Un projet de quartier résidentiel musulman sème la controverse

« Je ne veux pas une communauté où on va avoir des gens saouls qui conduisent et qui tuent des gens. Dans l’islam, l’alcool est interdit. Mais je n’ai pas l’intention d’imposer mes valeurs », a expliqué le promoteur Nabil Warda.
Photo: iStock « Je ne veux pas une communauté où on va avoir des gens saouls qui conduisent et qui tuent des gens. Dans l’islam, l’alcool est interdit. Mais je n’ai pas l’intention d’imposer mes valeurs », a expliqué le promoteur Nabil Warda.

L’instigateur d’un projet de quartier résidentiel musulman près de Brossard, Nabil Warda, a dû se défendre lundi de vouloir créer un ghetto, tandis qu’à Québec, le gouvernement s’est empêtré dans des déclarations contradictoires au sujet de cette proposition inusitée.

En matinée, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a d’abord déclaré à Radio-Canada que « de prime abord », il ne voyait « aucun problème » avec le projet de M. Warda. Avec d’autres fidèles du Centre communautaire islamique de Brossard, ce dernier souhaite acheter un terrain afin d’y bâtir des dizaines de maisons qui seraient vraisemblablement destinées aux familles musulmanes.

« Le fait que des communautés choisissent un quartier, bien regardez le Québec au complet, où il y a des communautés : c’est quelque chose qu’on voit naturellement, peu importe la communauté », a déclaré le ministre Barrette. « Je n’ai jamais vu, moi, personne critiquer l’existence du quartier chinois à Montréal », a-t-il aussi illustré.

À l’Assemblée nationale, le ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire, Martin Coiteux, a plutôt plaidé pour la mixité des quartiers. « Ça n’aurait pas de bon sens d’empêcher des gens d’acheter un logement dans un complexe en développement en fonction de la religion qu’ils ont. Il faut que ce soit ouvert à tous », a-t-il tranché. Sans s’avancer sur les outils législatifs ou ministériels qui pourraient lui permettre de freiner un tel projet, le ministre a laissé entendre que la Ville de Brossard aurait à intervenir si ce quartier venait à voir le jour. « Si c’est un projet qui exclut des personnes, techniquement il n’est pas acceptable. […] Les autorités locales ont un rôle à jouer là-dedans, mais moi, j’établis des principes très clairs », a-t-il déclaré.

Pas de ghetto, selon Nabil Warda

En entrevue au Devoir, Nabil Warda a défendu son projet en évoquant les « économies d’échelle » dont pourraient bénéficier les nouveaux propriétaires. Il a aussi affirmé être à la recherche d’ententes avec des banques qui pourraient faire des « prix islamiques », comme il les a appelés. En clair, le comptable tente de trouver des méthodes de paiement qui pourraient permettre aux musulmans d’accéder à la propriété sans contrevenir aux diktats de l’islam, qui interdit le paiement d’intérêts. « Je veux faire une communauté où les valeurs du vivre ensemble vont être respectées », a-t-il aussi déclaré, en admettant que les résidants de cette communauté, musulmans ou pas, auraient à respecter certains critères, qu’il n’a pas encore établis. « Je ne veux pas une communauté où on va avoir des gens saouls qui conduisent et qui tuent des gens. Dans l’islam, l’alcool est interdit, a-t-il rappelé. Mais je n’ai pas l’intention d’imposer mes valeurs », a-t-il ensuite nuancé.


Le projet condamné par l’opposition

Dans les partis d’opposition, l’idée de Nabil Warda a été unanimement condamnée. « Il ne peut pas y avoir de discrimination au logement sur la base d’une religion. C’est absolument inadmissible. On a une Charte des droits et libertés qui protège justement le droit qu’on puisse discriminer des locataires sur des bases comme ça », a réagi la porte-parole de l’opposition officielle en matière de laïcité, Agnès Maltais.

« Il est impensable de laisser une partie de la population vivre complètement en marge de notre société, au nom d’une religion. Ce projet va à l’encontre de tous les principes d’intégration des immigrants », a aussi déclaré la députée caquiste Nathalie Roy. Chez Québec solidaire, la députée Françoise David a insisté sur l’importance des interactions ; un facteur clé dans l’intégration, à son avis. « La mixité permet de créer des ponts entre les communautés. Il faut rassembler plutôt que diviser », a-t-elle soutenu.

