Fébrilité électorale au PQ et à la CAQ

La perte de Saint-Jérôme serait désastreuse pour le PQ, ce que les stratèges péquistes refusent d’envisager. Jean-François Lisée en serait quitte pour peaufiner sa stratégie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La perte de Saint-Jérôme serait désastreuse pour le PQ, ce que les stratèges péquistes refusent d’envisager. Jean-François Lisée en serait quitte pour peaufiner sa stratégie.

Lundi, quatre élections partielles auront lieu : dans Marie-Victorin et Verdun, où l’issue du scrutin fait peu de doute, et dans Arthabaska et Saint-Jérôme, où un certain suspense persiste. Péquistes et caquistes sont fébriles, tandis que les libéraux sont relaxes, assurés qu’ils sont de ne pas perdre leurs acquis.

Il y a un an et demi, la Coalition avenir Québec avait subi une amère défaite dans la circonscription de Chauveau, qu’avait quittée Gérard Deltell pour se consacrer à ses ambitions fédérales. Le choc avait été dur. François Legault avait expliqué la défaite par la polarisation entre fédéralistes et souverainistes. La candidate Jocelyne Cazin s’était plainte du peu d’appui que Gérard Deltell lui avait manifesté. Des médias aussi : ils avaient relayé le message des libéraux qui l’avaient qualifiée de « parachutée », avait-elle déploré.

Si jamais la CAQ ne réussit pas à l’emporter dans Arthabaska, les caquistes ne blâmeront pas feu Sylvie Roy — ou sa soeur Nathalie Roy, qui s’est rangée du côté des libéraux — mais ils n’en penseront pas moins.

Certes, il y avait quelque chose d’indécent à voir la CAQ, au début de la campagne électorale, se revendiquer de l’héritage de Sylvie Roy, qu’elle avait expulsée du caucus sans trop de ménagement. Sa soeur y est allée d’une lettre dénonçant cette instrumentalisation de la députée décédée l’été dernier. François Legault a dû faire une mise au point, après que les journalistes eurent compris, erronément, semble-t-il, qu’il accusait cette dernière d’avoir été payée par les libéraux pour écrire cette lettre.

Les libéraux ne se sont pas gênés pour exploiter la situation, en embauchant deux attachés politiques de Sylvie Roy. C’est devenu une manie chez eux de débaucher des adversaires. Puis, ils ont accusé les caquistes d’instrumentaliser la députée. Quitte à faire pareil, forcément. « Il fallait que ça arrête », convient-on chez les libéraux.

Dans Arthabaska, c’est aussi une élection pour petits vieux. À quelques reprises, les docteurs Couillard et Barrette sont allés à leur chevet. La participation est faible lors d’élections partielles et ce sont les électeurs plus âgés qui votent le plus.

La santé, un enjeu

Dans chaque camp, on reconnaît que les services de santé sont un enjeu de l’élection ; les libéraux ont d’ailleurs fait des pieds et des mains pour qu’il en soit ainsi. Juste avant le déclenchement des élections, Gaétan Barrette est venu confirmer l’agrandissement de l’urgence de l’Hôtel-Dieu d’Arthabaska, un projet maintes fois promis puis annoncé. Mais que seraient les campagnes électorales sans ce recyclage d’engagements éculés ?

Durant la campagne, Gaétan Barrette est revenu sur une de ses décisions, en donnant le crédit au candidat libéral Luc Dastous. L’Hôtel-Dieu conservera son service de radiologie et on lui fournira même un appareil dernier cri.

À Québec, à la faveur d’une opération de communication sans précédent, Gaétan Barrette avait décidé de remporter la bataille du « manger mou » en se pourléchant les babines devant une platée de CHSLD, pour le bénéfice des caméras. Il voulait river le clou au député de Lévis, François Paradis, qui n’a pas son pareil pour embarrasser le gouvernement avec les problèmes terre à terre de cet électorat édenté, avec les « vraies affaires » d’une population vieillissante. François Paradis exploite un nouveau créneau en politique, que l’on pourrait qualifier de populisme gériatrique.

La corruption est un autre thème qu’exploite la CAQ pour embêter les libéraux. À l’Assemblée nationale, l’incisif Éric Caire est revenu à maintes reprises sur le scandale de la Société immobilière du Québec (SIQ), une histoire ancienne mais qui porte la marque des libéraux. De son côté, Simon Jolin-Barrette cherche à lier Luigi Coretti, l’ex-patron de la firme BCIA accusé de fraude, mais dont le procès a avorté en raison des délais, avec le secrétaire général associé au Conseil exécutif et ancien organisateur libéral, Pietro Perrino.

