Les avocats et les notaires défient le gouvernement

Quelque 900 des 1050 juristes grévistes prenaient part à une deuxième assemblée générale extraordinaire depuis le coup d’envoi de la grève générale illimitée, le 24 octobre dernier.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Quelque 900 des 1050 juristes grévistes prenaient part à une deuxième assemblée générale extraordinaire depuis le coup d’envoi de la grève générale illimitée, le 24 octobre dernier.

Les avocats et notaires de l’État québécois (LANEQ) sont déterminés à gagner la guerre d’usure dans laquelle ils sont engagés depuis près de deux mois. Ils ont massivement voté mardi pour la poursuite de la grève générale illimitée, rejetant presque à l’unanimité les dernières offres gouvernementales.

Pas moins de 90 % des quelque 900 juristes présents à l’assemblée générale extraordinaire ont décidé de poursuivre leur débrayage jusqu’à nouvel ordre, quitte à revoir à la baisse leurs indemnités de grève. Devant ce vote décisif, le Conseil du trésor n’aura d’autre choix que de lâcher du lest, est d’avis le porte-parole de LANEQ, François Desroches-Lapointe. « La balle est désormais dans le camp du gouvernement », a-t-il souligné en fin de journée.

Les juristes ont infligé un sévère camouflet au gouvernement libéral, a fait valoir de son côté le président de LANEQ, Jean Denis. « Le gouvernement nous traite avec mépris. […] Il pensait qu’on était pour rentrer à genoux et à plat ventre au travail. Les membres viennent de dire : “non, non », a-t-il dit dans un impromptu de presse.

« Souci d’équité »

Disant être guidé par « un souci d’équité envers toute la fonction publique », le président du Conseil du trésor, Carlos Leitão, a refusé jusqu’ici d’acquiescer à la principale demande des avocats et notaires de la fonction publique et de Revenu Québec. Ceux-ci réclament d’être assujettis à un régime de négociations semblable à celui prévu pour les procureurs aux poursuites criminelles et pénales.

Le gouvernement nous traite avec mépris [...] Il pensait qu'on était pour rentrer à genoux et à plat ventre au travail.

 

LANEQ s’était résigné au cours des dernières semaines à demander la mise sur pied d’un comité de rémunération chargé de faire des recommandations au Bureau de l’Assemblée nationale en cas d’impasse à la table de négociations, plutôt qu’un arbitrage liant les parties patronale et syndicale. « C’est une proposition qui a malheureusement été rejetée du revers la main », a souligné Me Desroches-Lapointe, regrettant de constater que le gouvernement entretient « deux classes distinctes d’avocats » qui ont pourtant « des fonctions vraiment similaires ».

Mise en garde

La presque totalité des juristes (quelque 900 sur 1050 grévistes) s’était déplacée mardi à l’hôtel Château Laurier, à Québec, ou encore à l’hôtel Hyatt Regency, à Montréal, pour prendre part à cette deuxième assemblée générale extraordinaire depuis le coup d’envoi de la grève, le 24 octobre dernier. « Le mépris, ça suffit », a scandé l’un d’eux, le poing levé, se valant les applaudissements de ses confrères et consoeurs. Mais les plus vifs applaudissements ont éclaté lorsque le président de LANEQ, Jean Denis, et d’autres membres de l’exécutif ont pris place.

M. Denis a mis en garde le Conseil du trésor contre les effets d’une grève prolongée des avocats et notaires de la fonction publique et de Revenu Québec, qui menace déjà, selon lui, la « sécurité juridique de l’État ». « La session [parlementaire] risque d’être ultra minceur », a-t-il lancé, tout en promettant à demi-mot de tout faire pour paralyser les processus législatif et réglementaire cet hiver. Même la loi d’exécution du prochain budget Leitão est compromise, a-t-il fait remarquer.

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