Les solidaires réticents à s’associer de près ou de loin à Lisée

Les coprésidents du parti, Françoise David et Andrés Fontecilla
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les coprésidents du parti, Françoise David et Andrés Fontecilla

Les Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec) risquent l’éclatement. Les membres de Québec solidaire se montrent réticents à élaborer une feuille de route sur les modalités d’accession à l’indépendance du Québec, notamment en compagnie du Parti québécois de Jean-François Lisée.

Les délégués de la formation politique de gauche décideront, ce week-end à Québec, s’ils prennent part aux travaux menés sous l’égide des OUI Québec. « Ça va être “oui” ou “non”. Ça ne peut pas être entre les deux, résume la porte-parole de Québec solidaire, Françoise David, à la veille du 12e Conseil national de QS. À l’interne — et à l’externe aussi —, les gens attendent [notre réponse] depuis un certain temps », ajoute-t-elle, sourire en coin.

L’issue du débat est bien incertaine. « Il y a comme un problème : le Parti québécois a reporté toute visée référendaire après 2022. […] Alors, c’est sûr que je m’attends à ce qu’il y ait des membres qui se disent : “De quoi aller jaser [à la table de concertation des OUI Québec] ?” », souligne Mme David dans un entretien avec Le Devoir.

La promesse de M. Lisée de ne pas tenir de référendum sur l’indépendance du Québec entre 2018 et 2022, mais également le discours « identitaire à la limite dangereux » qu’il a adopté durant la course à la chefferie du PQ dissuadent bon nombre de solidaires de s’associer de près ou de loin au PQ. « Ça va nécessairement teinter les débats de samedi. Ça ne peut pas faire autrement », indique la députée de Gouin.

En revanche, le préjugé favorable affiché par les OUI Québec à l’égard d’une assemblée constituante — au coeur du programme de QS depuis 2009 — milite en faveur de la participation des solidaires à une démarche multipartisane.

Mais, si on le met au pouvoir en 2018, on n’est sûr de rien. Qui est le vrai Jean-François Lisée?

 

Convergences et alliances

Les délégués de QS discuteront aussi ce week-end de l’occasion d’amorcer sans tarder un « chantier de réflexion et d’action » sur « les convergences et les alliances possibles entre Québec solidaire et des mouvements sociaux et politiques ainsi que des partis politiques porteurs d’un projet politique souverainiste inclusif, de valeurs comme la justice sociale, l’égalité entre les hommes et les femmes, le respect de l’environnement, et mettant en avant la réforme du mode de scrutin ».

La désignation d’un candidat « commun » au Parti québécois, à Québec solidaire et au Parti vert dans des fiefs libéraux — comme le suggérait avec insistance Jean-François Lisée en vue de l’élection partielle dans la circonscription de Verdun — sera notamment examinée sous toutes ses coutures. « Verdun, c’était trop tôt. Chez nous, on débat ! » lance la porte-parole de QS.

Chose certaine, Québec solidaire s’allierait à des mouvements ou des partis qui partagent une vision « réellement inclusive » de la souveraineté du Québec et qui sont « prêts à combattre les inégalités sociales et fiscales de façon résolue », insiste Mme David. Un exemple ? « Le mouvement Faut qu’on se parle », qui multiplie actuellement les assemblées de cuisine aux quatre coins du Québec, répond-elle. Et le Parti québécois ? « Si le [PQ] estime qu’il répond à tous ces critères, il va devoir passer de la parole aux actes », poursuit-elle dans une charge contre M. Lisée.

Mme David a été « profondément heurtée » de voir M. Lisée se draper d’un « nationalisme très identitaire » et « faire campagne sur le dos des musulmans » pour remporter la chefferie du PQ. Depuis, c’est le « retour au calme », constate-t-elle. « Mais si on le met au pouvoir en 2018, on n’est sûr de rien. Qui est le vrai Jean-François Lisée ? »

Stratégie pré-électorale

À moins de deux ans du prochain scrutin québécois, QS « place [ses] billes ». « On avance. On avance. On avance », répète Françoise David. Cependant, le parti de gauche fait du surplace dans les intentions de vote. La firme de sondage Léger le crédite de quelque 10 % des intentions de vote depuis mai 2014. « On ne sait jamais quand le sursaut va se faire », lance-t-elle, rappelant qu’il est « improbable » que le Nouveau Parti démocratique (NPD) se voie confier au printemps 2015 les commandes du pouvoir en Alberta. Et pourtant.

30 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 19 novembre 2016 07 h 43

    Sortez le caviar

    Mais ou diantre s'en va notre gauche caviar?

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 novembre 2016 09 h 01

      À François Dugal,

      Le "caviar", comme vous dites, est bien davantage l'affaire du milliardaire à Pierre Karl Péladeau et à la chatelaine millionnaire Pauline Marois.

      - Sortons la démagogie!

