Immobilier: Québec aurait favorisé les acheteurs avant la SIQ

Philippe Couillard a répété que l’UPAC procède à son enquête et la vérificatrice générale, à son examen. « Tout ça n’est pas en train de se dérouler. C’est des faits qui remontent à de nombreuses années », a-t-il fait valoir.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Philippe Couillard a répété que l’UPAC procède à son enquête et la vérificatrice générale, à son examen. « Tout ça n’est pas en train de se dérouler. C’est des faits qui remontent à de nombreuses années », a-t-il fait valoir.

S’il n’en avait tenu qu’à son conseil d’administration, la Société immobilière du Québec (SIQ) aurait repris les deux immeubles vendus au Groupe Cromwell (George Gantcheff) qui étaient en défaut de paiement, encaissant près de 44 millions déjà versés comme mise de fonds. Mais l’intervention du gouvernement Charest a permis à l’acquéreur de s’en tirer.

C’est ce qui ressort du rapport confidentiel d’expertise juricomptable dont le Parti québécois et la Coalition avenir Québec ont obtenu copie. Mandatée par la nouvelle direction de la SIQ en 2012, la firme Accurancy, après avoir produit un premier rapport, a remis, en 2013, un complément de rapport qui analyse les trois ventes d’immeubles conclues par la SIQ en 2008 de l’immeuble J.-A. Tardif, à Québec, le 500 René-Lévesque, à Montréal, et Place Québec, à Québec. Les deux premiers immeubles ont été vendus à Gantcheff et le troisième, au Consortium Devcorp, dont un des principaux actionnaires était Tony Accurso. Au moment où les soldes étaient dus pour clore les transactions, les deux acquéreurs n’ont pu trouver le financement pour respecter leurs engagements.

D'un point de vue purement financier, récupérer ces immeubles aurait été une bonne décision

 

La SIQ avait obtenu une opinion juridique qui confirmait qu’elle pouvait reprendre les immeubles en gardant les mises de fonds. Sur un prix de vente de 212 millions pour les trois immeubles, la SIQ avait déjà encaissé 53 millions et aurait pu revendre ces propriétés à un prix égal sinon supérieur à ce qu’il avait été entendu avec les acheteurs, souligne le rapport. Les évaluations immobilières les plus récentes montraient même qu’il était possible d’en tirer 45 millions de plus.

« D’un point de vue purement financier, récupérer ces immeubles aurait été une bonne décision », juge Accuracy.

En février 2009, le comité de vérification de la SIQ a d’ailleurs recommandé au conseil d’administration d’exercer les recours légaux pour reprendre les deux immeubles vendus à George Grantcheff. Deux jours plus tard, le CA entérinait cette proposition. Le même type de résolution a été adopté pour Place Québec, relève la firme de juricomptables.

D'un point de vue purement financier, récupérer ces immeubles aurait été une bonne décision

Selon le rapport, il y aurait eu une rencontre entre « le ministre » responsable — il s’agirait de la ministre des Services gouvernementaux, Dominique Vien —, des représentants du Conseil exécutif au nom du premier ministre Jean Charest, et George Grantcheff, afin que l’acquéreur jouisse d’un autre délai.

Finalement, la SIQ obtiendra le solde pour l’immeuble J.-A. Tardif en avril 2009, et celui pour le 500 René-Lévesque en trois versements étalés jusqu’en novembre 2009.

Mentionnons que, selon l’émission Enquête, la vente des trois immeubles avait permis à l’organisateur libéral William Bartlett d’espérer encaisser une commission de 7 millions qu’il avait déposée dans un compte en Autriche. On n’avait pas établi si, comme avec d’autres transactions impliquant des baux signés avec l’État, il avait partagé cette somme avec trois libéraux notoires : Marc-André Fortier, alors p.-d.g. de la SIQ, et les deux collecteurs de fonds Franco Fava et Charles Rondeau. 

Pour le chef du PQ, Jean-François Lisée, c’est « une influence politique qui pousse des administrateurs à agir dans le sens inverse du bien public ». L’Unité permanente anticorruption (UPAC) fait enquête sur les crimes, la vérificatrice générale examinera les transactions et, selon le chef de l’opposition officielle, une commission parlementaire doit se pencher sur l’aspect politique. « Pourquoi était-il si important pour des responsables politiques que M. Gantcheff, et personne d’autre, possède ces immeubles ? » a-t-il demandé à l’Assemblée nationale.

