Quarante ans du PQ : comment concilier le projet d’indépendance et la prise du pouvoir?

L’ancienne première ministre Pauline Marois a affirmé que le devoir pour un parti politique qui veut faire l’indépendance du Québec est de «pouvoir être aussi capable de gouverner le Québec».
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir L’ancienne première ministre Pauline Marois a affirmé que le devoir pour un parti politique qui veut faire l’indépendance du Québec est de «pouvoir être aussi capable de gouverner le Québec».

En conclusion d’un colloque sur les 40 ans de l’accession du Parti québécois au pouvoir, samedi, à Montréal, le regard a été tourné vers l’avenir de la formation et les constats du plus récent revers électoral en 2014.

Bien sûr, la place que devrait occuper le projet d’indépendance du Québec dans une prochaine campagne a de nouveau été abordée, l’ancienne première ministre du Québec, Pauline Marois, ayant mis la table dans un discours, livré samedi, et publié dans certains médias la veille.

Dans ce discours, Mme Marois estime que le revers électoral s’explique par le refus de s’engager à ne pas tenir de référendum sur l’avenir constitutionnel dans un premier mandat, et par la candidature de Pierre Karl Péladeau — qu’elle qualifie tout de même de « candidature économique exceptionnelle » et « souhaitée » —, qui aurait donné lieu par les adversaires à une « campagne de peur aux caractéristiques référendaires ».

En entrevue, samedi, Mme Marois a dit croire qu’il ne s’agissait pas de « mettre de côté la perspective de la souveraineté », et que cela devrait se faire par les débats, l’expression de la parole, les recherches et les analyses sur la pertinence de l’indépendance.


Gouverner le Québec

L’ancienne première ministre a toutefois ajouté que le devoir pour un parti politique qui veut faire l’indépendance du Québec est de « pouvoir être aussi capable de gouverner le Québec ».

« Le Québec a avancé sous la gouverne du PQ, et on ne peut pas renoncer à cette responsabilité, a dit Mme Marois. […] Le Québec est un des États au monde, et en Amérique en particulier, parmi les plus égalitaires, et ça c’est le résultat de grandes politiques et décisions prises par des gouvernements du PQ. Donc, nous avons un pacte de responsabilité avec les citoyens, c’est d’être capable de, oui, gouverner un État, même quand il est une province, en souhaitant toutefois que ce statut change, et notre autre responsabilité, c’est de travailler au changement de ce statut. »

Certaines voix lors de ce colloque ont fait valoir qu’il fallait en faire plus pour « raviver la flamme », comme Maxime Arseneau, ministre responsable des Îles et ministre de l’Agriculture entre 2001 et 2003, disant que bon nombre de partisans de l’indépendance étaient « croyants, mais non pratiquants ».

La députée et ex-candidate dans la course à la direction du PQ, Martine Ouellet, fait une lecture « complètement différente » du revers de 2014, et a dit croire, samedi, qu’un nombre important de sympathisants du PQ n’avaient pas voté, « justement parce qu’il n’y avait pas d’engagements à réaliser l’indépendance ».

« Quand M. Péladeau a dit que c’était pour faire l’indépendance du Québec qu’il venait en politique, il y a eu une effervescence extraordinaire, jusqu’au jour où le PQ a dit qu’il n’y aurait pas de référendum tant que les Québécois ne seraient pas prêts, et là, la campagne a écrasé jusqu’à la fin », a soutenu Mme Ouellet.

3 commentaires
  • Claude Bariteau - Abonné 20 novembre 2016 08 h 43

    Il y eut plus à ce colloque.

    Ces propos sont de mesdames Marois et Ouellet. Il s'est dit beaucoup plus par des acteurs privilégiés, notamment ce qui a marqué l’entrée en scène de Lévesque, Parizeau et Bouchard.

    Le premier a transformé l’étatisme de la révolution tranquille en gestion à trois (monde des affaires, syndicat et état) et misé sur l’information et une meilleure représentation des citoyens et des citoyennes à l’Assemblée nationale. Après 1980, il dut composer avec la crise économique et, face au refus de modifier le mode de scrutin, il opta pour le « beau risque ».

    Le second, ayant aperçu une fenêtre favorable à l’indépendance (l’ALE et l’entente minimaliste de Meech), revint en politique avec un plan concocté avec une demi douzaine de personnes. Élu en 1994, il l’active. Battu, il démissionne non sans avoir enclenché des mesures sociales-démocrates après avoir intégré la société civile à la gestion à trois.

    Le troisième poursuit cet alignement, sauf le volet indépendance, réalise plusieurs changements structurants. Craignant une autre défaite, il refuse de pousser dans la direction de Parizeau et se retire, déçu de ne pas avoir une majorité en 1998 ni de sentir un vent de contestation contre la loi de clarification (2000).

    L’image suivante ressort : Lévesque croit dans le peuple ; Parizeau le tire et Bouchard s’attend qu’il agisse. Quant aux autres chefs, ils ont tous privilégié la prise du pouvoir en mettant l’indépendance en sourdine.

    De cette image, l’indépendance pour le PQ est l’affaire des parlementaires, non celle des citoyens et des citoyennes. Au cours de ce colloque, ce point, fondamental pour créer un pays, fut à peine évoqué. Si le PQ n’en fait pas l’assise de la prise du pouvoir et de son contrôle par le peuple, les charges du PLQ anéantiront l’élan, y compris celui qui permit l’étatisme des années 1960. Or, c’est ça qui est recherché depuis 1965 par le PLC.

  • Denis Paquette - Abonné 20 novembre 2016 08 h 57

    des lieux pour y mourrir et des lieux pour y vivre

    N'est ce pas quarante ans d'utopies vécus dans la douleur, qui a dit qu'un pays est une cause noble, n'est ce pas un outils au service de quelques individus, les amérindiens ont toujours crus que la terre n"appartenaient a personne, que si des gens s'attachent a certains lopins de terre, c'est instrumentale, que certains y voient des lieux pour y mourir, interessant que la terre soit pour certains un endroit pour mourir plus que pour y vivre, quand j'ai marché les appalaches j'ai vraiment découvert la différence entre les lieux pour y vivre et ceux pour y mourir, l'un était sans limites et l'autre entouré de palissades, les rois pouvaient bien se plaindre de ne pouvoir s'attacher les gens, le contraire aurait pas eu de sens, et a l'encontre de la grande liberté que l'on appelle la vie

  • Raymond Labelle - Abonné 20 novembre 2016 09 h 01

    L'effervesence lors du lever du poing...

    ...était plus grande, en effet, comme le disait Mme Ouellet.

    Un espoir plus grand était né... chez les convaincus qui avaient besoin d'espoir.

    Mais c'est justement cette apparence de possibilité de référendum qui a fait fuir une grande partie des électeurs. Si un homme puissant le veut, ça peut arriver - votons PLQ. Jusque là, la campagne allait assez bien pour le PQ.

    Un vote plus effervescent ne vaut malgré tout qu'une seule voix.