Droit de vote des immigrants: Lisée assouplit sa position

Le chef péquiste Jean-François Lisée
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le chef péquiste Jean-François Lisée

Sous un gouvernement péquiste, les immigrants ayant obtenu leur citoyenneté canadienne de fraîche date auront le droit d’exercer leur droit de vote, lors d’élections ou d’un référendum.

Ils auraient donc les mêmes droits que tous les autres Québécois, a indiqué le chef péquiste Jean-François Lisée, lors d’une entrevue récente à La Presse canadienne.

Il s’agit donc d’une volte-face pour M. Lisée, sur cette délicate question. L’an dernier, dans son livre intitulé Octobre 1995 : Tous les espoirs, tous les chagrins, il affirmait au contraire qu’il faudrait imposer aux immigrants un délai d’un an, après avoir obtenu leur citoyenneté canadienne, pour avoir le droit de voter aux élections ou lors d’un référendum.

Le but de cette initiative consistait à éviter que le gouvernement fédéral puisse modifier les règles du jeu, en accélérant le processus menant à la citoyenneté en vue de bloquer un éventuel référendum sur la souveraineté, comme ce fut le cas en octobre 1995.

Or, il considère aujourd’hui que ce n’était peut-être pas une si bonne idée. Lors de la récente campagne au leadership du PQ, ce scénario controversé n’avait d’ailleurs pas été repris dans la liste de ses « propositions » en matière d’immigration.

Après en avoir discuté avec son équipe de campagne, il dit avoir conclu qu’il valait mieux ne pas aller dans cette voie. « On m’a convaincu que le remède pouvait être pire que le mal », explique-t-il.

Le chef péquiste maintient quand même que le camp du «Non» avait été financé illégalement en 1995 et il en conclut que le gouvernement fédéral n’avait pas respecté alors les règles établies, notamment en accélérant « de façon colossale » le traitement des demandes de citoyenneté présentées par les nouveaux arrivants.

Ainsi, de nombreux demandeurs auraient obtenu la citoyenneté canadienne, leur donnant accès au droit de vote lors du référendum, sans pour autant répondre aux critères. Il qualifie ces manoeuvres de « pratiques fédérales scandaleuses ».

La prochaine fois, le cas échéant, il entend donc tout mettre en oeuvre pour empêcher le gouvernement fédéral « de refaire le coup de 95 ».

 
Vigilance 

Il promet donc que lors d’une éventuelle campagne référendaire, « c’est sûr qu’on va être beaucoup plus vigilant que la dernière fois ». Des juristes seront embauchés, des plafonds de dépenses seront imposés aux deux camps et on s’assurera qu’ils sont respectés.

Il maintient que les Québécois doivent quitter la fédération canadienne, notamment parce qu’elle les appauvrit « de façon systémique », soutient-il.

Et il se montre confiant que la prochaine fois sera la bonne, tout en évitant de répondre quand on lui demande si le prochain et troisième référendum sur la souveraineté du Québec sera le dernier.

Quel que soit le résultat de cette future consultation, M. Lisée soutient qu’il n’est pas un adepte du « catastrophisme et du déclin programmé ». Bref, le Québec pourrait se remettre d’une troisième défaite référendaire et poursuivre sa route.

Les Québécois ont « une capacité de rebond extraordinaire », soutient le chef souverainiste, pour qui le peuple québécois est « indestructible et irréductible ».

3 commentaires
  • Colette Pagé - Abonnée 13 novembre 2016 17 h 42

    Pourquoi reculer !

    Pourtant, ce délai d'un an, le temps pour le nouvel arrivant de se familiariser avec la vie politique de son pays d'accueil, ne m'apparaît pas déraisonnable.

    Tant de questions le préoccupent : l'apprentissage de la langue, se trouver du travail, inscrire ses enfants à l'école, découvrir le systéme de santé etc..

    En outre, sur le plan de l'équité cette exigence non électoraliste qui s'appliquerait à tous ne vise pas à favoriser l'un ou l'autre partie. Elle ne serait don pas discriminatoire.

    Il faut également garder en mémoire que lors du dernier référendum les commissaires fédéraux de l'immigration avaient reçu la directive d'accélérer l'approbation des demandes d'immigration favorisant ainsi le camp du NON.