Avec Isabelle Porter

22 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 15 novembre 2016 03 h 32

    Ha! les moeurs , quelles affaires

    Un ghetto musulman et pourquoi pas la charia, voila la politique de Bouchard Tailor a son meilleur, et quoi d'autres devrons nous accepter et avec un sourire, je viens de comprendre pourquoi Justin veut légaliser la sodomie, tant qu'a se faire dominer, pourquoi pas par arrière, il parait que c'est une tres vielle tradition en notre pays c'est ce que les amérindiens ont decouverts lorsque Maisonneuve est venu a Montreal eux qui voulaient lui offrir leurs filles, ont étés decus, il semblerait qu'il a préféré la tente des garcons, mais je pense qu'il a quand meme accepté les filles,car quand les anglais nous ont conquis, il y avait les trois orphelines de Maissonneuve dont les anglais ne savaient pas comment en disposer

    • Jean-Pierre Martel - Abonné 15 novembre 2016 10 h 23

      M. Paquette, nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Mais si vous songez à faire carrière à titre d'historien, renoncez-y. Vos potins historiques basés sur des élucubrations pourraient faire des romans très populaires, mais pas des livres d'histoire sérieux. Désolé.

    • Andrée Phoénix-Baril - Abonnée 15 novembre 2016 10 h 33

      "La modération a bien meilleur goût" Bonne journée

      Andrée P.B.

    • Michel Bouchard - Abonné 15 novembre 2016 11 h 37

      Vous savez bien que le ministre de la santé, M.Barette, veut le vote des musulmans et se faire réélire dans sa circonscription.

      Si cela était accepté par la population, pourquoi ne pas avoir de ghetto( ou d'arrondissement) de LGBT(lesbiennes, gay, bi-sexuelle, et transgenres) de catholiques, protestants, juifs, athées, bouddhistes, raélliens etc... ?

      Ces ghettos pourront imposer, à leur guise, leur propre politiques, lois et tribunaux. Les citoyens qui devront faire face aux tribunaux de ces ghettos n'auront qu'à ne pas se trouver sur leur territoire.

  • Maryse Veilleux - Abonnée 15 novembre 2016 06 h 14

    Point divergent

    Ce qui stimule mon attitude de prime abord réfractaire est la notion de ghetto et même si monsieur Warda a toutes les bonnes intentions du monde, la mentalité qui y serait présente peut changer s'il n'est plus là ou pour d'autres facteurs.

  • Ghyslain Bolduc - Abonné 15 novembre 2016 06 h 16

    Le manque de jugement de Barrette est sidérant

    Ce projet n'est nullement comparable avec les quartiers chinois. D'abord parce que les quartiers chinois sont situés en ville, souvent près du centre-ville, et non pas en banlieue. De plus, il ne s'agit pas de projets immobiliers, mais de quartiers aux logements plus ou moins dispersés, de restaurants, d'épiceries, etc. Finalement, il s'agit d'un regroupement ethnique qui n'est pas a priori discriminatoire sur des bases religieuses.

    Lorsque le promoteur nous dit "je ne veux pas une communauté où on va avoir des gens saouls qui conduisent et qui tuent des gens. Dans l’islam, l’alcool est interdit", il insinue que la consommation d'alcool des québécois "profanes" mène à la conduite dangereuse, un danger pour la communauté islamique. N'est-ce pas dire qu'il faut protéger les musulmans des québécois? Le constat est clair: il s'agirait bel et bien d'un dangereux précédent qui pourrait inciter des réflexes de ghettoïsation chez les autres communautés minoritaires.

    Même QS, qui se porte d'abord à la défense des minorités, trouve le projet inacceptable. C'est tout dire, M. Barrette. Couillard va sûrement lui rappeler de ne pas trop s'écarter de ses fonctions ministérielles.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 15 novembre 2016 13 h 55

      Le promoteur nous dit "je ne veux pas une communauté où on va avoir des gens saouls qui conduisent et qui tuent des gens. Dans l’islam, l’alcool est interdit", ça c'est le début de la charia.

      Après la Conquête (Défaite), les Anglais ont parqué les Amérindiens dans des réserves.

      Aujourd’hui, ce projet de ghetto musulman auto-imposé est incompréhensible. Pourquoi donc ces gens viennent-ils au Québec?

      Ce sont deux beaux exemples de racisme.