La CAQ livre une bonne bataille au Parti québécois dans Saint-Jérôme, une circonscription qu’elle a déjà décrochée avec un candidat-vedette, Jacques Duchesneau. La formation de François Legault joue à fond la carte identitaire pour déstabiliser le camp péquiste. Ainsi, la CAQ a lancé une publicité montrant une femme vêtue d’un tchador à côté de clichés de Philippe Couillard et de Jean-François Lisée avec les mentions suivantes : « Couillard et Lisée en faveur du tchador pour les enseignantes dans nos écoles »« Seule la CAQ défend nos valeurs ». Cette publicité fut diffusée dans les médias sociaux mais aussi dans l’hebdomadaire local.

Cet assaut a poussé Jean-François Lisée à présenter à la va-vite le « consensus » identitaire de son caucus il y a deux semaines, une semaine après avoir tendu la main à Québec solidaire, à la veille de son Conseil national. Il s’agit d’une position qui ressemble à celle de la CAQ : interdiction du port des signes religieux pour les agents de l’État exerçant un pouvoir coercitif, comme les juges et les policiers, soit Bouchard-Taylor, plus les enseignants, mais avec un accent mis sur l’inclusion et la diversité. La burqa demeure dans le portrait, puisqu’un comité de parlementaires et d’experts devra se pencher sur son interdiction dans l’espace public.

Dans un point de presse tenu lundi, Véronique Hivon était manifestement mal à l’aise quand Le Devoir lui a demandé ce qu’elle pensait du port de la burqa dans l’espace public : elle n’avait pas d’opinion à exprimer. Mais l’élue s’est ralliée au consensus, s’accrochant aux éléments d’« ouverture » que contient la nouvelle position, à l’instar d’autres députés qui pensent pareillement, comme Alexandre Cloutier et Sylvain Gaudreault, pour ne nommer que ceux-là.

Que ce soit chez les libéraux, les péquistes ou les caquistes, on croit que les quatre élections partielles se solderont par le statu quo. C’est du moins le scénario le plus probable. Les libéraux n’auront pas de mal à conserver Verdun, et les péquistes, Marie-Victorin, tandis que la CAQ remporterait Arthabaska, et le PQ, Saint-Jérôme.

Dans des élections partielles, où la participation est faible, la CAQ est toutefois désavantagée en raison de son organisation anémique et de la composition de son électorat, plus jeune et moins politisé. Perdre Arthabaska serait une gifle pour le parti, mais, avec un résultat très serré, il n’y aurait pas péril en la demeure, rassure-t-on à la CAQ.

En revanche, la perte de Saint-Jérôme serait désastreuse pour le PQ, ce que les stratèges péquistes refusent d’envisager. Jean-François Lisée en serait quitte pour peaufiner sa stratégie. Mais on peut compter sur lui pour le faire si cela s’impose ; c’est sa spécialité.

 

Ce texte fait partie de notre section Perspectives.
4 commentaires
  • Pierre Bernier - Abonné 3 décembre 2016 06 h 55

    Élection partielle

    Effectivement, une élection partielle n'est qu'un test pour les organisations locales des partis politiques.

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 décembre 2016 10 h 34

      Pourquoi « effectivement »? Votre affirmation n'est ni le sujet, ni un propos que l'on retrouve dans l'article.

    • Gilles Théberge - Abonné 3 décembre 2016 13 h 37

      Bonne chance.... Jean-françois!

  • Hélène Gagnon - Abonné 4 décembre 2016 08 h 52

    Un peu plus de respect pour les aînés

    Parlant des résidents en CHSLD, M. Dutrisac utilise deux expressions qui m'ont fait sursauter: "électorat édenté" et "populisme gériatrique". Pourquoi qualifier les résidents en CHSLD "d'électorat édenté"? Il s'agit d'un électorat composé de gens qui toute leur vie ont contribué à la société actuelle et méritent le respect. Je suis moi-même témoin des conditions déplorables dans lesquelles ils vivent au quotidien et des nombreux problèmes vécus qui vont au-delà même de ce que monsieur François Paradis dénonce. C'est bien pire que les changements de protections et les bains... Là encore l'expression "populisme gériatrique" me paraît inappropriée. Soulever les problèves vécus par la population qu'il s'agisse des plus jeunes ou des plus âgés et ce, sans discrimination, cela me paraît être le rôle de l'Assemblée nationale et des médias. Plus de députés et de journalistes devraient s'enquérir de la situation et la dénoncer.

    Hélène Gagnon, abonnée