Couillard et Vallée se contredisent sur le port de la burqa et du niqab

«Le Journal de Québec» a révélé que des musulmanes avaient pu passer l’examen de conduite de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) vêtues d’une burqa ou d’un niqab.
Photo: Bernard Loubinoux Agence France-Presse «Le Journal de Québec» a révélé que des musulmanes avaient pu passer l’examen de conduite de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) vêtues d’une burqa ou d’un niqab.

La distance y est peut-être pour quelque chose, mais le premier ministre Philippe Couillard et la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, se sont contredits relativement à la possibilité de recevoir des services de l’État le visage couvert par une burqa ou un niqab une fois que sera adopté le projet de loi 62 censé éliminer cette possibilité.

À Marrakech où il participe à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques, Philippe Couillard a indiqué que pourraient être possibles des exceptions à la règle qui veut que les services publics soient fournis et reçus le visage découvert, a rapporté Le Journal de Québec. Le quotidien a révélé que des musulmanes avaient pu passer l’examen de conduite de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) vêtues d’une burqa ou d’un niqab. Le premier ministre a également cité l’exemple du réseau de la santé, où une femme dont le visage serait couvert ne pourrait être privée de l’accès à un médecin.

Pas d’échappatoire

Mais Stéphanie Vallée a soutenu au Parlement qu’avec le projet de loi 62, « c’est très clair, que la prestation de services et la réception de services, c’est à visage découvert ».

« Il n’y a pas d’échappatoire comme le brandissent les oppositions », a affirmé la ministre Vallée.

À l’Assemblée nationale, la porte-parole péquiste en matière de laïcité, Agnès Maltais, estime que le premier ministre a compris la même chose que l’opposition. « Dans les faits, l’exception est tellement large à son projet de loi qu’elle rend totalement inutile, totalement nulle, l’interdiction », a-t-elle dit.

Son homologue de la Coalition avenir Québec, Nathalie Roy, a abondé dans ce sens. « Ce que la ministre refuse de faire, c’est de l’avouer. Effectivement, on pourra passer l’examen de conduite avec le visage couvert si on fait cette demande d’accommodement. Et ça, c’est inacceptable pour nous. On n’est pas en Arabie saoudite », a dénoncé l’élue caquiste.

L’article 9 du projet de loi 62, qui prévoit cette obligation du visage découvert, stipule également qu’un accommodement est possible, « mais doit être refusé si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient ».

Mardi, les députés péquistes ont voté avec les élus libéraux pour l’adoption de principe du projet de loi 62. Les caquistes ont voté contre, alors que les solidaires se sont abstenus. Le projet de loi passe maintenant à l’étape de l’étude détaillée et à la présentation des amendements.


 
1 commentaire
  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 16 novembre 2016 09 h 34

    Il y a bel et bien une échappatoire...

    Une nuance de taille, insidieuse et dissimulatrice fut ajoutée, qui vient contredire la ministre Vallée, en rendant inefficace l'article portant sur la section II, "Services à visage découvert" que M. Couillard semble très bien connaître.

    Il était écrit dans le projet de loi no 60 présenté par Bernard Drainville en 2013 à l'article 7 paragraphe 2 que: "Lorsqu’un accommodement est demandé, l’organisme public DOIT [c'est moi qui souligne] le refuser si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient.

    Le même paragraphe est modifié sous le projet 62 de la ministre Vallée présenté en 2015 à l'article 9 paragraphe 3 où il est écrit: "Un accommodement qui implique un aménagement à l’une ou l’autre de ces règles est POSSIBLE [bis] mais doit être refusé si, compte tenu du contexte, des motifs portant sur la sécurité, l’identification ou le niveau de communication requis le justifient"

    La nuance est sournoise mais elle ouvre la porte grande ouverte à des exceptions interminables, injustifiables, arbitraires, capricieuses et infondés.