  • Gilles Delisle - Abonné 15 novembre 2016 07 h 19

    La ghettoisation

    Quand un groupe religieux se place en retrait de la société, il annonce officiellement sa non-intégration à la société d'accueil. Bien sûr, il y a des ghettos en Europe, à Bruxelles, Marseille, Birmingham ou Amsterdam, mais ceux-là n'ont pas choisi d'y être. Ici, c'est un promoteur qui veut vendre ce projet et appuyé par quelques ministres parlant comme de parfaits imbéciles. Dans ces nouveaux ghettos, on verra que la loi qui s'imposera, ressemblera de moins en moins à celle de la majorité.

  • François Beaulé - Inscrit 15 novembre 2016 07 h 34

    Ahuntsic ouest, 1950

    Ce genre de projet, un peu différent, a déjà été réalisé à Montréal, dans Ahuntsic, de 1950 à 1953 environ. Un grand nombre de petites maisons semi-détachées ont été construites par la L.O.C., la Ligue Ouvrière Catholique, dans Ahuntsic Ouest, sur des rues comme Saint-Urbain, Waverly, de l'Esplanade, Meunier, Tolhurst, etc. entre la rue Sauriol et le boulevard Gouin.

    Deux personnes qui ont commenté négativement le projet de Nabil Warda devraient connaître cette histoire qui a été déterminante dans l'aménagement de ce quartier. Vincent Marissal a déjà habité dans ce quartier et Marie-France Bazzo y habite depuis 25 ans. Le but de ce projet était de permettre à des ouvriers catholiques d'acquérir de modestes cottages de 25 pieds par 26 pi. L'importante différence avec le projet musulman est que tous les terrains sur chaque rue n'ont pas été appropriés par la LOC. La plupart mais pas tous, ce qui évitait d'en faire un ghetto. L'autre différence est qu'à cette époque, tous les Canadiens Français étaient catholiques, il ne s'agissait pas d'une minorité. Cependant, les chrétiens protestans n'y avaient pas accès. Ce qui caractérisait ce projet était de permettre à des familles à revenus modestes d'accéder à la propriété.

    La solution pour éviter la discrimination est simple. Il s'agit d'éviter que tous les terrains d'une zone ne soit appropriés par le promoteur. On pourrait, par exemple, contenir le projet aux 2/3 des lots sur chacune des rues.

    • Gilles Delisle - Abonné 15 novembre 2016 09 h 06

      En 1950, 99,5% de la population québécoise était catholique. Que l'on ait favorisé un projet domiciliaire pour les jeunes familles catholiques n'était certes pas un projet pour vivre en marge de la société. " Le but de ce projet était de permettre à des ouvriers catholiques d'acquérir de modestes cottages", il ne devait y avoir de discrimination à ce moment-là, puisque tout le monde ou presque était de la même foi catholique. Cette comparaison avec le projet musulman d'aujourd'hui m'apparaît boîteuse.

    • François Beaulé - Inscrit 15 novembre 2016 13 h 56

      M. Delisle, Vous oubliez que de nombreux Montréalais n'étaient pas catholiques. Ils étaient protestants, juifs ou d'autres religions. Les francophones étaient plus souvent locataires en revanche, ce qui justifiait de leur offrir des maisons abordables en priorité.

      Aujourd'hui, les musulmans sont souvent locataires à Montréal.

    • Pierre Hurteau - Abonné 15 novembre 2016 19 h 38

      Monsieur Beaulé, vos remarques sont très intéressantes. Il ne faut pas rapidement jeter la pierre à ce promoteur. Il existe effectivement des aménagements locatifs et résidentiels qui peuvent en effet favoriser un type de clientèle sur des bases de ce que les américains appellent la discrimination positive. Au Québec, il y a des CHSLD accueillant des personnes sur la base de l'origine ethnique, il y a des résidences pour personnes âgées accueillant majoritairement des personnes selon leur orientation sexuelle, des campings ou camps de vacances dans la même foulée... Nous avons un Hopital chinois. Ce genre de pratique apparemment discriminatoire est tolérée socialement, sans que l'on crie à la ghettoïsation. Plusieurs quartiers ont une représentation plus forte de communautés culturelles que d'autres et on ne peut l'empêcher. Là où ce promoteur pèche peut-être par excès c'est de vouloir créer ce que les américains appellent "gated communities" sur la base d'une religion, ce qui pourrait bien être contraire à la Charte des droits et libertés. Encore une fois, il me semble que les réactions sont toujours plus vives lorsqu'il s'agit d'un musulman.
      Pierre Hurteau, auteur de L'Avenir de la laïcité au Québec, L'Harmattan, 2015.