Les hommes mieux payés que les femmes

L’écart de rémunération entre directeurs et directrices de cabinet du gouvernement Couillard atteint environ 12 %, en moyenne.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne L’écart de rémunération entre directeurs et directrices de cabinet du gouvernement Couillard atteint environ 12 %, en moyenne.

La cravate est plus utile que la jupe pour obtenir un bon salaire dans un cabinet de ministre.

Car la paye versée aux hommes qui dirigent les cabinets des ministres du gouvernement Couillard est en général bien plus alléchante que celle consentie aux femmes effectuant le même travail.

L’écart de rémunération entre directeurs et directrices de cabinet atteint environ 12 %, en moyenne.

En 2016, le salaire moyen versé aux chefs de cabinet varie de 141 856 $, si on est un homme, à 124 653 $, si on est une femme, un écart de 17 203 $.

 

 

C’est ce qui ressort d’une compilation en fonction des sexes effectuée par La Presse canadienne, à partir du tableau produit en mars par le Conseil exécutif pour l’année financière 2015-2016 et mis à jour pour tenir compte des changements survenus depuis dans les cabinets des ministres Martin Coiteux et Hélène David.

Poste stratégique, le chef de cabinet agit comme bras droit et principal conseiller des ministres et du premier ministre. Le gouvernement actuel en compte 28, soit 15 hommes et 13 femmes. En nombre, l’égalité paraît donc à peu près acquise, mais en argent sonnant, c’est apparemment une autre histoire.

En 2016, selon les règles en vigueur, la personne chargée de diriger un cabinet peut espérer gagner entre 110 000 $ et 145 941 $, un salaire élevé, mais pour un poste politique, donc à statut précaire.

Des 28 chefs de cabinet, 8 figurent au sommet de la pyramide des salaires, soit dans la catégorie des 144 000 $ et plus : 8 hommes, mais aucune femme.

C’est donc dire qu’environ la moitié des chefs de cabinet de sexe masculin (huit sur 15) ont accès aux meilleures conditions salariales disponibles, alors que pas même une seule de leurs collègues féminines n’a droit à ce privilège.

Là comme ailleurs, c’est plutôt au bas de l’échelle salariale qu’on retrouve les femmes. Avec un revenu de 110 000 $, soit le salaire minimum fixé pour ce type d’emploi, on trouve quatre chefs de cabinet : trois femmes (23 %) et un homme (6 %).

 


En fait, la grande majorité des femmes (77 %) exerçant la fonction de bras droit d’un ministre gagnent 130 000 $ ou moins. On ne trouve que 26 % des messieurs dans la même catégorie.

Le « boys’ club »

Dans le milieu politique, au moment de fixer un salaire, la taille du ministère, le nombre d’années d’expérience, mais surtout une bonne dose d’arbitraire — dont le sexe de l’individu — peut faire toute la différence dans le porte-monnaie.

Un exemple parmi d’autres : en février 2015, François Blais devient ministre de l’Éducation. Son directeur de cabinet compte plusieurs années d’expérience. Salaire annuel : 144 000 $.

Un an plus tard, remaniement. Sébastien Proulx passe à l’Éducation, tout en conservant la Famille. Sa directrice de cabinet fait elle aussi partie du personnel politique depuis des années. Mais même si sa tâche, par rapport à son prédécesseur, a augmenté, la paye, elle, a diminué. Salaire annuel : 125 000 $.

Une ancienne directrice de cabinet du gouvernement actuel, qui a demandé l’anonymat, raconte sa surprise quand elle a pris ses fonctions et découvert que son prédécesseur, un homme, gagnait 15 000 $ de plus qu’elle. Insultée, elle a dû frapper à la porte du cabinet du premier ministre pour revendiquer un salaire égal pour un travail égal, ce qu’elle a finalement obtenu. Si elle s’était tue, personne n’aurait levé le petit doigt, selon elle.

« C’est vraiment un boys’ club », où les femmes « n’ont pas beaucoup de place » et surtout pas aux postes décisionnels, stratégiques, raconte cette ex-directrice de cabinet qui a quitté la politique, après plusieurs années dans les cabinets du gouvernement Charest, puis Couillard.

2 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 19 décembre 2016 12 h 12

    Un parti qui n'arrive pas à entrer dans l'ère moderne!

    Ils disent vouloir attirer plus de femmes en politique mais refusent de les payer à salaire égal avec les hommes! Quelle incohérence tout à fait typique de l'idéologie libérale! Que font-ils de la loi sur l'équité salariale? Elle devrait s'appliquer aussi à leur
    personnel. C'est une attitude très "paternaliste" et hautaine envers elles. M. Couillard
    a une attitude rétrograde et décevante encore une fois. Mais doit-on s'étonner?

    • Roxane Bertrand - Abonnée 19 décembre 2016 18 h 21

      Lorsque l'ancienne directrice de cabinet a mordu le mollet de son patron en demandant la même chose...elle l'a eu!

      Je crois davantage que les femmes sont plus conciliantes et moins agressives. Elles suivent les règles de bienséance comme elles se le sont fait enseigner. En politique, il faut être prête à se battre pour ses idées, son partis, sa place....et son salaire.