendante qui avait suivi l’enquête sur les dénonciations des femmes autochtones de Val-d’Or, Me Fannie Lafontaine, a indiqué : « De mon point de vue, la mesure à adopter c’est une consultation réelle. C’est ce que je disais dans mon rapport. Personne ne se parlait. Là, il y a une négociation. C’est un signe encourageant. C’est la chose qui devait être faite. » 

9 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 décembre 2016 06 h 31

    Différent

    «le Québec n’est pas différent d’autres sociétés.»
    Ben... il serait p't'être temps de le devenir différent, en mieux si c'est possible.

    PL

    • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 22 décembre 2016 08 h 52

      Oui, il serait temps, en mieux; au Québec si tu ne fais rien on te critique
      si tu le fait on te critique encore, ça devient redondant, ennuyant et contre
      productif, "il serait p't'être temps de devenir différent"

      JOYEUSES FÊTES.

  • Michel Lebel - Abonné 22 décembre 2016 07 h 14

    Une autre commission...


    Il me semble que gouverner, c'est faire autre chose que lancer des commissions d'enquête! Et il me semble aussi qu'il y a déjà eu plusieurs rapports publics sur la situation autochtone. Bon, un rapport de plus et un autre délai de deux ans.

    Toute cette affaire me semble bien politique, alors que des actions concrètes pourraient déjà être menées. Mais certains aiment bien les ''shows'' de ces commissions d'enquête et les médias en raffolent. Voilà ce est qui est le plus important en cette ère de télé-réalité et de voyeurisme!


    Michel Lebel

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 22 décembre 2016 09 h 09

      Votre commentaire est très juste. Couillard aime bien les "shows" et il joue bien son rôle. COMMISSION INUTILE ET COÛTEUSE ALORS QU'ON PRATIQUE L'AUSTÉRITÉ...

    • André Nadon - Inscrit 22 décembre 2016 10 h 24

      Hé oui! Une autre commission d'enquête qui ne règle absolument pas le fond du problème.
      Depuis la défaite de Pontiac, après la conquête, les autochtones furent parqués dans des réserves et leurs terres spoliées par la Couronne britannique. Le seul gouvernement pouvant changer la donne est le gouvernement fédéral que vous appréciez tant et qui est à l'origine de la Loi sur les Indiens dont l'Afrique du Sud s'est inspirée pour l'apartheid et qui est toujours en vigueur.
      Couillard, un autre admirateur de ce système impérial, ne peut même pas noyer le poisson, soumis lui-même à l'Empire.
      Vous en savez sûrement quelque chose, vous qui avez défendu ce système dit " démocratique" toute votre vie professionnelle.

  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 22 décembre 2016 07 h 43

    Les Commissions Gomery,Bastarache et Charbonneau :

    a quoi ont-elles servies ? Si non a tenter de blanchir les libéraux magouilleurs et redorer leur blason terni.Quand tu atteins le fond du baril,toutes les pirouettes sont permises et bienvenues ,ils ne peuvent pas aller plus bas,alors n'importe quoi pour changer de sujet meme temporairement.
    Joyeux Noel a tous les québécois de bonne volonté.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 22 décembre 2016 09 h 16

      Commissions inutiles et coûteuses. Un moyen d'éviter la réalité et de détourner la responsabilité libérale.

  • Louise Collette - Abonnée 22 décembre 2016 08 h 40

    Bin oui tiens..

    Ça va moins bien pour eux donc <<ils s'ouvrent>> à la critique, je suis tout simplement éblouie !

  • François Doyon - Inscrit 22 décembre 2016 10 h 10

    Et pourtant la communauté...

    Autochtone semble apprécier grandement la décision!
    Alors pourquoi tout ce scepticisme?
    J'admire très sincèrement la résilience de peuple autochtone bafoué depuis plus des siècles par ses conquérants.

    Je dois avoir de leur sang dans les veines. Ce sont eux qui devraient être à la gouverne de notre pays. Les réunions et consultations se feraient plus souvent sans doute, mais les actions suivraient, alors que depuis des lustres, on jase, on étudie et on tablette.
    Sincèrement..Bonne chance à ce peuple extraordinaire.