Le chef de la CAQ, François Legault, a accusé le premier ministre d’avoir caché le rapport pour « protéger le Parti libéral ».

Philippe Couillard a répété que l’UPAC procède à son enquête et la vérificatrice générale, à son examen. « Tout ça n’est pas en train de se dérouler. C’est des faits qui remontent à de nombreuses années », a-t-il fait valoir, estimant que le chef caquiste propose « une interférence non justifiée dans une enquête policière ».

De son côté, le ministre des Finances, Carlos Leitão, a répondu dans un point de presse qu’il aurait pris la même décision que la SIQ à l’époque. « En 2008-2009, il y avait la plus grande crise financière de la planète depuis les années 30 », a-t-il avancé en Chambre.

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22 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 30 novembre 2016 02 h 20

    Le destin quelle affaire

    Charest n'était-il pas le moins objectif des premiers ministre, le plus dévoyé des premiers ministre, la plus grande difficulté que nous avons, c'est que nous sommes pas encore arriver a l'épingler,il est sans doute le plus tordu des québécois,surtout qu'au fédérale il a essuyé échec apres échec et que nous sommes alors devenu son bouc émissaire, il s'est esuyé les pieds sur nous comme aucuns premier ministre l'a fait il a meme eu l'effronterie de devenir le président du non, je connais beucoup de pays ou un premier ministre comme ca serait mort depuis longtemps, enfin le destin quelle affaire

  • Patrick Daganaud - Abonné 30 novembre 2016 02 h 42

    Tellement croche

    Comme un ivrogne qui feint de ne pas l'être...

    J'ai un diagnostic de persévérance pathologique pour les libéraux.

    Avec tant de méandres, de collusions, de corruption, comment font-ils pour même faire semblant de marcher droit?

  • Gisèle Filion - Inscrite 30 novembre 2016 07 h 28

    Favoriser pitou , mais minou ?

    Le fait que:

    « En 2008-2009, il y avait la plus grande crise financière de la planète depuis les années 30 »

    semble justifier , selon le ministre des Finances, Carlos Leitão, qu'on ait aidé M. Grandcheff à traverser indemne, cette grande crise.

    Qu'en a-t-il été pour les moins riches, incapables de faire face à leurs obligations, durant cette même crise ?

    Quelles mesures ont été prises pour donner à minou ce qui était bon pour pitou?

    Surtout en ce qui concerne le fait que la reprise d'immeubles aurait profité doublement à toute la société québécoise.

    Le fait d'invoquer la plus grande crise financière de la planète depuis les

    années 30, ne rend pas plus noble ce favoritisme dont M. Grandcheff a largement

    profité.

    Incroyable... pourtant vrai.

  • François Dugal - Inscrit 30 novembre 2016 07 h 58

    La famiglia

    La mansuétude de la grande famille libérale n'est-elle pas admirable?

    • Francois Cossette - Inscrit 30 novembre 2016 10 h 57

      Cette mansuétude devrait être accessible a tous les quebecois specialement pour ceux qui se font harcelé et spolié par revenu québec. Mais on est obligé de constater que ces traitements de faveur apparente l'appartenance politique au plq.

      Encore là on va se faire dire qu'il ne faut pas vivre dans le passé, que c'est devant le DPCP. Mais comme on dit, le passé est garant de l'avenir et pour ce qui est du DPCP, on sait très bien ou il a fait son lit.

    • François Dugal - Inscrit 30 novembre 2016 16 h 15

      Quoi de plus simple pour faire partie de "la grande famille libérale", monsieur Cossette : on prend sa carte de membre et puis voilà, nous accédons au sérail comme par magie.
      N'est-elle pas belle,mal vie dans le "plusse meilleur" pays du monde!

  • Bernard Terreault - Abonné 30 novembre 2016 08 h 00

    On voit de quel côté le coeur de Leitao penche

    Carlos Leitão, plein de sollicitude, aurait pris la même décision que la SIQ à l’époque. « En 2008-2009, il y avait la plus grande crise financière de la planète depuis les années 30 ». Dans une crise il pense à aider d'abord les spéculateurs immobiliers, avec les impôts des petites gens.

    • Gisèle Filion - Inscrite 30 novembre 2016 12 h 36

      C'est bien ça dont il faut se rappeler.
      Ça dit plus que tout ce qu'il pourrait rétroquer. Les faits, en effet, parlent plus que les mots.
      SIQ :Société Immorale Quis'enmetpleinlespoches