Bras de fer pour quatre partielles au Québec

Les ministres Carlos Leitão, Dominique Anglade et François Blais ont louangé le bilan économique de leur gouvernement.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les ministres Carlos Leitão, Dominique Anglade et François Blais ont louangé le bilan économique de leur gouvernement.

Test de popularité pour le gouvernement Couillard, premier test électoral pour Jean-François Lisée : les quatre élections partielles qui se tiennent ce lundi au Québec révèlent des tensions entre les quatre grands partis provinciaux. À la veille du vote, le Parti libéral du Québec (PLQ) a dépêché dimanche trois ministres à Montréal pour répéter que les indicateurs économiques sont au beau fixe. Une manoeuvre qui a irrité les partis d’opposition.

« Québec est le champion de l’emploi au Canada », s’est ainsi félicité le ministre des Finances, Carlos Leitão, qui tenait un point de presse en compagnie de ses collègues Dominique Anglade et François Blais. Le trio a multiplié les exemples d’interventions récentes du gouvernement pour « stimuler l’économie du Québec », les exportations et l’intégration des immigrants au marché du travail. Ensemble, ils ont rappelé que le taux de chômage de novembre, à 6,2 %, se retrouve à son plus bas niveau mensuel depuis la création des données officielles, en 1976.

Opportunisme ou coïncidence ?

Cette sortie la veille d’élections partielles par un beau d’un dimanche après-midi, n’est-elle pas opportuniste ? ont demandé les journalistes. « À mon avis, c’est une pure coïncidence, a répondu le ministre Blais. Nous sommes là pour souligner, au bénéfice des Québécois, tout le travail accompli. On entend dire que l’économie ne va pas bien, on parle du chômage, alors qu’on voit bien que le chômage se résorbe. Il faut que les Québécois comprennent que l’économie va bien. Mais il y a des défis très importants. Le défi de la prospérité. Le défi de la productivité et les défis budgétaires. »

Pour le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée, la sortie des libéraux à la veille des élections est « de bonne guerre ». Sauf que le parti au pouvoir devrait faire preuve de retenue avant de s’attribuer les mérites d’un taux de chômage à la baisse, a-t-il nuancé. « Ils se vantent d’une illusion d’optique, a-t-il déclaré au Devoir. Il y a 20 3000 Québécois tellement découragés de la mauvaise tenue de l’économie qu’ils ont arrêté de chercher un emploi, et c’est ce qui a modifié la statistique. » Le bulletin de Statistique Canada en faisait état lors de sa publication vendredi. « À la suite d’une baisse du nombre de personnes à la recherche de travail, le taux de chômage a diminué de 0,6 point de pourcentage pour s’établir à 6,2 % », notait le bureau fédéral.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, en compagnie du candidat péquiste dans Verdun, Richard Langlais

La Coalition avenir Québec (CAQ) a fait une tout autre lecture de la situation. Son porte-parole en matière de finances publiques, François Bonnardel, a évoqué une « opération de relations publiques pour faire diversion ». « Quelle hypocrisie, à 24 heures du vote, a-t-il dit au Devoir. C’est de la poudre aux yeux pour tenter de faire oublier le plus grand scandale immobilier que le Canada a connu, celui de la Société immobilière du Québec, qui a enrichi de multiples amis libéraux sur le dos des contribuables québécois. »

Dans son propre bilan économique, il attribue la baisse du taux de chômage à la baisse de la population active. « Le Québec est la deuxième plus vieille nation au monde après le Japon. […] Le taux de chômage va continuer de baisser puisque de plus en plus de gens prennent leur retraite tandis que de moins en moins de jeunes entrent sur le marché du travail », a-t-il prédit.

Dernière ligne droite avant le vote

À la veille du vote, tant les élus de la CAQ que ceux du PQ se sont montrés enthousiastes. « Verdun, c’est une boîte à surprises. On pense que des conditions font que la victoire est possible », a déclaré Jean-François Lisée, après avoir passé la matinée dans la circonscription laissée vacante par le départ de Jacques Daoust. « Il y a une grande désaffection des électeurs libéraux, qui sont très déçus du gouvernement actuel », a observé le chef péquiste. Reste que la circonscription de Verdun, qui comprend aussi l’île des Soeurs, a toujours voté libéral. Et en vue de la partielle, une alliance PQ-Québec solidaire (QS) a été rejetée par ce dernier parti. Mais si la division du vote progressiste et souverainiste sert les libéraux ce lundi, les membres de QS ne regretteront pas pour autant leur décision, a avancé le député de Mercier, Amir Khadir. « Ce sera au PQ de se mordre les doigts de ne pas avoir profité de son passage au pouvoir pour réformer le mode de scrutin », a-t-il affirmé.

Le PQ confiant dans Saint-Jérôme et Marie-Victorin

Dans Saint-Jérôme, une circonscription qu’a représentée le caquiste Jacques Duchesneau, puis le péquiste Pierre Karl Péladeau, le PQ a de grandes attentes. Dans ce secteur des Laurentides comme dans Marie-Victorin, autrefois représentée par Bernard Drainville, « on a un historique très fort, une équipe très forte », a déclaré Jean-François Lisée.

À la CAQ, François Bonnardel a fait preuve d’une confiance modérée. « Je pense que les Québécois vont envoyer un message au Parti libéral après presque 15 ans de pouvoir. Je pense qu’un point de bascule s’en vient devant nous. Je ne veux pas être trop optimiste, mais je pense que ça va être un moment le fun à regarder », a dit celui qui doit passer la journée de lundi à Verdun.

