Le monde change, les Entretiens aussi

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le quartier Confluence se situe sur la presqu’île de Lyon (France), proche de la confluence du Rhône et de la Saône. Voué depuis toujours aux activités industrielles, portuaires et au marché de gros, ce quartier a radicalement avec l’ouverture d’un musée, la construction d’immeubles d’habitation et le prolongement des lignes de transport en commun.
Photo: Photos Visucrea Le quartier Confluence se situe sur la presqu’île de Lyon (France), proche de la confluence du Rhône et de la Saône. Voué depuis toujours aux activités industrielles, portuaires et au marché de gros, ce quartier a radicalement avec l’ouverture d’un musée, la construction d’immeubles d’habitation et le prolongement des lignes de transport en commun.

Ce texte fait partie du cahier spécial Francophonie

Jusque-là très centrée sur les échanges entre chercheurs, la mission des Entretiens Jacques Cartier s’est transformée ces deux dernières années afin de répondre plus concrètement aux grandes problématiques qui traversent aujourd’hui la société. Selon l’ex-premier ministre du Québec Pierre Marc Johnson, aujourd’hui président du Centre Jacques Cartier, il s’agit tout simplement de gagner en pertinence.

« Le monde dans lequel nous vivons a beaucoup changé, les problématiques sociales ont évolué, de nouveaux modes culturels ont émergé, principalement du fait de la nouvelle économie, explique Me Johnson. Les Entretiens Jacques Cartier se devaient d’en tenir compte pour rester pertinents. C’est pourquoi nous avons plus de conférences qui traitent des nouvelles technologies, du numérique, de l’entrepreneuriat, de l’économie. Avec une présence toujours très grande des acteurs universitaires, mais une présence aussi de plus en plus grande des acteurs institutionnels et des acteurs du privé. »

Changer de cap

Pierre Marc Johnson admet bien volontiers que durant leurs vingt-sept premières années, les Entretiens Jacques Cartier ont toujours été de très haute facture, avec aussi de grandes réunions, de grandes réceptions. Mais il assume que le moment était venu de changer de cap afin d’aller chercher des intervenants et un public ailleurs que parmi l’élite universitaire. Et ce, afin de pouvoir débattre de manière moins théorique, avec un meilleur ancrage sur le terrain.

« Il est très important que l’université demeure un espace de recherche fondamentale avec une partie des chercheurs qui n’auraient d’autre mission que de faire avancer la connaissance, convient l’ex-premier ministre du Québec. Mais nous vivons une époque de transformation radicale de l’économie et de nos modes de vie. Ces changements surviennent avec une rapidité déconcertante. Le numérique, les mégadonnées, les algorithmes envahissent nos vies. Les universités peuvent contribuer à trouver des solutions, mais elles ne peuvent le faire seules. C’est pourquoi il nous apparaît important que toutes les sphères de la société se rencontrent pour échanger leurs points de vue. »

S’ancrer dans le réel

Premier exemple, la santé. Les prochains Entretiens consacreront de nombreux colloques à ce secteur. L’innovation sera au coeur des débats, mais sans jamais perdre de vue la relation avec le patient.

« On va discuter de la manière dont les hôpitaux peuvent et doivent s’adapter à l’avènement de la santé personnalisée, explique Me Jonhson. Il sera question de la problématique des territoires dans le domaine de la santé publique. Quelles sont les réorientations des systèmes de santé publique en fonction de ce qui se passe dans les différents territoires ? Nous allons aussi parler de l’utilisation du numérique, de la réalité virtuelle, qu’elle soit cognitive ou motrice, et des “jeux sérieux” comme outil de réadaptation. On voit qu’on reste dans des sujets de pointe et, qu’en même temps, on répond à des besoins qui sont nouveaux. »

Besoins nouveaux, réponses nouvelles, donc. Comme ce marathon de programmation (hackathon) en santé, qui permettra à des chercheurs à la fois au Québec et en Auvergne-Rhône-Alpes de réfléchir, via Internet, à des problèmes qui leur seront soumis en direct.

« Quelqu’un qui gère une urgence et qui a des problèmes particuliers pourra soumettre son problème, les chercheurs de part et d’autre de l’Atlantique pourront réfléchir ensemble à des solutions, explique Me Johnson. Ce n’est pas une conférence, c’est une réunion d’experts à travers le monde. »

Cette volonté d’ancrer les discussions dans le réel, dans le quotidien des gens, traversera tous les événements de ces 29e Entretiens Jacques Cartier. Dans le domaine de l’urbanisme, il sera question de villes intelligentes. La laïcité sera au coeur d’un colloque, mais on se questionnera sur la manière de gérer le fait religieux dans l’entreprise. On parlera finance, mais plus précisément de technologies financières. Les médias et la culture feront partie des thématiques abordées, mais sous l’angle de l’impact des algorithmes dans l’économie de cette industrie.

« L’entrepreneuriat sera également au coeur des préoccupations, souligne le président du Centre Jacques Cartier. Éric Fournier, associé chez Moment Factory, donnera une classe de maître. Alexandre Taillefer sera également parmi nous. Car nous souhaitons également que ces Entretiens deviennent un lieu incontournable de réseautage. »

Libre-échange

Et au coeur de ce réseautage cette année, on trouvera le tout nouvel accord de libre-échange entre l’Europe et le Canada, qui sera finalement approuvé par le Parlement européen à la mi-décembre. Avec un autre ex-premier ministre du Québec, Jean Charest, Pierre Marc Johnson en a été l’un des principaux négociateurs pour le Canada, et c’est fort logiquement que plusieurs événements autour de sa mise en oeuvre seront organisés à Lyon.

« Il y a un colloque auquel participeront une quinzaine d’avocats spécialisés en droit commercial international, précise-t-il. Mon rôle à moi sera de situer le contexte de cet accord, mais il y aura des spécialistes de la mobilité de la main-d’oeuvre, des spécialistes des règles d’origine concernant les produits, etc. Et puis, il y a toute la partie investissements. Pour les gens qui sont intéressés à exporter, à innover ou à trouver des partenariats, il y aura matière à discuter à Lyon. Il y aura des opportunités à saisir. »

Me Johnson souligne par ailleurs que le Québec et la région Auvergne-Rhône-Alpes ont des écosystèmes économiques qui se ressemblent à certains égards. Il y a notamment à Lyon comme à Montréal une industrie pharmaceutique très forte et des éléments importants de l’industrie aérospatiale.

« Il y aura d’ailleurs un colloque sur l’aérospatial, ajoute-t-il. C’est important d’établir les innovations en développement parce qu’elles peuvent mener à des partenariats et parce que dans le cadre de l’accord de libre-échange, des investisseurs cherchent des occasions. En réalité, cet accord a de grandes chances de ressurgir dans bien des conférences. Et c’est ce genre de choses que nous cherchons à faire aujourd’hui avec les Entretiens. La France et le Québec ont besoin de nouveaux marchés. Nous avons une langue commune, une culture commune, des affinités de toutes sortes. Il est logique qu’un rapprochement s’opère et nous souhaitons nous y coller le plus possible. »