      - CM

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 novembre 2016 10 h 46

      trouvez-vous QS trop à droite à votre goût?

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 19 novembre 2016 16 h 10

      @ Montmarquette Elle vient d'où au fait Françoise David?

    • François Dugal - Inscrit 19 novembre 2016 22 h 18

      @Christian Montmarquette,
      La "gauche caviar" est une expression utilisée dans la politique française désignant un parti de gauche qui s'est embourgeoisé.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 novembre 2016 08 h 21

      "Elle vient d'où au fait Françoise David?" - Pierre-Alain Cotnoir

      Quand Françoise David est arrivée à Québec Solidaire, elle venait du groupe communautaire "Au bas de l'échelle" qui défend les droits des simples travailleurs.euses non syndiqués.es, où elle gagnait quarante milles dollar par année.

      Bien loin des millions et des milliards de Marois, PKP et cie!

      Référence :

      "Au bas de l’échelle est un groupe d’éducation populaire et de défense des droits des personnes non syndiquées. Depuis 1975, il offre plusieurs services d’information et de formation sur les droits au travail (congédiement, harcèlement psychologique, pratiques interdites, etc.) et mène des actions politiques afin d’améliorer les droits des travailleuses et travailleurs non syndiqués, particulièrement en ce qui concerne la Loi sur les normes du travail."


      http://www.aubasdelechelle.ca/outils/accueil.html



      .

    • Patrick Boulanger - Abonné 20 novembre 2016 09 h 59

      @ M. Cotnoir

      M. Cotnoir, vous n'êtes pas sans savoir que personne choisi ses parents à la naissance.

  • Maxime Parisotto - Inscrit 19 novembre 2016 08 h 41

    Un sursaut???

    Avec une idéologie aussi obtuse?
    Ils ne peuvent s'allier qu'avec eux mêmes, c'est ça qui arrive quand on pense qu'on a toujours raison!

    10% dans les sondages c'est déjà beaucoup et même surprenant. C'est le parti de la victimisation: les femmes victimes des hommes, les noirs et les autochtones des blancs, les pauvres des riches...

    • Christian Montmarquette - Abonné 19 novembre 2016 09 h 07

      À Maxime Parisotto,

      "Avec une idéologie aussi obtuse? " - Maxime Parisotto

      Je ne vois pas comment on peut-être plus "obtu" qu'avec un parti qui ne milite que pour une seule et même idée depuis 40 ans? Et qui plus est, l'aura éliminée de son programme durant 28 ans en 2022.

      - CM

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 novembre 2016 10 h 53

      « C'est le parti de la victimisation: les femmes victimes des hommes, les noirs et les autochtones des blancs, les pauvres des riches...»?

      Votre formulation est habile. Cela dit, y a-t-il des problèmes, selon vous, par rapport à ce que vous évoquez dans cette citation?

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 19 novembre 2016 19 h 02

      Écoutez M.Montmarquette les arguments de Francoise et les votres sont tellement logiques que ,a la prochaine élection je vais essayer de voter 2 fois ,une fois QS et l'autre le gentil PLQ. Un ou l'autre c'est la meme chose.Et on chante ensemble :O Canada ou Mon pays ce n'est pas un pays,c'est pas important.

  • Nicole Delisle - Abonné 19 novembre 2016 09 h 21

    "On avance, on avance....."

    On a pourtant l'impresssion que ce parti fait du surplace, constamment. Aucun autre parti n'est assez bien pour s'en approcher juste un peu ou même discuter avec eux.
    Ils espèrent tellement avoir une remontée spectaculaire qui arrivera peut-être dans la semaine des quatre jeudis! Mme David négocie toujours sa participation à une réunion des forces souverainistes sous le couvert de la mauvaise fois où avec une réticence évidente. Dommage! Ils n'arriveront à rien de cette façon.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 novembre 2016 17 h 54

      À Nicole Delisle,

      "Aucun autre parti n'est assez bien pour s'en approcher juste un peu ou même discuter avec eux." -Nicole Delisle

      C'est faux.

      Il y a déjà eu un échange de bons procédés entre Québec Solidaire et Option nationale.

      Par contre, c'est avec une ex-ministre libérale ultra-fédéraliste que le PQ a choisi de faire alliance en ne présentant pas de candidat contre Fatima Houda-Pepin dans La Pinière en 2014.

      Christian Montmarquette

      Références:

      "Pas de candidat péquiste contre Fatima Houda-Pepin" - Radio-Canada, 14 mars 2014.

      "Québec solidaire et Option nationale concluent un pacte de non-agression- Radio-Canada - 25 juillet 2012.

      Extrait :

      "Québec solidaire ne présentera pas de candidat dans Nicolet-Bécancour, où tentera de se faire élire M. Aussant, et dans Gouin, c'est Option nationale qui ne présentera pas de candidat pour laisser la voie libre à Mme David."