Les derniers sondages provinciaux ont été profitables à sa formation, qui a perdu Arthabaska lorsque sa députée Sylvie Roy a quitté la CAQ en août 2015 pour siéger comme indépendante. Le 31 juillet 2016, la femme de 51 ans a succombé à une hépatite aiguë. « Oui, un sondage nous mettait devant le Parti québécois et j’espère qu’on va faire le plus de gains», a réagi François Bonnardel.

De son côté, Québec solidaire a dit souhaiter obtenir davantage d’appuis de la part des électeurs. « Des gains, pour nous, c’est une croissance significative », a déclaré Amir Khadir. « J’espère qu’il y aura un message fort contre l’austérité libérale, contre un gouvernement qui a beaucoup fonctionné avec le mensonge », a-t-il ajouté.

Ce lundi, il retournera dans les circonscriptions de Verdun et de Marie-Victorin pour faire campagne. Dans ces deux districts, comme dans Arthabaska et Verdun, un total de 210 000 électeurs pourront voter pour le candidat de leur choix.

Les circonscriptions en un coup d’oeil

Arthabaska

Nombre d’électeurs inscrits : 60 275

À l’élection de 2014, Sylvie Roy (CAQ) a été élue avec 45,49 % des voix

Francophone à 99 %

Revenu moyen de 31 149 $ (contre 36 352 $ au Québec)

Marie-Victorin

Nombre d’électeurs inscrits : 47 264

À l’élection de 2014, Bernard Drainville (PQ) a été élu avec 38,17 % des voix.

Francophone à 90,7 %

Revenu moyen de 30 379 $

Saint-Jérôme

Nombre d’électeurs inscrits : 58 958

À l’élection de 2014, Pierre Karl Péladeau a été élu avec 36,81 % des voix.

Francophone à 97,5 %

Revenu moyen de 31 274 %

Verdun

Nombre d’électeurs inscrits : 49 741

À l’élection de 2014, Jacques Daoust (PLQ) a été élu avec 50,59 % des voix.

Francophone à 67,9 % (24,2 % des électeurs sont anglophones)

Revenu moyen de 44 062 $
7 commentaires
  • Patrick Daganaud - Abonné 5 décembre 2016 02 h 38

    La grisaille libérale transcende !

    Le traficotage des chiffres de l'emploi ne parvient pas à estomper la morosité libérale et ma foi, en regardant la photo, on dirait bien que les ministres ont attrapé la maladie qu'ils inoculent :

    la grisaillite aiguë!

    • Donald Bordeleau - Abonné 5 décembre 2016 22 h 50

      Anglade a l'air de s'ennuyer pour lancer une statistique en l'air sur l'emplois.

      En 2 ans, se sont 200,000 emplois bien payés qui sont disparus au Québec.

      Les emplois créé sont à temps partiel et moins rénumérés.

      Québec doit mettre ses efforts. Il n'y a pas de croissance de la population. Le Québec doit donc miser sur l'exportation, mais aussi sur l'éducation.» C'est par là que passe la création d'emplois de bonne qualité.

  • François Dugal - Inscrit 5 décembre 2016 07 h 39

    Le premier trio

    En cette fin de partie, le "coach" envoie le premier trio écouler les dernières secondes. Il "s'organise" dans son territoire, puis c'est la montée "à l'emporte-pièce", la rondelle se retrouve dans"l'enclave", il lance et ...

  • Yves Petit - Inscrit 5 décembre 2016 08 h 08

    Tous pour le parti des patriotes

    Pourquoi diable un Québécois digne de ce nom voterait-il pour le pire gouvernament que le Québec ait connu depuis 60 ans? Un gouvernement insensible aux besoins primaires des gens, un gouvernement qui se foue de notre langue et de notre culture, un gouvernement qui prend aux pauvres pour enrichir les médecins.

    Quand à la CAQ, nous n'avons tout simplement pas besoin d'un Trompe-Québécois.

    Renouons avec leparti de la fierté et du progrès, le parti québécois, il n'y a aucune possibilité d'erreurs avec ce parti.

  • Gilles Delisle - Abonné 5 décembre 2016 09 h 33

    Les trois mousquetaires de la petite politique

    Ces pauvres personnes apparaissant sur cette photo, ont utilisé des méthodes à la manière de Duplessis et ils le savent. Pas des manières frauduleuses, non, mais des manigances électorales digne de l'époque de Maurice Duplessis. Louanger leur gouvernement à la veille d'élections partielles, c'est déplorable. Ces méthodes , d'une autre époque, ne devraient pas influencer le vote. j'ose croire que les gens sont plus avisés qu'autrefois, face à ces adversaires qui se comportent comme de parfaits crétins.

  • Nicole Delisle - Abonné 5 décembre 2016 10 h 04

    Libéral=Déloyal

    Pourquoi cette sortie juste avant des élections partielles? Ce gouvernement est-il au bord de la panique pour sortir ainsi et penser influer sur le vote? Quand la corruption règne depuis si longtemps au sein d'un tel parti, on a raison d'avoir peur! Alors, une petite " jambette" de travers n'est pas au-dessus de leur capacité! Tant qu'à parler de bilan, ils auraient dû parler du "vrai". Démantèlement agressif de la santé, de l'éducation, des services sociaux, de l'environnement, de l'agriculture, bref de tout ce qui faisait un Québec moderne et progressif! Ça, c'est la vérité que les citoyens voient et vivent tous les jours. J'espère que tous ceux qui vivent les compressions et les vivront encore longtemps s'en souviendront aujourd'hui, jour de vote dans quatre
    circonscriptions! Si les libéraux gagnent, c'est la continuité de la destruction du Québec qui se poursuivra et les citoyens seront encore plus démunis. Alors, cette sortie du trio économique n'est que de la poudre aux yeux pour masquer l'essentiel qui lui est catastrophique!