    • Lise Bélanger - Abonnée 14 novembre 2016 10 h 43

      M. Gélinas,

      La magouille canadienne produite lors du referendum de 1995 où même des gens atteints de maladie contagieuse ou criminels étaient acceptés en tant que citoyen est révoltante.

      Tout ça pour écraser le choix démocratique des québécois.

      Ce même esprit de magouille s'est perpétré avec l'augmentation excessive du taux de l'immigration au Québec. Ce n'est pas l'immigration qui nuit au Québec mais bien le fait qu'on reçoive plus de cinq fois notre capacité d'accueil depuis plus de vingt ans.

      La raison pour accepter un si grand nombre d'immigrants est anti-démocratique: combattre les indépendantistes dans leur choix démocratique. En effet, les immigrants votent en bloc PLQ en tous temps.

      Chaque fois que le PQ diminue ses critères il perd des votes, c'est une constante, car les indépendantistes ne se sentent pas défendus et de plus, personne n'adhère à un parti qui a peur de ses idées.

      Le PQ a été respecté à cause de la loi 101 (dite extrême!!!) quand il a tenu son bout contre les anglophones d'alors. C'est ce genre d'attitude qui a fait la force du PQ et a sorti les québécois de leur infériorité.

      Aujourd'hui les péquistes courtisent le vote de l'immigration. Ils concentrent leurs efforts là où il n'y aura que peu de gain (île de Montréal, par exemple) et oublie la masse québécoise qui s'en va à la CAQ ou QS?

      Il est urgent de rassembler les québécois dits de souche ou intégrés culturellement.

      Le revirement de M. Lisée m'inquiète. Où est l'énergie de bâtir la liberté d'un peuple comme seul but. Et pour ce, aucun moyen ne doit être revu à la baisse.

      Une grande partie des allophones ne désirent pas adhérer au peuple québécois en tant que citoyen d'un pays et le français les dérange.

      Notre pays c'est à nous de le bâtir, de se faire respecter.

      Je crois que la situation politique bien particulière du Québec exige que les nouveaux citoyens prennent un an pour s'y familiariser.

  • Cécile Comeau - Abonnée 16 novembre 2016 16 h 32

    Du Lisée à son meilleur

    Ne vous inquiétez donc pas. Lisée, comme à son habitude, a le temps de changer encore au moins dix fois d’opinion sur le sujet avant les prochaines élections, cela en fonction de l’air du temps qui sera à la mode dans l’opinion pour mieux servir son plan de carrière. Passer de porteux de valise à PM. Un exploit! En plein débat sur la loi 62, tout le monde en faveur de la laïcité de l’État déchire sa chemise, mais personne ne se rappelle que le chef du PQ était contre la loi présentée par monsieur Drainville. Cette loi était appuyée à plus de 60 % dans les sondages. Il a attendu le moment opportun du débat de la loi à l’Assemblée nationale pour saboter le travail collectif de ses pairs, des membres et des instances du PQ pour s’ouvrir la trappe et dire qu’il était contre. Belle couverture médiatique assurée. Il avait bien choisi son moment de gloire! Il n’a pas eu la décence de démissionner, après s’être désolidarisé de la première ministre Marois, de son Conseil des ministres et de son gouvernement.

    Alors, l’éventuelle victoire du PQ aux prochaines élections, l’hypothétique référendum dans un deuxième mandat; d’ici là, Lisée est capable de bien des coups de Jarnac envers n’importe qui, si cela le sert bien dans son ambition de s’asseoir dans le fauteur de monsieur Parizeau et d’y rester jusqu’à la pension. Si Monsieur l’avait vu se comporter ainsi du temps de sa gouvernance, il aurait demandé à son chef de cabinet de lui indiquer la sortie de son bureau et celle du groupe parlementaire formé par ses pairs à l’Assemblée. Lisée aurait rejoint bien plus tôt les banquettes de l’opposition pour exercer ses talents de grand stratège et dire que, finalement, il votera pour la loi 62. C’est ce qu’il va faire d’ailleurs, il l’a dit, à moins qu’il ne change d'avis encore une fois. Son passé étant témoin de son avenir, nous savons à qui va sa loyauté.