      .

  • Robert Bernier - Abonné 19 novembre 2016 10 h 30

    Les OUI ont-ils déjà échoué?

    J'étais présent lors du lancement des OUI il y a quelques années à Montréal. Dans un des ateliers, j'ai vu se dérouler exactement ce que l'idée des OUI me semblait pourtant vouloir empêcher. J'ai vu des gens arriver avec déjà leur "projet de société" bien ficelé. Et il s'agissait bien évidemment d'un Québec communautaire, pas mal du genre de ce que QS souhaite. Et, pour plusieurs, c'était: pas question d'indépendance du Québec si je n'ai pas la garantie que mon projet de société s'y réalisera.

    Un participant plutôt âgé était alors intervenu pour rappeler à chacun que la question n'est pas de savoir si on veut un peu plus de ceci ou de cela au Québec, la question, la seule, est de savoir si on veut que ces discussions et décisions se tiennent à Ottawa ou à Québec.

    Ces discussions à l'effet de savoir si QS ou PQ ou ON vont participer aux OUI me semble être la preuve que les OUI ont déjà échoué, ce que j'avais déjà subodoré au premier jour des OUI.

    L'idée était de retirer le projet de souveraineté des mains des partis politiques, et ainsi faire en sorte que les élections provinciales cessent d'être constamment détournées par la question nationale, donnant ainsi à chaque fois au PLQ la certitude d'en sortir gagnant sans avoir à défendre son bilan de gouvernance entaché de corruption.

    Mais il semble bien que le village gaulois est destiné à demeurer un lieu de pagaille et de joutes rhétoriques. Consternant.

    Robert Bernier
    Mirabel

    • Michel Thériault - Abonné 20 novembre 2016 09 h 03

      "Mais il semble bien que le village gaulois est destiné à demeurer un lieu de pagaille et de joutes rhétoriques. Consternant."

      En effet, M. Bernier. J'ose même avancer que les politiciens sont tous pareils ; tout ce qu'ils veulent c'est le "pouvoir".
      La cause du Québec ? Bof.

    • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 20 novembre 2016 09 h 04

      "J'ai vu des gens arriver avec déjà leur "projet de société" bien ficelé. Et il s'agissait bien évidemment d'un Québec communautaire, pas mal du genre de ce que QS souhaite. Et, pour plusieurs, c'était: pas question d'indépendance du Québec si je n'ai pas la garantie que mon projet de société s'y réalisera". (Robert Bernier)

      Vous touchez là le noeud du problème et ce problème est né de la jonction en 2006 d'Option citoyenne et des partis de la gauche radicale, pour ne pas dire extrémiste, communiste et/ou anarchiste.

      "En réflexion", il est plus que probable qu'à 70 ans, Mme David ne se présentera pas aux prochaines élections de 2018. D'ici là Mme David ne tient absolument pas être de celle qui fera imploser QS après avoir milité pour une unification avec l'UFP. Quant à M. Khadir, il a déjà affirmé vouloir quitter QS, en autant qu'il y ait une solide relève.

      Et la relève à QS elle est où pour l'instant? Sûrement pas du côté de la députée Massé, excellente soi-dit en passant pour représenter les démunis, et certainement pas chez M. Andrés Fontecilla, chilien d'origine, qui n'a certes pas l'entregent et le dynamisme nécessaires pour la fonction.

      Reste la possible candidature de Gabriel Nadeau-Dubois. M. Dubois a déjà fait ses preuves lors des émeutes du printemps érable de 2012, nul doute que l'on "travaille" en sous-main pour qu'il accepte, ou pas, la direction de QS d'ici quelques années.

  • Lucien Cimon - Inscrit 19 novembre 2016 10 h 57

    Notre ratiocineuse nationale à la recherche d'arguments pour continuer à aider les libéraux à se maintenir au pouvoir en se disant plus progressiste que les progressistes et plus indépendantiste que les indépendantistes. Tartuffe aussi avait ce genre d'excès de vertu.
    On dirait que c'est sa petite soeur Hélène qui a rédigé son argumentaire.

    • Christian Montmarquette - Abonné 20 novembre 2016 17 h 40

      À Lucien Cimon,

      "Notre ratiocineuse nationale à la recherche d'arguments pour continuer à aider les libéraux à se maintenir au pouvoir.." - Lucien Cimon


      Pour votre petite information personnelle...

      D'autres partis que le PQ ont le droit d"exister en démocratie Lucien Cimon.

      D'ailleurs, ce "N'EST PAS" la décision de Françoise David de refuser de s'associer avec le PQ. Mais la décision démocratique non pas de UN, mais de "TROIS" Congrès de QS.

      Et avouons que, sans référendum au programme pour plus de 28 ans en 2022.. Comme Tartuffes.. Les péquistes sont difficiles à battre.

      Christian Montmarquette