Niqab et burqa aux examens de la SAAQ: Couillard se rallie à ses ministres

<p>Le premier ministre n’avait d’abord pas écarté clairement mardi la possibilité que des apprenties conductrices puissent passer l’examen pratique du permis de conduire avec un voile intégral. La SAAQ permet déjà cette pratique.</p>
Photo: David Afriat Le Devoir

Le premier ministre n’avait d’abord pas écarté clairement mardi la possibilité que des apprenties conductrices puissent passer l’examen pratique du permis de conduire avec un voile intégral. La SAAQ permet déjà cette pratique.

Après avoir dit oui mardi à la burqa et au niqab aux examens pratiques de la Société de l’assurance-automobile du Québec (SAAQ), Philippe Couillard se rallie à ses ministres : les services publics devront être donnés et reçus à visage découvert en vertu du projet de loi 62.

Le premier ministre n’avait d’abord pas écarté clairement mardi la possibilité que des apprenties conductrices puissent passer l’examen pratique du permis de conduire avec un voile intégral. La SAAQ permet déjà cette pratique.

Cependant, son ministre des Transports, Laurent Lessard, affirmait pour sa part mardi que l’examen théorique et pratique de la SAAQ devrait être passé à visage découvert en vertu du projet de loi, tandis que sa ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, soutenait que la prestation de services et la réception de services se feraient à visage découvert conformément à ce texte législatif.

 
Contradictions 

Mercredi, en point de presse à la Conférence des Nations unies (ONU) sur les changements climatiques à Marrakech, au Maroc, le premier ministre a affirmé à plusieurs reprises que les services publics seraient donnés et reçus à visage découvert.

« En fait, il n’y a aucune contradiction, on dit exactement la même chose, les services publics seront donnés et reçus à visage découvert », a-t-il assuré.

Quand des journalistes lui ont redemandé si la SAAQ allait donc interdire le port de la burqa et du niqab après l’adoption du projet de loi, il a répondu : « Si c’est un service public. »

Dans les faits, le projet de loi 62 garantit la prestation et la réception de services à visage découvert, mais il permet également des exceptions, des accommodements raisonnables, ce qui, selon certains intervenants qui ont comparu en commission parlementaire, ouvre la porte au tchador, à la burqa et au niqab dans les services publics.

Mardi, le premier ministre avait été invité plusieurs fois à préciser sa pensée sur la situation actuelle à la SAAQ et l’effet du projet de loi 62 une fois adopté. Il avait alors mis l’accent sur le cas par cas.

« Il faut voir ces situations exactement. […] Ce qu’il faut faire, c’est encadrer les accommodements et gérer cette question du visage découvert. C’est tout ce qu’il est nécessaire de faire, pas besoin d’en faire plus pour bien vivre au Québec et vivre en harmonie. »

Soulignons que le principe du projet de loi 62 a été adopté mardi à l’Assemblée nationale, avec l’appui de l’opposition officielle péquiste, qui estime que cette pièce législative, malgré ses énormes carences, représente un pas minimal dans la bonne direction.

Retour exigé
À Québec, mercredi matin, le chef caquiste François Legault a vu dans ces contradictions apparentes le signe que M. Couillard doit rentrer rapidement afin de reprendre le contrôle du message du gouvernement.

« Je pense que trois jours, c’est assez, au soleil, a-t-il dit. Il serait temps que M. Couillard revienne ici, au Québec, surtout avec la débandade qu’on voit dans son équipe ministérielle. »

Selon M. Legault, M. Couillard peut abréger son voyage au Maroc étant donné que la ministre fédérale de l’Environnement, Catherine McKenna, est à Marrakech. « Je pense que trois jours, c’est assez surtout que ce n’est pas lui qui négocie ça, c’est la ministre fédérale », a-t-il dit.
 

10 commentaires
  • Sylvain Bolduc - Inscrit 16 novembre 2016 09 h 34

    C'est clair et limpide

    Quel gouvernement!

    On ne peut pas dire que les valeurs libérales et la ligne de parti font partis intégrantes de ce gouvernement. Au jour le jour au goût du jour en autant que ça rapporte dans l'urne ou dans le coffre du fond...

  • Yvon Bureau - Abonné 16 novembre 2016 09 h 48

    Fiction


    Une ministre du Parti libéral du Québec se convertit à la religion musulmane, genre radical.

    Elle demande de circuler et de siéger à l'ANQ habillée de la tête au pied, des doigts aux orteils, en noir extrême. Cela sera permis? Et son visage. Quelle partie de son visage pourra-t-elle cacher?

    Laïcité, ô Laïcité,
    totale laïcité, ô totale laïcité, que de paix sociale tu nous donnerais...

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 novembre 2016 11 h 48

    Reportage

    J'ai vu dans un reportage une dame de Turquie réactionnaire conduisant une auto, en défi à son interdiction, le visage découvert. Il m'est tout à fait étrange que la «réaction» ici soit de conduire le visage caché. Le même combat amène à des actions contradictoires, trouvez pas ? Il me semble que la mode persiste d'être «contre», contre «quoi» importe peu, «contre» semble se suffire à lui-même. Il est tout à fait possible que la définition du «soi» doive en ces temps-ci aussi s'opérer par la distinction des autres, de «marquer» notre différence individuelle.
    Dans cette masse humaine sort encore un cri de la personne qui hurle «J'existe», le moyen de l'exprimer est secondaire. Quand j'étais jeune (il y a longtemps) le port du jean dénotait ce désir de s'affirmer différent, jusqu'au jour où il fut la mode. À partir de ce moment, il devint insignifiant.
    Mais le désir de s’affirmer, de sortir du tout anonyme, persiste.

    PL

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 16 novembre 2016 12 h 06

    L'implicite...


    Une nuance de taille, sournoise et dissimulatrice fut ajoutée, qui vient contredire la ministre Vallée, en rendant inefficace l'article portant sur la section II, "Services à visage découvert" que M. Couillard semble très bien connaître.

    Il était écrit dans le projet de loi no 60 présenté par Bernard Drainville en 2013 à l'article 7 paragraphe 2 que: "Lorsqu’un accommodement est demandé, l’organisme public DOIT [c'est moi qui souligne] le refuser si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient.

    Le même paragraphe est modifié sous le projet 62 de la ministre Vallée présenté en 2015 à l'article 9 paragraphe 3 où il est écrit: "Un accommodement qui implique un aménagement à l’une ou l’autre de ces règles est POSSIBLE [bis] mais doit être refusé si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient"

    La nuance est quasi imperceptible mais elle ouvre, telle quelle, la porte grande ouverte à des exceptions interminables, injustifiables, arbitraires et infondées.

  • Nadia Alexan - Abonnée 16 novembre 2016 12 h 06

    Ça suffit l'ignorance et l'obscurantisme!

    En permettant les services publics à visage couvert, le gouvernement est en train de justifier l'injustifiable avec des vêtements anachroniques du 7e siècle. Ça suffit l'ignorance et l'obscurantisme des intégristes avec la bénédiction de nos gouvernements.